‹ Chefs-d'œuvre des arts industrielsChapitre 21 sur 29 · SOI · texte numérisé non relu

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était ciselée, émaillée, par la même main d’arliste. On la tenait la la pointe en avant, la garde en dessous, las dagues qui accompagnent et complètent les épées du marquis de Saint-Seine sont si désirables que quelqu’un nous disait un jour : «Si l’on m’offrait de me laisser cette épée et sa dague, après me les avoir plantées dans le corps, je crois que je tenterais l’aventure! »

Sous Louis XIV, sous Louis XV, sous Louis XVI, l’épée — que nous avons prise pour type de l’arme parce qu’elle symbolise dans sa lame souple et robuste l’attaque et la défense, — l'épée ne fut plus qu’une arme de salon. De nos jours, en la rendant aux babils de cérémonie, on a fait renaître l'art des poignées d’acier taillées à facettes. Les épées du Sénat, du Conseil d'fitat, du Corps législatif, de l’Administration, sont exécutées avec goût. Elles n’ont que le tort d’être modernes.

Oui pense à regarder l’épée des officiers de la Garde impériale? Elle est cependant un chef-d’œuvre de distinction et de justesse : la lame est triangulaire, de la force d’une baïonnette, bien en main, souple et légère. Ces épées sont fournies par le commerce, tandis que les sabres-baïonnettes de la troupe, les sabres d’abordages de l’infanterie de marine, les lattes de la cavalerie sortent de la manufacture de Chatcllerault.

A l’Exposition universellede 18(12, à Londres, on signalait l’épée du général Bosquet, en or et en argent, ciselée chez. Duponchel, l'épée du duc de Magenta, argent doré et pierres fines, ciselée chez M. Wiesc, par M. Honoré; les épées du duc de MalakolT et de l’amiral Bruat, exécutées en argent oxydé, parDelacourl. Celles des autres nations, armes de luxe ou de combat, n’approchaient

l'.IIEFS-R ŒUVRE RES ARTS INDUSTRIELS.

point des nôtres. Nous ne filmes vaincus que par les envois incomparaUes des Indiens.

Malgré les progrès rapides des sciences, la diffusion de la philosophie, les liens (Je plus en plus resserres des relations commerciales, il ne semble pas que de longtemps encore l’humanité jette sur l'autel de la Paix les tronçons de la dernière épée. Nous voudrions que l’on en fit plus souvent une récompense nationale, line épée d’honneur sied mieux, dans bien des cas, qu’une statue élevée à une personnalité secondaire dont nos enfants épelleront le nom avec surprise. Il n’est point de bourgade, qui ayant donné naissance à une illustration militaire, ne songe aujourd’hui è couler en bronze ce héros en bottes molles, en frac ctVn tricorne. Une épée offerte à sa famille, que les aînés se transmettraient et qui, la branche éteinte, irait dans les archives de la municipalité, n’esl-ce pas un souvenir civique mieux approprié? On en a offert ainsi de fort belles au comte de Paris, au général Changarnier,etc. Sur la [alignée, des ligures allégoriques symbolisaient les faits auxquels on voulait faire allusion, et des inscriptions gravées dans la lame étaient chargées de perpétuer des espérances on des souvenirs, selon qu’on les déposait sur un berceau ou sur une tombe.

Si le premier emploi que l’homme ait fait du métal a été pour la guerre et la chasse, c’est dans les relations commerciales qu’il le lit intervenir en second. La monnaie vint après l'épée, comme le marchand marchait après le capitaine. Mais celte idée ne germa qu’assez tard cl lorsque les relations s’étendirent dépeuplés à peuples. Pendant le siège de Troie, on échangeait encore des génisses grasses contre des outres de vin on des amphores pleines d’huile.

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Ull esclave valait trente peaux de bœufs. Puis, ce troc brutal et embarrassant des produits naturels devint de plus en plus eompliqué et inacceptable. On offrit alors pour une pièce de laine teinte en pourpre, un lingot que l'on pesait et sur lequel on gravait à la lutte quelques signes imparfaits. Ainsi encore aujourd’hui, sur les côtes de l’Afrique, les nègres troquent l’eau-de-vie, le fer, les colonnades, contre une dent d’éléphant ou une pincée de. poudre d’or. On est loin de connaître les premières monnaies, car la Grèce et l’Italie ayant tyranniquement absorbé, depuis la Renaissance, l’attention des érudits et des artistes, on n’a guère songé à interroger l’Orient qu’à titre de curiosité secondaire. Les plus anciennes monnaies de bronze que l’on connaisse sont épaisses et énormes, avec des ligures d’animaux domestiques ou sacrés vaguement empreints. Elles devaient représenter une valeur considérable, car avec moins d’une centaine de ces pièces un homme devait plier sous la charge.

Rien n’égale la beauté des monnaies grecques d’or ou d’argent. On sait que ces pièces, que nous rangeons avec tant de respect dans les médaillers, étaient des monnaies courantes, et que ce fut le moyen âge cl la Renaissance qui frappèrent les premières médailles. Presque aucun des artistes grecs qui ont jeté tant de génie sur un petit morceau de métal ne l’ont signé. Les lettres qu’on y lit désignent le nom de la ville ou du magistrat, parfois par un calembourg, tel qu’une « rose » pour l’île de « Rhodes. » On n’y voit qu’un profil, celui de l’àme personnifiée de la ville ou relui du prince, Athènes et son hibou sacré, ou Alexandre en fils cornu de Jupiter Ammon.

Mais quelle noblesse, quelle force, quel relief, quelle vie dans

ces profils ou dans ces ntlrilmls parlants ! quelle inépuisable variété de types! 11 y a quinze ou dix-huit monnaies de Syracuse, toutes donnant une tête de jeune fille et dans le champ un ou plusieurs dauphins, longs et minces. On doit croire, que les plus jolies fillettes de la Sicile ont successivement posé, car ce ne sont point des variantes de visages, mais des caractères et des tempéraments dissemblables : la brune, aux yeux de gazelle, un nez busqué, à la narine échancrée ; la blonde, plus langoureuse et plus grasse, aux joues rondes, aux lèvres charnues qui font deviner un sang |Miurpre. les ajustements de coiffure sont variés à l’infini dans cette admirable monnaie à laquelle on revient sans cesse après en avoir étudié d’autres qui ne le cèdent que de bien peu en naïveté et en élégance.

Les monnaies romaines sont fort belles aussi, au moins celles qui vont jusqu’aux Anlonins depuis la République, les grands et rares médaillons des empereurs notamment. Quoique vraisemblablement dessinés et gravés par des artistes g n'es, les coins suivent de plus près le type particulier et nous donnent des portraits plus scrupuleusement ressemblants. C’est à cette, ressemblance scrupuleusement cherchée que l’on doit l’excessive rareté de certaines effigies d’empereur : le successeur jaloux, alors que quelque révolution prétorienne l’avait porté an trône, faisait soigneusement enlever et fondre toutes les effigies de son prédécesseur. La tyrannie a ses traditions : de même les dynasties égyptiennes qui se renversèrent firent marteler le nez des l’baraons antécédents et les cartouches où brillait leur nom.

Ce qui décide la singulière puissance de la monnaie antique c’est, à part l'harmonie îles plans, l’épaisseur matérielle dn relief. Que le

Sliiliirllr minaiiir m hmnir, — CnlWlimi dr 11. I.it/an lu**.

ItlIONZE ET KEH.

lecteur rassemble ses souvenirs et qu'il passe eu revue la monnaie qui, il y a quelques années, avant la refonte générale, eourait en France: tous les sous, les liants, les monnerons, rouges ou blanchâtres, luisants et coupants, avaient perdu des deux eôlés leurs empreintes et n’offraient plus qu’un rond de enivre qu’on eût pu croire confié à l’emporte-pièce dans le fond d’une casserole. — Puis çà et là, le marchand de tabac ou le conducteur d’omnibus vous « rendait » une pièee dont le relief surprenait le tact du doigt! c’était un as romain : un Auguste aux traits graves et lins, un Néron au sourcil froncé, au nez ramassé, à l’œil couvert, au menton engorgé; un Antonin au visage ouvert et affable; un Lucius Severus aux cheveux et à la barbe frisés ; un Marc Aurèle au front IkjioIh; ; une Faustine au col long, à la chevelure relevée par longues mèches; ou quelque visage d’empereur du Bas-Empire, maigre comme un Arabe, coiffé d’une couronne à pointes radiées, laid et baroque, inquiet et sauvage... Ces pièces étaient frustes et usées, elles avaient séjourné dans la terre, dans des murailles, dans l’eau, definis seize ou dix-huit siècles. Les mains, les poches et les sacs des générations les avait maniées et ballottées. Eh bien, ni l’âge ni l’usure n’avait pu les rendre ignobles comme ces sous qui dataient d’hier ; leur front, leur joue, avaient une si mâle beauté qu’ils semblaient rentrer dans un autre monde comme le soleil qui disparaît à l’horizon, mais non s’abimer comme des créatures périssables dans l'irréparable néant. C’étaient les derniers hérauts du monde antique qui venaient courbés par le fioids des ans nous proclamer tout ce que le génie de la grande école grecque avait jeté de sève féconde. La monnaie était la réplique en bronze de la céramique et de la sculpture. Les monnaies où

CHEFS-D’ŒUVRE IiES ARTS INDUSTRIELS.

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l’on voit le profil entêté cl nerveux île César nous le révèlent presqu’aussi complètement que cette statuette en bronze , où debout et lauré pour couvrir la calvitie précoce, le manteau rejeté en arrière, moitié capitaine et moitié dieu, il harangue ses troupes et leur promet l’empire du monde. Si nous n’avions pas les marbres du Parthdnon, — qui, par le plus merveilleux des hasards étaient le chef-d’œuvre de la Grèce, — les monnaies suffiraient |Kiur nous faire comprendre la suprématie des arts grecs dans la représentation de la figure humaine.

C’est donc à celte épaisseur des plans, qui constituent le. squelette du visage, et au caractère du dessin que les monnaies antiques ont dû de conserver celte grandeur inqiosanle. Elles n’étaient, il est vrai, pas faites pour être empilées comme les nôtres. Elles étaient hatlucs au marteau avec descoins mobiles. C’est là un procédé primitif et que nos Ijesoins ne sauraient accepter. L’unité d’asj)ecl de nos pièces de différents modules, la sécheresse indispensable du cordon en relief qui retarde, pour un temps, l'effacement du profil du souverain ou des emblèmes du revers, ce sont là les résultats du balancier, uets, rapides, pratiques, auxquels l’art n’a rien à voir, mais qu’il faut accepter. Mais on pourrait essayer encore de frapper au marteau les médailles que l’on fait graver pour perpétuer le souvenird’un grand événement militaire ou politique, scientifique ou artistique. On pourrait, en certains cas solennels, les fondre à cire perdue. Les médaillons de Briot, de Dupré et de Jean Warin, qui furent nos plus grands médaillistes, sont frappés, mais avec beaucoup plus de largeur qu'on ne le fait aujourd’hui.

Les artistes de la Renaissance italienne, violemment épris, dis le quatorzième et le quinzième siècle des vestiges antiques qui

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jnillissaicnl de terre comme polir protester contre la profanation qu’ils avaient subie, fondaient en bronze et reprenaient au burin avec la plus merveilleuse adresse, les médaillons qu’ils modelaient en cire d’après leurs contemporains et souvent aussi d’après des

Médaille pii limmr pu lliipré, sri/iéme siècle.

originaux antiques. La liste serait longue des sculpteurs ou des peintres qui nous ont laissé tant de témoignages de leur goût élevé et de leur science profonde du métier. Elle commencerait à Vittorc Pisano, de Vérone (qui mourut en 1151, et qui signait Pisani piclorit upim, œuvre de peintre) ; elle prendrait à Vérone encore

il>2 CIIKFS-U'ŒUVRK HKS AIITS INDUS TltlKLS Matteo Pasti, Giulio délia Torre; à Venise, Genlile Bellini ; à l’adoue, Andrea Hiccio et (Üovani Cavino; Francia, à Bologne ; Caradosso, à Parme. Mais nous verrons presque ions ces noms défiler sous la plume de Benvenulo Cellini.

F/C procédé de la fonte d’art intéresse toutes les époques depuis les premières dynasties des Égyptiens qui l’ont pratiquée ~ \ supérieurement, — ainsi qu’on peut s’eu

convaincre par des statuettes de divinités que nous empruntons nu cabinet du prince Napoléon, — jusqu'à nos jours, où des matières nouvelles ont dû faire inventer des moyens autres et plus sommaires. Nous verrons dans les Mémoires de Cellini le mode de fonte pour une grande statue : mais la donnée générale de ce livre ne nous permet pas, nu moins |iour aujourd'hui, de nous arrêter à la statuaire, de même que dans les armes nous avons dû faire un choix, prendre l’épée et passer près de l'armure.

kcligieci •» «home Dans de petites dimensions, les bronzes

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