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admirable dans les I rliino de la belle période, c’est moins le détail de la scène que la fierté de l'ensemble. Ues majoliques offrent à un égal degré cette unité si complexe des arts de l'Orient : elles |mivenl lutter avec un manuscrit persan, un cliitle de l'Inde,
!W) CHEFS-D'ŒDVRE DES AltTS INDUSTIUEI.S.
un plat «lu Japon, c’est-à-dire avec ce que l'Orient nous offre «le
plus délicat, «le plus doux, de [dus franc pour le reparti.
Un d«»s caractères les plus frappants de ces produits, ce sont ces larges reliants de rouge qui, lorsque vous li‘s regardez sous un angle d’incidence, rutilent avec plus d’intensité qu'un émail de paillon. C'est maestro Giorgio Andreoli, sculpteur faïencier de la fabrique de Gnltliio, qui a signé le revers des plats sous lesquels miroitent les plus beaux lustres, cl comme e«*s plats appartiennent parfois ;ï «les centres différents, on en a conclu, un peu à l'encontre «l«s mœurs du temps, que maestro Giorgio possédait là un secret et qu’il allait d’ateliers en ateliers. Il était fils «l'un gentilhomme de Pavie, Pietro Andreoli. Kn 1408, il obtint à Gubhio, bourg du duché d’ürbin, situé sur le versant oriental des Apennins, le droit de cité, et devint un personnage. Il était statuaire et exécuta, dans l«*s églises de sa ville d'adoption, plusieurs autels qui ne sont point parvenus jiisiju à nous. Ses monogrammes, au moins ceux qu'on lui attribue, sont trop nombreux et Iriqi [«eu clairs pour que nous osions, dans ce livre qui n’est point un livre de crili«|ue, h“s offrir au lecteur. Le meilleur monogramme du reste, c’est une exi'culion sans reproches, et telle est celle des pièces «le maestro Giorgio Andreoli , vraiment «lignes d’être recueillies. La boire ci-contre en forme de rhiton antique «>st orné de reliefs qui ajoutent «“néon* à sa tournure patricienne. En 1552, un acte prouve que maestro Giorgio était encore «le ce monde. Iles lettres initiales ajoutées à son monogramme, indiquent qu’à partir «le 1537, il s’était associé ses trois fils.
La fabrique de Derula, (ondée croit-on par un élève de Luca délia llohbia. Antonio di Duccio, a fourni «les majoliques que les
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rehauts jaune tondre aident à reeonnaUre, et de jolis vases en forme de pomme de pin, allusion à laquelle Bacchus devait se montrer très-sensible. C’est là que fut le mieux compris l’enseignement des faïences hispano-moresques, si simples et si riches. Les
notitr n ron«F ni: imrox, far le haeotho ciorhio axmiRui.i. Gdkf-lion «lu luimn G. .le ItotlwhiUl.
premières ligures de saints ou de guerriers qu’on y peignit sont d’une fierté et d’une lorce qui n’ont point été dépassées par les autres fabriques. Mantegne lui-méme fournit des dessins.
Ferrare était célèbre dès le quinzième siècle par la lieaulé de ses blancs, qu’avait expérimenté lui-même le duc d’Estc, Alphonse I", dans un four établi sous les- fenêtres mêmes de son plais. — Venise fabriqua ces faïences gros bleu, marquées, tachées, marbrées de blanc ou de jaune que les potiers de Nevers imitèrent et égalèrent. Les pièces étaient généralement estampées dans des moules. La marque de Venise, au milieu du dix-huitième siècle.
112 CIIEES-ntEDVRE DES ARTS INDtJSTHIKI.S. se rom posa il tl’un A cl d’un F accolés et couronnés au-dessus de deux palmes, soit des deux mêmes lel Ire- accolées à une ancre à trois pattes.
dette digression s’arrête d’elle-méme, car l’art de la majolique après avoir brillé pendant un siècle et demi en Italie d’un vif éclat, s'éteignit peu à peu et disparut puisque, au moins au point de vue qui nous intéresse; c’est-à-dire que si les fours continuèrent à chauffer, ils n’enfournèrent guère plus que des pièces d'un prolil extravagant, lmssuécs et découpées, comme celles de Gênes ou de Savoue, et décorées de figures sans style ou de |>ay sages suis charme. I.a porcelaine orientale était venue faire une grande concurrence. Passeri, que nous avons cité avec complaisance parce qu’il exprime à merveille la moyenne de critique d’un homme d’esprit à une époque donnée, constate les préoccupations nouvelles des amateurs.
Si l’introduction de la porcelaine orientale fut un fait economique considérable, elle eut, sur l’art de la décoration, une influence fâcheuse. Kn cherchant à l’imiter, comme matière, on si' borna la plupart du temps à de petites pièces et le sentiment du grand décor s’en ressentit aussitôt. La comparaison de l’épiderme des deux matières montre toute la différence qui les sépare : celui de la porcelaine est vitreux, dur, froid, il ne s'incorpore pas le Ion et il anéantit la touche. La faïence, au contraire semble accepter avidement celle couleur qu’on lui sert plus abondante et la réchauffer sur son sein. Autant l’une est décorative, autant l’autre l’est peu, la porcelaine européenne du moins , car nous verrons bientôt combien, en faisant vibrer les plans en apparence tout unis de
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rouge, de bleu, de vert, les Persans, les Japonais les Chinois ont su lui imprimer de saveur et de franchise.
De nos jours la majolique italienne a été reprise, non sans succès mais sans originalité, à I ai mires par Minlon et surtout dans la falu'iipic du mnnpiis Ginori, à Doccia, près de Florence. Quelquesuns îles produits sont signés Ginori ou d’un G enserrant un F ; les ail tris, ne le sont pas, et à peine sont-ils sortis de chez le fabricant, dont la bonne foi est sauvegarder par ses factures, qu’ils deviennent la proie du brocanteur et de ce que l’on nomme proprement « le truqueur. » Celui-ci les met rouir dans le fumier, il les expose au grand soleil, il les fait liouillir dans des eaux grasses |K)iir leur donnée une odeur de vieillerie, il frotte l'émail à l’émeri, lui ôte son vernis compromettant, le fendille. Souvent encore ces forbans île la curiosité brisent la pièce, la raccommodent gauchement, ou font seulement sauter quelques écailles du Imrtl. Il est rare qu’à l’aide de toutes ces fraudes — et nous n'en révélons que les plus ordinaires, — ils n’arrivent point à tromper les amateurs novices et crédules. I il taux ne peut guère résister à la double analyse du goût naturel et de l'expérience, à la critique des experts honorables ou des amateurs érudits. La comparaison surtout avis- un original suffit pour montrer qu’ils sont borgnes, boiteux et L issus.
Ku revanche rien n est plus facile à surprendre que les personnes dont la naïveté proverbiale ne se décourage d’aucun échec, les ainalenrs improv isés qui se lancent dans la bataille sans armes ou sans munitions. Il n’y a point de tribunal pourras fraudes; quel juge d’ailleurs peut tenir son sérieux lorsqu’une victime vient se plaindre d’avoir acquis un l.ura délia Itohhio pour trente francs...
vulgaire moulage moderne, aux arêtes émoussées et qui déshonoiurail la mémoire des mailres ?
Ce sont ces Faux amateurs qui ont l'ail le plus grand mal aux arts décoratifs contemporains, lis simulent l’enthousiasme pour des objets dont ils ne comprennent ni la grâce ni la Force réelles. Ils s'échauffent à Froid pour des sociétés qui n’ont avec la nôtre que les lignes constitutives de l’humanité, mais qui diffèrent de nos temps, dans tous les détails, par des traits aussi tranchés que ceux du Français et du N'oukahivien ; ils demandent à nos artistes de penser, de sentir, d’agir comme les artistes du moyeu âge ou de la renaissance. Ils brouillent les temps, les pays, les races, les moments, dans leur cervelle comme dans leurs vitrines, et loin d’en dégager un éclectisme «pii serait nu moins un temps d’arrêt dans le médiocre , ils s'enferment dans cette chapelle baroque où tous les dieux ont un autel et ils montent en chaire pour réciter des jérémiades sur la décadence des temps. Ah ! s’ils ne s'agenouillaient que devant ces étoiles qui constellent le ciel de tous les pays cl de toutes les ladies époques ! Mais, poussés par un instinct brouillon, ils préfèrent acheter les bibelots les plus ébréchés plutôt que de choisir les plus lins objets dans les expositions ou de commander aux artistes des pièces originales. Il n’est plus, aujourd'hui que les greniers d'alwndance ont été vidés par les voyageurs et les émissaires des grands marchands, il n’est plus d’assiettes à six livres le cent, de vases où le barbier de village enfermait ses onguents, de pots de jardin gercés par les gelées, de moules à pâtés de lièvre et de poisson, plus de ramier, eu terre glaise, sentinelle immobile du pigeonnier, plus de lion- caniche à crinière jaune, qui ne passe en vente et ne trouve aequé-
reur. L’artiste contemporain, dédaigné par ces Mécènes au petit pied, s’indigne et, découragé, cherche dans l’industrie pure le pain que pouvait lui donner l’action des facultés les plus libres et les plus fièresde son génie. Ne laisserons -nous à nos descendants que des musées de vieilleries el des catalogues?
L’art de la majolique, ou, pour élargir la question, l’art de la faïence émaillée et peinte, ne saurait se cantonner plus longtemps dans la reproduction des pièces, même les plus belles de l’art italien. Ce serait demander à nos poêles de ne nous faire que des tragédies. Nos dressoirs taillés dans des bois alors inconnus, avec des profils différents et répondant à des besoins tout nouveaux, ne peuvent se charger d’imitations qui pâlissent el s’éteignent lorsqu’un original, même contemporain, entre dans la maison. $011 vrai râle est de se transformer comme l’ont fait tous las arts modernes. Pour nous, sauf un bien petit nombre de pièces immobilisées dans les collections nationales du Louvre, de Clunv, de Sèvres, de Soulh-Kensinglon, et chez quelques amateurs, nous ne connaissons guère de faïences qui surpassent en intérêt les plaques ou les plats décorés dans les ateliers des frères Deek par MM. Bracquemond. Ranvier, Hnmon, Gluck, Khnnann, etc. In jour, M. Français, le paysagiste, s’est amusé à peindre sur le. large inarly d’un plat une épaisse couronne de lierre; puis, dans le centre, il a posé un hibou qui vous regarde avec des yeux effarés. Croit-on que ce plat, unique comme un tableau , touché comme une esquisse, n’est pas plus désirable qu’un tesson sans vigueur qui portera au revers une marque de fabrique inconnue?
Celle revendication que nous faisons est d’autant plus logique que le génie français, qui sait si mal se plier aux données étran-
Mi
CHKFS-D Œl VH K l»KS AIITS INIIl'STIIIKI.S.
y ères, inventa pour ainsi dire de pied en eapla faïence émaillée et lui imprima un cachet de personnalité surprenant. Si l’Italie a Luca délia Itohhia, la France a Homard l’alissy, et c’est de ce génie si gaulois, de quelque part qu’on l’observe, que nous allons raconter les souffrances et les travaux.
Bien des nuages entourent encore pour nous le la'i ceau de Hernanl l’alissy ? Où le placer? Itans le Périgord ou dans l’Ageuois ? I n Poitevin qui a l’érudition heureuse en ces matières, M. Benjamin Fillon, lient pour la Sainlonge, en raison du langage de l'alissy qui est essentiellement celui des bonis de la (iharenle : « les expressions populaires du terroir sont trop profondément incrustées dans sa chair pour ne pas y être entrées avec le sang de ses pères. » Biiffun avait dit : « le style c’est l'homme; » ici le style c’est l'endroit de naissance.
Quelle est la date de la naissance de l'alissy? I.'iitl, s il faut en croire Pierre de l'Esloile, qui fut |iendanl plusieurs années en rapports intimes avec lui. Mais on en est encore à attendre un document positif.
A quelle classe appartint sa famille? à la petite bourgeoisie, sans doute, car dans un acte de l.âàX, il est qualifié de « honorable homme maistre Bernard l'alissy, peintre, demeurant eu la ville de Saintes. »
Au plus haut que remontent les documents certains, on le voit, au retour de voyages dans le midi de la France et dans l’Allemagne, qui rap|a‘llenl le tour de France de nos compagnons, exerçant en Sainlonge le double métier de peintre verrier el d’arpenteur; marié, père de famille, et rongé par la misère. Il
faïence kmaii.i.kk.
louche alors la trentaine. Il est protestant et se lie avec le seigneur Antoine de Pons , qui arrivait de Ferrare où il avait épousé Anne de l’arthenay. Le hasard lui fait tomber sous les yeux quelqu'une des coupes émaillées de ce blanc laiteux et brillant dont nous parlions il y a quelques pages, et dont les ducs de Ferrate passaient pour avoir le secret. C’est le commencement de ses angoisses, de ses luttes, de sa misère ; c’est aussi son premier pas vers la gloire.
Nous allons laisser parler Bernard Palissy lui-mcme; mais auparavant il faut dite auquel de scs livres nous empruntons ces pages, sortes de mémoires fiévreux et âpres, discrètement sincères et souvent satiriques.
Fit I 562, Bernard Palissy publie à la Hochelle un ouvrage dont voici le titre: « Itecepte véritable par laquelle tous les hommes de la France pourront apprendre à multiplier et à augmenter leurs trésors. — Item, ceux qui n’ont jamais eu connaissance îles lettres, |Hiurront apprendre une philosophie nécessaire à tous les habitants de la terre. — Item, en ce livre est contenu le dessein d’un iardin autant délectable et d’utile invention, qu’il en fut oneques veu. — Item, le dessein et ordonnance d’une ville de forteresse, la plus imprenable qu’homme ouyt jamais parler, — composé par maislrc Bernard Palissy, ouvrier de terre, et inventeur des rustiques figulincs du Boy et de monseigneur le duc de Montmorency, pairclconneslablc de France, demeurant en la ville de Xaintcs. » Ce litre suffit déjà à nous montrer l’esprit agité, actif, ingénieux de maislrc Bernard. On a tout lieu de croire que celle «Becepte» fut, sinon composée, au moins mise en ordre pendant le temps qu’il passa en prison. Calviniste exalté, orateur
ardent, il avait formé à Saintes une église dans laquelle il prêchait la foi nouvelle. L’édit de 1559, qui punissait de mort le crime d’hérésie, ne l’ébranla pas. En 15(12, le Parlement ordonna l’exécution de l’édit dans son ressort ; l'ai iss y prit la défense de ses coreligionnaires. Mais en vain son atelier fut déclaré lieu de franchise par le comte de la Rochefoucauld, général de l'armée royale, Palissy fut enlevé la nuit par les officiers de justice et conduit dans les prisons de Bordeaux. Il eût inévitablement péri sans l’intervention du connétable de Montmorency, pour lequel, quelques années auparavant, il avait exécute des travaux importants. Il fut arraché à ses juges mêmes par le brevet que Catherine de Médicis lui octroya « d’inventeur des rustiques figulines du Roy, » et qui l'isolait de la juridiction sévère de Bordeaux.
Cette Reeeple est une sorte d’Apocalypse, un livre exalté, dans lequel, il faut voir le plus souvent des allusions au sort de ses amis et de la religion réformée, sous un langage d'autant plus difficile à percer qu’il semble décrire des œuvres matérielles. Il est rédigé par demandes et réponses : « Quelques jours après que les émotions et guerres civiles furent appaisées, et qu’il eut pieu à Dieu nous envoyer sa paix, j’étois un jour me jrourmenanl le long de la prairie de cette ville de Maintes, près du lleuve de Charanle: et ainsi que je eonlemplois les horribles dangers, desquels Dieu m'avoil garanti au temps des tumultes et horribles troubles passés, j’ouy la voix de certaines vierges, qui esloient assises sous certaines aubarics (arbustes, aubrayes) et cbantoient le psaume cent*quatrième. Et parce que leur voix étoit douce et bien accordante, cela me lit oublier mes premières pensées... »
I AIKiNOK I, MAILLÉE.
Dès lors il médite do iigurer en quelque grand tableau les beaux paysages que le Prophète nous enseigne en ee psaume, ou mieux, d’édilicr un jardin, un palais, un amphithéâtre, pour recevoir les chrétiens exilés en temps «le persécution.
«AHULL DU LIAIlfc DE — LA DLCKl’IL VKHIIAIlLE.
C'est sur le titre de ce volume qu’est imprimée celle marque avec la devise : « Povrelé empêche les bons esprits de parvenir. » ll’aulrcs libraires ou imprimeurs l’avaient déjà prise, mais elle concorde si bien axer, l'histoire de la vie, des pensées, des déboires de Palissy, qu'on ne jieut voir dans ce choix qu'une intention parfaitement arrêtée. C’était une épigramme dessinée, un apologue |Miur les faibles d’esprit autant que pour les pauvres; et c’est aux pauvres gens que ie livre entier s’adresse, bien plus encore qu’aux savants ou aux puissants. L’agriculture, les engrais, la composition chimique des terres, l’aménagement des lorèls, la formation des pierres, le rôle salutaire des sels, et eeut autres points curieux
cHtiKs-irasuvitK oks ahis iNttusTittias.
Mut abordés dans une conversation satirique et sensée, avec une abondance qui en font la lecture facile pour tous. Il y a plus d’une erreur populaire admise sans critique, plus d’un conte de nourrice donné pour vrai, mais un pressent déjà en maints endroits le physicien qui va se révéler dans son second livre, et qui méritera de Cuvier le titre de Père de la géologie moderne.
Peu de temps après, Palissy part pour Paris, où nous le retrouverons, après lui avoir laissé la parole à lui-même. Les pages qu’on va lire sont extraites du livre qu’il publia en 1580, sous ce litre: « Discours admirables de la nature des eaux et fontaines tant naturelles qu'artificielles, des métaux, des sels et salines, des pierres, des terres, du fer et des émaux. — Avec plusieurs autres excellents secrets de choses naturelles. — Plus, un traité de la marne, fort utile et nécessaire pour tous ceux qui se niellent de l'agriculture. — Le tout dressé par dialogues, esquels sont introduits la théorique et la practiquc, par M. Dernard Palissy, inventeur des rustiques ligulines du Hoy et de la Itoyne sa mère. » Il est le résumé de leçons que Palissy avait ouvertes depuis le carême de 1575 et qu’il poursuivit jusqu’en l’année 158-4, car, parmi toutes les choses contemporaines qu’il pressentit, il fut le promoteur des conférences. Avec un Itou sens suprême, s’indignant à son tour contre ceux que Kabelais avait appelés les « abslracteurs de quintessence, » il avertit le lecteur « qu’il se donne garde de croire les opinions de ceux qui disent et soutiennent que Théorique a engendré Practique. » Lt il l’invite à venir le voir en sa petite académie. *
Onze principaux points sont traités eu ce livre : des eaux des fleuves, fontaines, etc. ; de l'alchimie; de l’or potable; du mi-
faïence émaillée. mi
thrirlat ; des glaces; des diverses sortes de sels végétatifs et généralifs ; du sel commun ; des pierres tant communes que précieuses ; des diverses terres d’argile; de l’art de terre et de son utilité; des émaux et du feu; de la marne et de son utilité. C’est une sorte d’encyclopédie fort curieuse. Palissy s’y montre infiniment plus instruit, plus avare d'hypothèses, plus perspicace que dans son premier livre. La théorie des eaux thermales, des fontaines jaillissantes, des fossiles, de la lumière, de l'attraction des corps, v est indiquée, élwnchée même par des traits de génie. Des études île fond sur la philosophie de cet œuvre si français et si peu répandu seraient des sujets autrement intéressants, nationaux et populaires que ces programmes proposés chaque année' par nos Académies sur les points les plus baroques de l’archéologie.
l’Art ilr terre est un long dialogue entre Théorique et Practiqno : « Tu m’as promis cy-devanl de m’apprendre l’art de terre, — dit ce personnage qui parle toujours au masculin, — et lorsque tu me lis un si long discours des terres argileuses1, je fus fort réjony, pensant que tu me voulusses montrer le total
* Le Irait*'* dis Terre x (V argile tient naturellement avant celui-ci. I) explique la nature, l'emploi, le traitement de l’argile des potiers et des fabricants de tuiles et de briques. Palissy y raconte les mésaventures «d’aucuns tailleurs d’images, instruits en l’art de terre par ouy dire seulement, • et qui venaient apporter au four leurs statues ou leurs bustes mal séchés nu mal préparés. « Quand ils commençaient à mettre le grand feu, c’é'ait chose assez plaisante (combien qu’il n’y eut pas h rire pour tousl d’entendre ces images péter et faire une batterie entr’eux, comme un grand nomlire d’arquebusades et coups de canon. «
Notons une fois pour toutes que nous ne nous sommes pas astreints dans nos citations à l’orthographe d’ailleurs trés-capricieuse du temps. Nous avons notamment remplacé au besoin les V et les 1 par le lî moderne et le J.
dudit art. Mais je fus tout ébahy qu'au lieu de poursuivre tu me remis à une autre fois. »
« Cil ides- tu, lui répond Praetique, qu’un homme de jugement veuille ainsi donner les secrets d’un art qui aura beaucoup coûté à celui qui l’aura inventé. Il n’est pas de mon art, ny des secrets d’irrluy comme de plusieurs autres. Je sçay bien qu'un bon remède contre une peste ou autre maladie ne doit estre celé... Mais de mon art de terre et plusieurs autres arts, il n’en est pas ainsi. Il y a plusieurs gentilles inventions, lesquelles sont contaminées et méprisées pour être trop communes aux hommes. » Puis s’animant, Palissy [Misse en revue le sort de certaines de ces professions qui, par leurs rapports aussi étroits avec l'industrie qu'avec l’art, sont particulièrement froissées par les inventions nouvelles et par la concurrence : l’art dt>s verriers ou fabricants de vitraux, des émailleurs, des « peintres et pourtrayeurs sçavants, » des sculpteurs.
On s’est beaucoup servi de ce passage pour chercher à donner à Palissy un esprit mesquin et étroit. C’est tenir peu compte de la nature humaine, toujours si jalouse de ce qu'elle a péniblement conquis dans l'ordre des faits matériels ou intellectuels. Les parents n'aiment-ils pas (dus que les autres ceux de leurs enfants qui leur ont coûté le plus de soins? C’est surtout ne point avoir étudié l’esprit et les mœurs du temps où vivait Palissy. Chaque corporation formait un royaume à part, dont les frontières étaient aussi soigneusement délimitées que possible, et où l'on n’entrait qu’après un temps souvent fort long d’initiation, d’apprentissage. Mais le compagnonnage lui-méine, l'acceptation dans le groupe, n’entraînait pas la communication sans réserve des secrets :
faïence émaillée.
tnr.
ceux-ci étaient la propriété du malin:, qui ne 1rs transmettait qu'à ses fils ai nés nu qu’à ses associés. On écrivait le moins possible les récrites, dans la crainte des voleurs, drs employés infidèles; elles se transmettaient de l'oreille à l’oreille, de la main à la main. C'est pour cela qu’il nous en est si peu arrivé, et qu’alnrs même que la chimie nous révèle les éléments constitutifs d’un objet , et que le raisonnement conduit à deviner la série des opérations qu’il a subies pour revêtir cette forme, il y a encore une foule de tours de main qui nous échappent cl qui plongent les praticiens dans un embarras cruel. A chaque moment la théorie se trouve impuissante en présence de la pratique, jiarce que cette pratique est un fait, et que celle théorie, créée par le cerveau de l'homme, est toujours relativement incomplète ; une lbnle de détails inexplicables ou de combinaisons rapides doivent nécessairement échapper au creuset ou à l'alambic du chimiste, au microscope du naturaliste.
En tant qu’ouvrier du seizième siècle, Palissy devait donc se montrer avare de scs recettes. En tant qu’homme, il faut songer qu’il était isolé, pauvre, sans instruction ; nous allons voir qu’il s’est en quelque sorte créé lui-même de toutes pièces. En tant que citoyen et qu’artiste enfin, il devait particulièrement souffrir de cette secousse profonde donnée à la société d’alors par l'invasion des idées modernes. Protestant et persécuté, il était plus porté qu’aucun autre à sentir les atteintes du trouble dans lequel la société s’engageait, et dont elle n’entrevoit qu'à peine aujourd’hui le lointain apaisement. « les secrets de l'agriculture, dit-il gravement, les hazards et dangers de. navigation, la parole de Dieu, les sciences qui servent communément à toute la république ne
loi
ClIEFS-D'ŒUVRE des arts industriels.
doivent estre celés. » Voilà déjà bien dos réserves, el des plus noliles. Elles nous rendent piton d’indulgence pour sa mauvaise humeur « contre la moulerie qui a fait dommage à plusieurs sculpteurs sçavants qui auront demeuré long temps à faire quelque figure de prince et de princesse ; » plein de sympathie contre son regret « d’avoir veu les histoyres tle Nostre-Dame imprimées de gros traits, d’après l’invention d’un Alemand nommé Albert1, lesquelles histoyres vinrent une fois à tel mépris, à cause de l’ahondance qui en fut faite, qu’on donnait pour deux liars chacune des dites histoyres, combien que la potirlrailure fut d’une belle invention. »
Mais ces réticences de Palissy soulèvent îles questions plus sérieuses encore, cl qui sont plus que jamais à l’ordre du jour. « Tu peux aisément connoître par ces exemples et par un millier d antres semblables, qu’il vaut mieux qu’un homme ou un petit nombre faecnl leur pronlit de quelque art en vivant honestement, que non pas si grand nombre d’hommes, lesquels s’endommageront si fort les uns les autres, qu’ils n’auront pas moyen de vivre, sinon en profanant les arts ; laissant les choses à demi faites comme l’on voit communément de tous les arts desquels le nombre est trop grand. » Palissy prévoit ici et marque en traits saisissants les inconvénients de ce que l’on appelle de nos jours « la concurrence. » Celle concurrence est utile jusqu’à une limite rationnelle dans l’ordre des faits économiques, parce que plus l’humanité vieillit, plus ses besoins matériels augmentent et plus
1 Albert Durer, peintre cl graveur, nÜ Nuremberg en 1-471 . C'est l’un des plus grands génies de l'art allemand, une des plus hautes figures de la Renaissant e et des plus dignes dVtre apprtViées par Palissi.
faïence émaillée.
elle s’applique à augmenter la production des objets naturels ou manufacturés. Mais s’il s’agit d’art, de cet art supérieur ans préoccupations industrielles, ne cherchant que la perfection absolue et n’espérant qu’un public digne de le comprendre , l'alissy a raison, il n’y faut laisser pénétrer aucune préoccupation d’inachèvement, d’à peu près. Ce sont « ces choses à demi faites » qui sont de nos jours la honte des arts appliqués à l’industrie! elles corrompent le goût du public ; elles l'habituent à se montrer tolérant pour toutes les médiocrités, à se contenter, dans la peinture et dans la sculpture, du croquis et de l’ébauche, dans l’architecture des façades simulées, des fausses fenêtres et des colonnes qui ne portent rien; elles éternisent cette adoration perpétuelle de la tradition, qui fait (pie l’objet n’est estimé et recueilli que pour cause d’ancienneté on de rareté, fa faiblesse de ces choses « à demi faites » n’est bien, comme l'avait prévu le penseur sainlongeois, que le résultat des efforts « d'un trop grand nombre d’hommes, lesquels s’endommagent fort les uns les autres. » Ils produisent vite et éblouissent la foule par leur fausse fécondité, alors que les hommes de génie se recueillent et appliquent longuement leurs forces à parachever le beau idéal qu’ils poursuivent dans leur solitude.
Tout est grave dans ce prologue de l’/lrl de terre. Au moment de commencer son récit, l’alissy se ressouvient cruellement de ses |(eines passées. Il insiste une dernière fois auprès de son interlocuteur pour qu’il ne le pousse pas davantage. 11 formule, la loi du travail dans cet admirable précepte que l’on devrait écrire sur le mur de toutes les écoles, de toutes les usines, de Ions les ateliers : « La première chose est qu’il faut que lu sois veuillanl, agile.
016 CHEFS-D’ŒUVRE DES ARTS INDUSTRIELS, actif et laborieux. » Puis en homme qui sait la vie et les terribles roe.hers qu’ont à soulever sur leur chemin les chercheurs et les inventeurs, il ajoute : « Secondement, il te faut avoir du bien. »
La narration s’engage : « Je n'avois pas beaucoup de bien, raconte-t-il, mais j’avois la pourlraiture. L’on pensoiten nostre pays que je fusse plus sçavanl en l’art de peinture que je n’étois, qiq causoil que j’elois souvent appelé pour faire des figures pour les procès Or, quand j’eslois en telles commissions j’estois très-bien payé, aussi ai-je entretenu longtemps la vitrerie jusqu’à ce que j’aie esté nsseurë pouvoir vivre de l’art de terre. » Il était alors chargé de femme et d’enfants.
« Suyvanl ta requesle, saches qu’il y a vingt et. cinq ans passés qu'il me fut monstré une coup de terre tournée et esmaillée, d’une telle beauté, que dès lois j’enlroy en dispute avec ma propre pensée, en me remémorant plusieurs propos, qu’aucuns m’avoienl tenus en se mocquant de moy, lorsque je peindnis les images. Or voyant que l'on commcnçoil à les délaisser au pays de mon habitation, aussi que la vitrerie n’avoil pas grande requesle, je vav penser que si j’avois trouvé l’invention de faire des esmaux. je
' Il faut entendre par ces mots « ligures pour les procos • dos lovées de plans d'arpentage.
P.ir « la vitrerie, • il faut entendre l’art de composer des cartons pour vitraux et de los peindre. Quant à les cuire et h les assembler, cela est plus obscur, le premier point surtout, car, à moins que Pali*sy n’ait composé un véritable roman, comment expliquer dos tentatives presque enfantines qu'il va nous raconter à l’instant pour la cuisson de scs émaux? La vitrification du verre est absolument analogue. Les mêmes séries de cuisson plus ou moins forte, suivant la nature des oxydes colorants ou des fondants, s'observent. Esl-il donc supposable qu'il ne mettait pas los pieds dans la manufacture de verre pour laquelle il travaillait?
Quant aux vitraux exécutés par Palissy, on n’en connaît à vrai dire point d’authentiques.
FAÏENCE ÊMAM.I.ÉK.
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pourrois faire des esmaux de terre el autre chose de belle ordonnance, par ce que Dieu m’avoil donné d’entendre quelque chose de la poiirtrailnrc. Et dès lors, sans avoir esgard que je n’avois nulle ronnoissance des terres argileuses, je me mis à chercher les esmaux, comme un homme qui tasle en tcnesbres. Sans avoir entendu de quelles matières se faisoient les dits émaux, je pilois en ces jours-là toutes les matières que je pouvois penser qui pourl'oient faire quelque chose, et les ayant pilées et broyées, j’achetois une quantité de pots de terre, et après les avoir mis en pièces, je mi l lois des matières que j’avais broyées dessus icelles, et les avant marqués, je mettois en escril à part les drogues que j’avois mises sur chacune d’icelles, [mur mémoire; puis ayanl fait un fourneau à ma fantaisie, je mettois cuire les dites pièces pour voir si mes drogues pourvoient faire quelques couleurs de blanc : car je ne cherchois autre esmail que le blanc, par ce que j’ai ouy dire que le blanc éloil le fondement de tous les autres esmaux. Or par ce que je n’avois jamais veu cuire terre, je ne savois à quel degré de feu le dit esmail se devoit fondre, il m’estoit impossible de pouvoir rien faire par ce moyen, oies que mes drogues eussent été bonnes, par eequ’aucunes fois la chose avoit trop chauffé et autre, fois trop peu ; et quand les dites matières esloienl trop peu cuites nu hrusleés, je ne pouvois rien juger de la cause ponrquoy je ne faisais rien de bon, mais en donnois le blasmc aux matières. Mais encore, en ce faisant, je commetlois une faute plus lourde que la susdite : car en mettant les pièces de mes épreuves dedans le fourneau, je les arrangeois sans considération. Or m’estant ainsi abuzé plusieurs fois, avec grands frais et labeurs, j’estois tous les jours à piler et broyer nouvelles matières et construire nouveaux four-
neaux, avec grande despense d’argent et consommation de bois et de temps.
« Quand j’eus hastelé plusieurs années ainsi imprudemment, avec tristesse et soupirs, à cause que je ne pouvais parvenir à rien de mon intention, et me souvenant de la despense perdue, je m'avisay, pour obvier à si grande des pense, d’envoyer les drogues que je vouloys approuver à quelque fourneau de potier ; et avant eonclud en mon esprit telle chose, j’achetai de rechef plusieurs vaisseaux de terre, cl les ayant rompus en pièces comme de couslume, j’en couvray trois ou quatre cents pièces d’esmail, et les envoyai en une poterie distante d’une lieue et demie de ma demeurance, avec requeste envers les potiers qu’il leur pleusl permettre cuire les dites espreuves dedans aucuns de leurs vaisseaux; ce qu’ils faisoient volontiers. Mais quand ilsavoienl cuit leur fournée et qu’ils venoient à tirer mes espreuves, je n’en recevoisquc honte et perte, par ce qu’il ne se tronvoit rien de bon, à cause que le feu des dits potiers n’esloit assez chaut, aussi que mes dites espreuves n’estoienl enfournées au devoir requis et selon la science. De rechel je faisois nombre de compositions nouvelles, toujours avec grands frais, [icrle de temps, confusion et tristesse.
« Quand je vis que je ne pouvois par ce moyen rien faire de mon intention, je pris rclaschc quelque temps, m’occupant de mon art de peinture et de vitrerie, et me mis comme en noncltaloir de plus chercher les secrets des esmaux. Quelques jours après 1 survindrenl certains commissaires, députez par le Roy, pour ériger la gabelle au pays de Xainlonge, lesquels m’appellèrent pour figurer les isles
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cl pays circonvoisins de lous les marais salans du dil pays. Diaprés que la dite commission lut parachever, et que je me trouvay inuny d’un peu d'argent, je reprins encore l'affection de poursuivre à la suite des dits esmaux. Je l'oinpis environ trois douzaines de pots de terre tout neufs, et ayant broyé grande quantité de, diverses matières, je touvray tous les lopins des dits pots des dites drogues couchées avec le pinceau. Mais il te faut entendre que de deux ou trois cenls pièces, il n’y avoil que trois de chacune com|H>sition. Ayant ce fait, je prins toutes ces pièces, et les portay à une verrerie, afin de voir si un"- matières et compositions se pourraient trouver bonnes aux fours des dites verreries. Or, d’autant que leurs fnurnaux sont plus forts que eeux des potiers, ayant mis toutes mes épreuves dans les dits fourneaux, le lendemain que je les lis tirer, j’aperçus partie de mes compositions (pii avoienl commencé à foudre, qui fust cause que je fus encore encouragé à chercher l’esmail blanc pour lequel j’avois tant travaillé.
« Touchant des autres couleurs, je lie m’en mcltois nullement en peine : ce peu d’apparence que je trouvois lors, me lisl travailler pour chercher le dit blanc deux ans outra le temps sus dit, durant lesquels deux ans je ne faisais qu’aller aux verreries prochaines. Dieu voulut qu’ainsi que je commençois à perdre courage, et que pour le dernier coup je m’estois transporté à une verrerie, ayant avec moy un homme chargé de plus de trais cenls sortes d’espreuves, il se trouva une des dites espreuves qui fut fondue dedans quatre heures après avoir été mise au fourneau, laquelle espreuvese trouva blanche et polie, de sorte qu’elle me causa une joye telle que je croyois eslre devenu nouvelle créature. El pensais dès lors avoir une perfection entière de l’esmail blanc. Mais je fus
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CIIEFS-U ŒUVHK IIKS AKTS I.NDL’STKIELS.
fort esloigné de ma pensée : teste esprcuve esloil fort heureuse d’une part, mais bien malheureuse de l'autre ; heureuse en te qu’elle me donna entrée à ce que je suis parvenu, et malheureuse en ce qu’elle n'esloil mise en doze ou mesure requise.
« Je fus si grand beste en tes jours-là, que soudain que j’eus lait ledit blanc qui estoil singulièrement beau, je me misa faire des vaisseaux de terre, combien que jamais je n'eusse connu terre ; et ayant employé l'espace de sept ou huit mois à faire les dits vaisseaux, je me prins à ériger un fourneau semblable à ceux des verriers, lequel je baslis avec un labeur indicible : car il l'alloil que je maçonnasse tout seul, que je détrempasse mon mortier, que je tirasse l’eau pour la détrempe d’iceluy; aussi me falloit moi-mème aller quérir la brique sur mon dos, à cause que je n'avois nul moyen d’entretenir un seul homme (tour m’ayder en teste affaire. Je lis cuire mes vaisseaux en première cuisson; mais quand ce lusl à la seconde cuisson, je reçus des tristesses et des labeurs tels que nul homme ne les voudrait croire. Car au lieu de me reposer de mes labeurs passés, il me fallut travailler l’e$|>acc de plus d’un mois, nuit et jour, pour broyer les matières desquelles j’avois fait ce lieau blanc, au fourneau des verriers : et quand j'eus broyé les dites matières, j’en couvris les vaisseaux que j’avois faits. Ce fait, je mis le feu dans mon fourneau par deux gueules, ainsi que j’avois veu faire aux dits verriers. Mais combien que je fusse six jours et six nuits devant le dit fourneau, sans cesser île hrusler bois par les deux gueules, il me fut possible'de pouvoir fondre le dit csmail, cl estois comme un homme désesjiérc. El combien que je fusse tout estourdi de travail, je nie vay adviser que dans mon esmail il y avoit trop peu de la matière qui devoit faire
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loudre les autres ; ce que voyant, je me mis à piler et broyer la dite matière, sans loulel'ois laisser refroidir mon fourneau ; pai ainsi j’avois double peine : piler, broyer et ehaulfer le dit fourneau.
« Uuatul j’eus aiusi composé mon csinail, je fus contraint d’aller encore acheter des |>ots alin de l’esprouver, d’autant que j’avois |>crdu tous les vaisseaux que j’avois laits. Et ayant couvert les dites pièces du dit esmail, je les mis dans le fourneau, continuant loujours le feu en sa grandeur : mais sur eela il me survint un autre malheur, lequel nie donna grande fascheric, qui est que le bois m’ayant failli, je fus contraint de brusler les esta]ies qui soutenaient les tailles de mon jardin, lesquelles estant bruslëes, je fus contraint brusler les Labiés et planches de la maison, afin de faire fondre la seconde composition . J’étois dans une telle angoisse que je ne saurais dire ; car j’élois tout tari et desséché, à cause du labeur et de la chaleur du fourneau. Il y avoit plus d’un mois que ma chemise n avoit seiche sur inoy; encore pour me consoler on se mocquoit de moy, et mesme ceux [qui me dévoient secourir alloicnt crier |Kir la ville que je laisois brusler les planches, ht |iar tel moyen on me faisait perdre mon crédit, et m’estimai t-ou eslre fol.
« Les autres disoieut que je cherchois à faire la fausse monuoyc, qui esloit un mal qui me faisoit sécher sur les pieds : et m’en allois par les rues tout liaissé, comme un homme honteux. J’cstois endetté en plusieurs lieux, et avois ordinairement deux enfants aux nourrices, ne pouvant payer leurs salaires ; personne ne me secourait ; mais, au contraire, ils se mocquoieut de moy en disant : — Il lui ap|Kirlient bien de mourir de faim, par ce qu’il délaisse sou
CIIKFS-II'ŒU VRE HKS ARTS INDUSTRIELS.
meslicr. — Toutes ces nouvelles venoient à mes oreilles lorsque je |Kissois pur 1» rue. Toutefois il me resta encore quelque espérance, qui m’encourageoit et soutenoil, d’autant que les dernières esprouves s’esloient assez bien portées, et dès lors eu pensois st;avoir assez pour pouvoir guigner ma vie, combien que j’en fusse fort éloigné, comme tu entendras ci-après. »
Il existe dans la collection de ,M. le baron Anthouy de Rothschild à Londres, un médaillon en terre cuite émaillée que l’on croit être non-seulement l’oeuvre de maître Bernard, mais encore sou propre portrait. Cette dernière supposition est toute gratuite. Rien ne prouve que ce soit plutôt Bernard que n’im|H>rle lequel des gens illustres ou obscurs qui l’entouraient. Au contraire, il y a b» plus fortes présomptions pour que le portrait que nous avons lait reproduire soit authentique : c’est une gouache sur vélin, achetée l’an dernier par M. E. du Sommera rd pour le Musée des Thermes et de l’hôtel de Cluii). L’exécution est visiblement de l’époque même où vivait Palissy. la1 nom écrit en lettres d’or au-dessus de sa tète indique l’intention arrêtée de désigner à l’attention de la postérité l'effigie d’une |iersonnalité importante et à la ressemblance de laquelle l’artiste semble s'èlre complu. Le costume est simple et cependant assez orné de passementeries d’or jour avoir été celui de quelqu'un qui avait le titre oflicicl « d’inventeur des rustiques ligulincs du Roy cl de la Reine sa mère. » Le visage est fatigué, l’expression est grave et méditative , le front excessivement liant est bien celui d'un chercheur et d’un entêté de génie ; l’expression générale révèle une extrême distinction d’esprit ; la liouchecst légèrement sardonique. Enfin, détail puéril pour quelques-uns, mais A nos yeux mystérieusement significatif, on voit