‹ Chefs-d'œuvre des arts industrielsChapitre 20 sur 29 · B HO N Z K HT F K II · texte numérisé non relu

B HO N Z K HT F K II

L âge de pierre nvanl l'âge «lu métal. — Le* «nues et l«s u*tcii»ilc». — L’Iudo et le» arme* de se» héros fabuleux, — Ses poignard». — Se* crocs pour cuuduirc le* éléphaul».

• — U’* Grec» au *i«;ge de Troie. — L'équipement d'Agamcmnou. — L'épée romaine en 1er. — Le* trois épée» du Musée des Souverain» et celles du Cabinet de» Antiques. — L'épée |N.*udaiit la Renaissance. — De nus jours, les épées do la Gnnlc iuqiériale et les Armes d'honneur.

Après l'arme, la monnaie. — Le» monnaie* grecque» et le» monnaie» romaine*. — Le« médailles de la Renaissance. — C«* qu'on pourrait faire de nos jours.

La foute du hronie chez les Égyptien*. — Chez le» Chinois. — Chez les Japonais. — Ce «pie c'est qu’une fonte à cire perdue. — Le médaillon d'Armnnd Carrel, par David d'Angers- — Ix’s bronze» de M. Barye. — Le-» statuettes cl les objets d’ait de collection de M. Mi» «le la Sali»*. — L'ornementation ou dix-huitième siècle. — U*» enivres «le la commode «le la collection d’ilerlford. — Due vente «le meubles «ou* le règne de Louis XVI. — Le ciseleur Guulhières. — Principaux prix de la vente du cabinet du duc d'Aumonl en I7K2. — La cassolette- trépied «le la collection d’Ilerlfonl.

Ix: fer, symbole du travail des nation» occidentale». — Le Creu*ul. — Le priulrc François Doiihommé. — La poésie «lu travail moderne. — Le forgeron cl le serrurier au moyen âge. eu Fiauce et dans h* Flandre*. — Biscoruclle, Quetilin Mhh-vs et Albert Durer. — La R'Miaivsance. Andruuct Ducerceau. Le Château d'Ancl. — L*ï dix-sfqdièmc et le dixhuitième siècles. — U Grille du nouveau Parc-Monceaux. — Les clef* de M. Ilubv fais. — Le '/.me. — La Galvanoplastie et sers singulière» application» dan» Part et dan» Fin— «lustrie. — Conclusion.

BRONZE ET FER

l/humanilé, pmi.inl ganle nn lieaii jour A des cailloux qu’elle n’avait jamais (nuits <]iio d’un pied indifférent, vient brusquement de reculer «l’une quantité de siècles où le regard se perd, l’Iiisloire «le ses premières civilisations. Car c’étaient les annales de l’humanité, qu’à chaque automne la charrue retournait dans le champ comme les feuillets d’un livre. C’étaient des documents sculptés «U gravés, contemporains des avant-dernières convulsions du globe, que les casseurs de pierre concassaient sur le boni «les roules. La mythologie grecque avait enregistre l’âge d’or, et l’àge d’argent, et l’âge de fer; elle avait oiddié l’âge ilt* la pierre.

I,i Bible laissait une large marge au rêveur attentif : ce nYsl qu’un des arrière-petits-fils «le Caïn, Tlmlialcaïn, fils de lamecli et de Sella, qui fut « le premier fnrgeur de tous instruments d’airain

CIIEFS-R’tEIVRK RKS ARTS INRIÎSTRIEI.S.

cl <1<' for ». Avec quelles armes ses pères avaient-ils combattu, au sortir de l’ràlen, les monstres qui les guettaient dans la forêt, dans le marais, au bord du fleuve, dans les grandes herbes de la plaine, ou abattu le gibier ou repoussé l'attaque de l'homme lui-même?

Cette question, si nette, ne s’était présentée à personne jusqu’au jour oit l’observation minutieuse en Suisse, en Danemark, en France, presque partout où l’on y prit sérieusement garde, révéla l’existence d’une rare d’hommes qui a vraisemblablement ignoré l’usage des métaux. Race antique, établie au milieu des lacs et des étangs qui couvraient alors presque toute l’Europe, vivant de poissons et de coquillages et taillant dans le silex, dans la pierre dure, dans le cristal même, ses couteaux, ses aiguilles, ses hameçons. ses haches, scs pointes de (lèches et de lances. O11 appelle « habitations lacustres, » les traces confuses qu’ont laissées de leurs domiciles ces peuplades. Si primitives qu’elles semblent avoir été, elles avaient déjà vu vaciller les premières lueurs de l’art, car, sur certains objets recueillis nu milieu des amas de coquilles vides qui s’amoncelaient à la porte de leur cabane, on suit de vagues ébauches d’ornements cl de ligures d’animaux.

On a même constaté le mode à l’aide duquel ces peuples primitifs obtenaient ces haches, que l’on croyait autrefois seulement gauloises ou celtiques, et dont l’antiquité est inappréciable. « Dans les dépôts tourbeux des lacs suisses, on trouve, a écrit M. Trovon, beaucoup de ces objets commencés ou brisés par suite de quelque accident, fa* morceau de pierre destiné à devenir une hache était d’aliord dégrossi par un moyen qui est resté jusqu’à présent inconnu. la- contour de la hache auquel s’arrêtait l’ouvrier était ensuite tracé et marqué par une rainure dont il augmentait peu à

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peu la profondeur, en l'usant nu moyen d’un poinçon en pierre ou en os o.l il’uu sable dur et mouillé; quand celle rainure avait été suffisamment creusée, il le détachait du bloc par de petits coups secs qui devaient commander bien des précautions pour ne pas compromettre ce long travail, et la hache recevait ainsi sa première forme. On la terminait en la polissant sur une grosse pierre taisant l’ofiiee de meule dormante. » lies haches étaient souvent emmanchées avec des andouillers de cerf ou des morceaux de Itois vert et liées avec des courroies de cuir ou d’herbes. Tels sont les tomahawks des Polynésiens.

A vrai dire , la science de l’âge de pierre est encore conjecturale. Plus d'un des objets recueillis est peut-être un jeu de la nature ou un éclat accidentel, l.cs faussaires en ont fabriqué par tombereaux. Mais en ces matières qui parlent à l’imagination, il n’y a pas grand mal à se tromper, et il y a grande injustice à contrister les gens convaincus qui s’y appliquent. L’an dernier, n’avait-on pas fait courir le bruit que les silex ramassés avec componction par les archéologues sur le plateau de Pressigny-le- (■rnnd, n’étaient «pie les résidus d’une ancienne exploitation de pierres à fusil ! Il y a cailloux et cailloux.

A ces armes, à ces ustensiles primitifs, qui ne pouvaient guère résister à l’usage, au choc, au frottement et qui démontrent que la patience sans Itornes est le lot des peuples sauvages, succéda l’emploi du métal recueilli à l’état brut, par petits fragments (pii paraîtraient aujourd’hui bien considérables à nos géologues. Puis pou à peu ces pépites devinrent plus rares; il fallut creuser quelque peu pour les déterrer on interroger plus avant le lit des

"fi ClIEFS-lVŒUVnB DES ARTS INDUSTRIELS.

Ileuves. Enfin quelque vaste incendie révéla à l'homme, déjà plus civilisé, l’idée de la fusion artificielle des mêlant et de leur association.

Les premières émigrations qui ont descendu comme d’interminables troupeaux les vastes plateaux de l’Inde pour se répandre sur l’Asie et sur l’Afrique, c’est l’or qu’elles ont dit rencontrer tout d’abord. La fable du Pactole qui roulait l’or dans ses ondes, comme les autres fleuves roulent du sable, n’est devenue une fable qu’aujourd’hui, après que des séries incalculables de générations sont allé y puiser. Le (lange en a sans doute fourni autant.

Les poèmes indiens montrent l’or intimement associé aux armes de leurs héros fabuleux; ces armes jettent autant d’éclairs qu’elles frappent de coups, et c’est làun Irait typique que nous retrouvons dans les charmants et cruels poignards de ces nations voluptueuses. Dans le Râmilyanu, poème sacré que nous avons déjà cité, les traits que Rànta encoche sur son air immense, orné d’or, sont empennés d’or, rehaussés, enflammés d’or; en fendant l’air, ils l’illuminent d’un éclat égal à celui des grands météores du ciel. Semés d’yeux comme des plumes de paon, ils reviennent d’eux-mémesau carquois, après avoir transpercé les démons, la massue dcKliara, l’ennemi géant deHdtna, est ornée de bracelets d’or. Les chars de guerre sont d’argent ou d’or. Celui de Khara, orné de cent clochettes rayonnait de toute la diversité des pierreries; l’orfévre avait sculpté des poissons, des fleurs, des arbres, des montagnes, le soleil et la lune en or, des troupes d’oiseaux cl des étoiles cil argent ; le timon est parsemé de perles et île lapis- Inznli avec l’image de la souveraine des nuits.

L’Inde est le pays qui a peut-être mis le plus de grâce dans la

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miaulé. Scs poignards à lame courir, aiguë, tranchante, foui di-s Idessnres irréparables, entrent sans laite jaillir une larme de sang et ouvrent une ouverture si élroile qu’à peine une rosée pourpre vient en mouiller les lèvres. La collection du marquis d’Ilertford renferme le choix le plus merveilleux d’armes de l'Orient. Elles proviennent en partie de la collection du prince SollikolT. Le frère de celui-ci, le prince Alexis Sollikoff raconte dans ses Lettre* d’un voyageur dons l'Inde , qu’il lui achetait et lui expédiait en Europe tout ce qu’il rencontrait de désirable et d’achetable. On sait que le prix considérable que les Orientaux demandent de leurs armes, est dû autant il la suprême qualité de l’acier de la lame qu’aux rubis, aux saphirs, aux diamants, aux perles, au jade, au lapis-lazuli veiné d’or, qui ornent la poignée. G1 sont aussi de précieux souvenirs de famille.

Parmi les poignards que le prince envoya à son frère, il en est un qu’un de nos amis a vu cl manié et qui réalisait la plus singulière alliance du sang et de la richesse : on avait gravé au burin dans l’acier de la lame un sillon dont on avait légèrement rabattu les Imrds ; puis dans celle rainure on avait lait glisser de petits rubis qui, lorsqu’on agitait l’arme, montaient ou descendaient comme des gouttelettes de sang, toujours fraîches et toujours limpides! De quel rajah, dépossédé par l’Angleterre et vendant aux dandyes voyageurs son arsenal désormais inutile, venait cet étrange trésor?

Tout est parfait dans les armes des Orientaux : la trempe qui délie toute comparaison et qui rend vraisemblable l’écharpe de gaze tranchée au vol d’un revers de yatagan; l’emmanchement de la poignée (pii certifie une main de guerrier grande comme une

CIIICFS-trŒIVRE DES AI1ÏS INRI'STRIFI.S.

main d'enfant; l’ornementation damasquinée ou niellée qui ressemble à une dentelle d’or ; les cottes de mailles plus lines de tissu et plus légères que la chemise de laine de nos matelots ; le casque à fine aigrette qui n’est qu’une calotte de métal laissant à la tète l’élégance de sa proportion; le bouclier, rond et petit pour ne (joint gêner le cavalier dans ses évolutions; la souplesse féline de la lame aiguë, légère, ornée de filigranes; la cambrure du sabre du mahométan, courbé comme le croissant de la lune.

l/or, l’acier, le fer se sont assouplis sous leurs outils, comme les matières les plus malléables. Parmi les objets les plus rares et les plus terribles qui soient entrés en Europe, il faut citer les crocs de cornacs pour conduire les éléphants soit à la guerre, soit dans les cérémonies. A l’Exposition rétrospective de V Union centrale, on en voyait un dans la vitrine du marquis d’Hcrlford, qui ruisselait de diamants et de pierres précieuses, et non loin de là, dans la vitrine delà liuronnc Salomon de Itolhsehild, un autre en fer ciselé et damasquiné, dont l'aspect était prodigieux. Au manche, qui se termine par un 1er de lance aiguisé des deux colts, s’emmanche un croc excessivement fort et aigu eu forme de demi cercle. On assure que les éléphants sont sujets à des attaques de vertige que rien ne peut faire prévoir; ils deviennent subitement furieux cl renversent tout sur leur passage, foule ou bataillons, n’entendant plus la voix du cornac qui n’a d’autre ressource que de leur asséner, sur une suture des os du crâne, un coup de celle masse redoutable : elle pénètre jusqu’à la cervelle et l’animal tombe foudroyé. Ce croc est tout en fer, pris dans la masse, rouvert de rubans, de perles et de fleurettes d’une délicatesse microscopique, de tigres et d'éléphants, de chimères et d’oiseaux, de

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statuettes de dieux accroupis, détails ciselés, ajourés, polis avec la perfection la plus idéale. Ce croc a dû certainement occuper la vie entière d’un homme, obscur génie qui, sans doute, n’a pas même eu l’honneur de présenter lui-même au maître son patient et étincelant chef-d’ieuvre.

Les Orientaux ont généralement employé les métaux purs. Les Grecs et, avec eux tout le monde antique, se servirent du bronze, mélange dans des proportions infiniment variables de cuivre et d’étain, le fer, dans les temps homériques , semble avoir été réservé à l’agrieulture. le bronze est relativement très-malléable. Les épées dont se servaient les héros d'Homère devaient se tordre comme nos fieurets. C'est ce qui explique le peu de sang qui, en somme, fut versé sous les murs de Troie, pendant un siège qui dura dix ans. Les grands combats que chante Homère n’étaient guère sauf les cas de mêlée générale que des duels à un, à deux, à dix (pii sc renouvelaient de temps à autre entre les chefs du camp et de la ville. J’imagine, surtout en lisant les injures qu’ils échangent dans le feu même de l’action, (pie les combats étaient à [s'il près réglés comme dans les mélodrames de l’ixérécourl et que l’on s’exerçait à frapper eu cadence, — une, deux, trois, quatre ! — et à faire jaillir des gerbes d’étincelles. Le fait est que, lorsque quelqu’un est louché, ce sont des lamentations, comme en ferait le directeur du Cirque si ses Prussiens à deux francs la soirée lui tuaient pour tout de lion ses Autrichiens.

Quoi qu’il en soit de la valeur proverbiale — et dont nous nous reprochons presque d’avoir souri un instant — de ces héros d’Homère, leurs armes devaient être d’un caractère bien autrement

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sauvage cl robuste <|iii‘ nos yen \ ne sont habitués à les voir dans les peintures do l’école classique. Le casque d’Agamemnon avait quatre aigretles el une crinière flotlante. Cela devait êlre héroïquement liarbare, ainsi que les ares, faits des cornes d’une chèvre sauvage, et les flèches. La description du bouclier d’Achille montre quel luxe les Grecs apportaient à leur parure et témoigne de l’habileté de leurs forgerons-armuriers et de leurs orfèvres. Leurs cuirasses et leurs belles cnémides devaient — le bronze composé de cuivre, d’étain, d’argent et d’or, étant presque de la couleur de l’or — leur imprimer l’éclat le plus éblouissant. Ouand le glorieux Hector va partir avec l’àris pour la mêlée, « il tend les bras à son fils; mais l'enfant se renversa en criant sur le sein de sa nourrice iï la belle ceinture : il était saisi d'effroi à l'aspect île son père el tremblait devant l’airain cl devant l’aigrette, faite de crins de cheval, qu’il voyait se balancer d’une façon terrible nu sommet du casque. Son |>ère sourit, ainsi que son auguste mère. Aussitôt le glorieux Hector ôta le casque de dessus sa tête et le déposa tout étincelant sur la terre... »

Les armes grecques devaient être admirables. Les dieux, euxmêmes, étaient occupés à les commander, à les fabriquer, à les orner. Vénus allait tout exprès pour cela rendre visite à Vulcain. Elles étaient la constante préoccupation des chefs. On ne pouvait échanger de radeaux plus recherchés : « Au retour de l’aurore, Agamemnon revêtit lui-même l’airain étincelant. D’abord il entoura ses jambes de belles cnémides qu'attachaient des agrafes d’argent. Puis il couvrit sa |ioitrine de la cuirasse que. lui donna jadis Cynire, roi de Chypre, comme gage d’hospitalité. Car jusqu’en Chypre avait retenti celle grande nouvelle que les Grecs

Il II U A Zt KT K K 11.

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alluii'iil faire voile pour Troie : c'est alors que pour complaire au roi il lui donna cette cuirasse. Elle avait dix bandes de métal noir poli, douze d’or cl vingt d’étain ; aux deux faces, trois dragons d'azur se dressaient vers le cou, semblables aux arcs-en-ciel que le fils de Saturne a lixés dans la nue el qui sont un présage pour les hommes. Il suspendit à son épaule une épée où brillaient des clous d’or et dont le fourreau d'argent était attaché à un baudrier tissé d'or. Il $c couvrit tout entier d’un bouclier artistcmcnl travaillé, solide, beau, que bordaient dix cercles d’airain : on y voyait vingt liosseltes d’airain éblouissantes et au milieu une de métal noir. Autour de ce bouclier s’enroulait la Gorgone, à l’œil farouche, lançant de terribles regards : la Terreur et la Fuite l’environnaient. Une courroie d’argent y était attachée, sur laquelle s’allongeait un dragon noirâtre, dont les trois tètes entrelacées sortaient d’un seul cou. Il mit sur sa tète un casque à cimier doublement saillant el à quatre panaches, garni d’une queue de cheval, et dont l’aigrette s’inclinait du haut en bas d’une façon menaçante. Il prit deux fortes lances, armées d’une pointe d’airain qui projetait jusqu’au ciel un vif éclat. Alors Minerve et Junon tonnèrent pour glorilier le roi de l'opulente Mycènc...'»

il ne nous est, bien entendu, rien parvenu des armes pompeuses des temps homériques. Nous ne connaissons l’allure et la silhouette des guerriers que par quelques bas-reliefs et des vases de style archaïque. Ces guerriers, avec leurs casques à nasal, leurs barbes pointues, leurs yeux en amande, rappellent singulièrement les Assyriens et le type oriental. Les casques, les cuirasses, les épées,

* Iliade, chant \l, el ci-atout* l'épisode du départ d'Hector, clwul VI. Traduction de M. Kmile Pe^nnimix.

Ill thS-H'lKUVIIK DES A II T S IMU'STtlIKI.S

que possèdent le Musée d'artillerie el la Bil>liolhèi|ue impériale, |irovieiiiienl surtout îles tombeaux île la (iamjianie et sont d’un âge relativement récent. Nous recommandons aux curieux cunimc une coiffure d’une élégance adorable, un casque donné au Cabiucl des antiques el médailles, par M. Albert de Lu y nés, el qui simule un bonnet phrygien. On croirait voir dessous la tète efféminée de l'âris.

Les armes romaines sont plus robustes. L'art a fait place à des préoccupations plus positives. Il ne s’agit plus de combats singuliers, de courses heureuses contre une peuplade voisine, comme nous en voyons encore en Algérie de tribu à tribu. Il s’agit de la conquête du monde, el l’épée de fer que Scipion fit forger en Espagne pour ses légions fut une des principales causes de la défaite de nos aïeux, qui ne possédaient que des armes de bronze, lorsqu'on jKirle la guerre jusqu’aux contins du monde alors connu, il faut des armes sûres, commodes et bien ajustées. La colonne Trajane montre le soldat romain un tenue de campagne. II n’est ni élégant, ni brillant. I<es cuirasses qui couvrent la poitrine d’Auguste, de Marc Aurèlc, des Antoilins, dans les statues antiques, ne sont que des morceaux d’apparat. C’est le costume d’apothéose pour ces revues nocturnes dont parle le porte allemand.

■Singulier caprice du destin! Celle éjiéc romaine qui a vaincu tous les peuples qu’elle a frappés, qui tranchait comme des li|s les liens des nationalités, qui a im|H>sé l’csprit latin aux deux tiers de l’Europe, de même que, plus tard, le sabre de Mahomet et de ses successeurs devait porter le Coran jusqu’au coeur de la France,

BHO.XZK ET I Eli.

ssr.

celle épée terrible, ni les tombeaux, ni le «il des champs de l>alaille, ni le lit dos fleuves ne l’onl gardée. Li rouille l’a dévorée, alors qu’en Sicile ou recueille encore des 11 û les en ivoire. Un n’en commit <|ti’un seul spécimen complet, trouvé dans le Itliiu. La [milite est formée par le rétrécissement progressif de la lame vers les deux tiers delà longueur. Cette lame, à deux tranchants parallèles, n’offre pas les formes sinueuses, étudiées, moelleuses et üères de l’épie grecque. Elle n’est guère plus belle que le u coupe-chou » de nos fantassins, lai poignée était eu ivoire, eu corne ou en bois, sans garde et sans croix. Elle se portait à droite, dans un fourreau de bois ou de fer recouvert de cuir et garni de bronze, et fixé au baudrier et à la ceinture par quatre anneaux. Elle était faite eu vue d’un combat corps à corps et tenait surtout du couteau et du poignard ainsi que le yatagan de l’Arabe.

« Eu tète des armes offensives, a écrit l’aul de Saint- Victor, brille l’épée, la plus noble de toutes, le symbole de la force et du commandement. Ile tout temps l’épéca fait partie de l'homme dr guerre : on ne l’imagine fias plus sans elle que le lion sans ongles et l’aigle sans serres. La langue du moyen-âge en parle comme d’une chose vivante. Un la baptisait souvent comme une chrétienne qu’elle était. L’épée de Charlemagne s’appelait « la Joyeuse ; » celle de Roland, « Durandal ; » celle d’Olivier, « Haute- Claire;» celle de Renaud, « Flambeau. »

Souvent elle était fée, et c’était clic qui dénouait |>ar ses vertus magiques les pièges dans lesquels les nécromanciens se plaisaient à faire trébucher les chevaliers errants. Le Tasse et l’Ariosle sont pleins de ces inalélices. « Il se pourrait même bien, dit Don Utii-

i; Il K ÏS- U (Eli Vit K lll-;.N ARTS IMllSlRIKLS.

chut le àbancliol'anra, — pendant une de leurs causeries du voyage, entre un enelianlement et une volée de coups de triipie,— il se ixiurrait même l>ien (pie la fortune me fil présent de l’épée que portail Amadis quand il s'appelait le « chevalier de FArdente-Kpée. » Ce fut une des meilleures lames que chevalier posséda jamais au monde, car, outre qu’cllc avait la vertu de placer son maitrc à l’alni de toute espèce d’enchantement, elle coupait comme un rasoir, et nulle armure, quelque forte ou enchantée qu’elle fût, ne résistait à son tranchant. — Ce sont les chevaliers qui ]iossèdent ces armes, répond le lion Sanclio, mais les écuyers, bernique! »

Le Musée des Souverains, au Louvre, possède trois éjiées historiques qui, par leur forme et leur ornementation, — sans presque que vous sachiez quelles mains royales les ont maniées, — vous diront trois dates de l'histoire de France et l’étal de nos beauxarts industriels dans trois périodes tranchées. C’est d’abord l’épée de Childéric l"', (ils de Mérov ée et père de Clovis, mort en 481. Sa forme épaisse et robuste rappelle le glaive romain. Elle lut trouvée à Tournay, qui n’appartenait point encore à la France, le 27 mai 1655, dans un tombeau, avec des abeilles détachées sans doute du manteau et des vêtements royaux, une itoule de cristal et le sceau de Childéric : ce sceau, par une sorte de jeu de mots de hasard, cerlilia l’authenticité de ce peu de poussière qui avait été un roi de France, comme il avait jadis certifié la parole et la signature royales. L’électeur de Saxe fit offrir cette épée à Louis XIV, en 1665, par l’empereur d’Autriche; de. Versailles elle passa au Cabinet des médailles et des antiques, puis entra au Musée des Souverains, dans lequel elle ouvre la série

UltU.NZE ET 1- El!.

chi-oi)t(lo^i<|iie tifs armes royales. Une lèlc d’aigle termine le ftoiiinicaii, dans l'étonnante cau-l'orle gravée |>ar M. Jides Jacquemart pour le livre de M. Barbet de Jony, les Gemmes cl Joyaux de la Couronne : c’est une restitution proposée à eette place par cet artiste et qui jusqu’alors avait échappée à la perspicacité des antiquaires.

L’épée de Charlemagne est d’une authenticité moins certaine, et d’ailleurs elle a étéen partie refaite pour le sacre de Napoléon 1".

Mais celle qui suit, celle galante et vaillante épée, c’est une de celles de Pavie, celle-là même que rendit François 1",

L'Iionunc do Uarigiun, lui qui, loutc une nuit,

Toussa les batailler..' I*un sur l'autre à grand bruit,

Et qui, quand le jour vint, les mains de sang trempées,

N'avait plus qu'un tronçon de trois grandes épées * !

lai lame était tellement faussée, lorsqu’elle arriva à Madrid, qu’on en fit rajuster une autre, antérieure de cent ans environ. Lu poignée, en or ciselé et émaillé avec un goût parfait, a conservé la trace de coups violents, cicatrices glorieuses cl parlantes.

la; Cabinet des antiques et des médailles possède encore, après ce que l’on a fait rentrer récemment au Musée des souverains et au Musée d’artillerie deux épées historiques d’un haut prix : celle du malheureux Boahdil, qui a été olfcrtc par le duc Albert de Luyncs, et celle de Jean de la Valette. Celle-ci avait été donnée à Jean de la Valette par Philippe 11 en récompense de la valeur qu’il avait déployée au siège de Blindes; quand Bonaparte descendit à Malle en allant en Egypte, l'ordre lui fit don de la dague cl

’ Vidoi- Hugo.

3X0 CIIKFS-B ŒIVI1E UES A IITS I.NÜtSTIlIKIS. i|uand l’ordre Tut dcliniliveuioDl dissous. Napoléon réclama l’épée qui lui fui remise et qu’il déposa au Cabinet des médailles.

I.’épée est la seule arme des temps antiques que nous ayons conservée. Car combien d’années encore pourra résister la cuirasse de nos carabiniers ou le casque de nos dragons contre ce fusil à aiguille, avant-coureur d’engins plus terribles encore! Nos musées, nos collections privées en ont recueilli de tous les temps, île tous les pays, de toutes les formes. Il y aurait plaisir à suivre son passage à travers les temps : elle tient à Phistoire-bataille par sa fonction ; à l’histoire-arl par sa garde et son pommeau, son fourreau et son ceinturon ; à l'histoire-industrie, par sa lame plus ou moins finement trempée. Pendant des siècles elle a accompagné l'homme à la guerre, dans les embuscades, dans les palais. La rendra, c’était s’avouer mort civilement. Kn loucher l'épaule d’un vilain , c’était lui faire franchir l’échelon qui le séparait de la noblesse, comme ce coup de baguette des fées qui transforme le caillou eu or. Elle a été l’aiui le plus sur pour l’homme du quinzième et du seizième siècle, qui, reconnaissant, l'a fait marteler par les forgerons les plus habiles, orner par les artistes les plus en renom. Albert IJürcr avait gravé sur le pommeau de l’épée de Maximilien un Calvaire, qui est une des pièces les plus précieuses de son œuvre. Nous verrons tout à l’heure Ilenvenuto à l’œuvre, uvcc tous les orfèvres de son époque, pour ciseler des dagues ou des épées.

« Au quinzième siècle, a écrit M. Édouard de Beaumont à propos de la riche collection qu’avait prêtée l'Empereur à V Union centrale, l'épée, toujours imposante mais somptueuse, s'unissant

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à la tendance réactive de la guerre et des arts se modifie tout à coup dans ses actions et dans son ensemble. Elle devient devant l’arquebusade moins pesante et plus aiguë: les deux branches de sa croix perdent leur ligne rigide et s’abaissent quelque [uni en se recourbant vers la lame. » A partir de la Renaissance française et depuis François I", l’épée se fil infiniment plus coquette que terrible. On a lait cette remarque ingénieuse que depuis 1510 environ, elle tourne sa pointe en bas, c’est-à-dire que décorée jusqu’alors de façon à être regardée nue la pointe en l’air, elle n’est plus ornée qu’au point de vue inverse.

On a publié plusieurs fois les marques et les poinçons des plus célèbres armuriers de Tolède ou de Séville. Julien del Rey, qui travailla à Tolède et à Saragosse, poinçonnait ses lames d’une demi-lune, d’une figure de loup ou de chèvre. On connaît moins les procédés de trempage; du moins certains tours de main, qui, dans ces matières, font tomber brusquement du superlatif au médiocre, ne nous ont-ils été transmis qu'environnés de fables suspectes.

Rien n’est plus noble que les collections d’armes. Celledu comte de Nicuwcrkcrkc renferme de lieaux spécimens. Mais rien n’approche de la perfection absolue des quelques épées que [xissède le marquis de Saint-Seine. L’une d’elles, noire et austère, rappelle des idées de duel acharné. Une autre, au contraire, dont la garde a des enroulements aussi souples que ceux d’un cep de vigne à demi-détaché de sa treille, est niellée d’argent. Celle qui se voit en regard de ces lignes, c’est une épis: italienne, épée de grand seigneur, délicat, raffiné, ami des poêles et des artistes. Les « trois montagnes en pointe » qui se nqièlent à plusieurs reprises

",90 CHEFS-D'ŒUVRE DES A DT S INDDSTRIEI.S. dans l'ornementation indiquent «ju’olh* a été commandée par quelque membre de la famille Mhani et la couronne est celle d’un marquis. Les AIhuni, outre les trois montagnes en pointe , portaient encore dans leur blason d’argent, à la bande d’or, une étoile en chef.

Si l’on ne savait la férocité et la corruption froide que cachent ces époques , on aimerait .à croire que la gracieuse et forte épée, l’honneur du cabinet si riche à bien d’autres titres du marquis de Saint- Seine, n’est sortie de son fourreau que pour venger des orphelins, protéger des princesses ou frapper des tyrans.

On sait, et il faut nous hâter de le rappeler, que l’arme de duel était surtout la rapière, dont la garde porte une coquille hémisphérique, percée de trous pour engager la pointe de l’adversaire. Kilo avait un valet pour *iL>sii» parer les plus gros coups et achever l’ennemi renversé : c’était la dague, la? grand souci des amateurs c'est de trouver en même temps la rapière et la dague, qui s’appelait : « main gauche, » et (pii. forgée avec le même morceau de fer.

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