‹ Chefs-d'œuvre des classiques français du 17e siècle, ou extraits de nos meilleurs écrivains en proseChapitre 35 sur 35 · SA1\T-SIM · texte numérisé non relu

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qu'il logeait, ou quelque personne distinguée', il prenait quelque grand vicaire et quelque autre ecclésiasiique et s'entretenait avec eux du diocèse, de matières de piété ou de savoir ; souvent il y mêlait des parenthèses agréables. Les soirs, il les passait avec ce qui logeait chez lui, soupail avec les principaux - de ces passages d'armées quand il en arrivait, et alors sa table était servie comme le matin. Il mangeait encore moins qu'à dîner et se couchait toujours avant minuit. Quoique sa table fût magnifique et délicate, et que tout chez lui répondit à l'état d'un grand seigneur % il n'y avait rien néanmoins qui ne senti't l'épiscopat et la règle la plus exacte , parmi la plus honnête et la plus douce liberté. Lui-même était un exemple toujours présent, mais auquel on ne pouvait atteindre : partout un vrai prélat, partout aussi un grand seigueur, partout encore l'auteur de Télémaque. Jamais un mot sur la cour, sur les affaires, quoi que ce soit qui pût être repris, ni qui sentit le moins du monde bassesse, regrets, flatterie ; jamais rien qui piit laisser seulement soupçonner ni ce qu'il avait été ni ce qu'il pouvait encore être. Parmi tant de grandes parties, un grand ordre dans ses affaires domestiques et une grande règle dans son diocèse... Tout était si exactement compassé chez M. de Cambrai, qu'il mourut sans devoir un sou et sans nul argent. (Extrait du CCCLXXX'' chapit. des Mémoires de Saint-Simon.)

Ce recueil, onrert par Balzac, sera fermé par Sainl-Simon : deux écrivains d'un genre tout à fait opposé ; l'un trop préoccupé peul-èlre, l'autre assurément trop dédaigneux des lois qui règlent le langage. Mais la langue française, lorsque parut Balzac, agitée et troublée par le grand mouvement du seizième siècle , ressemblait à un tleuve capricieux et débordant, auquel il faut des travaux d'an qui le dirigent dans son cours et le contiennent dans ses rives. Ces travaux furent l'œuvre et la gloire de Balzac. Saint-Simon écrivit dans des circonstances bien différentes. La langue était depuis longtemps rentrée dans des voies régulières : déjà même elle subissait les inconvénients d'une régularité excessive Le relief, la couleur et jusqu'au naturel étaient sacrifiés à une correction dont rien sans doute ne dispense , mais qui ne dis-

1 II faut sans doute entendre de la rille.

- Sous-entendez oj/iciers.

^ Le grttiid seigneur occupe beaucoup Saint-Simon.

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pense de rien. La forme académique tendait à prévaloir partout. Saint-Simon s'en sépare brusquement et avec éclat. Laissant au peuple des auteurs l'élégance banale du style conienu, il a le style grand seigneur, comme on l'a très-bien désigné. Sa plume rapide et hautaine verse à flots dans la langue écrite les vives expressions , les tours originaux de la langue parlée, mais parlée en bon et haut lieu. Par là, s'il en dérange un peu l'économie, il lui rend néanmoins un grand service, car la langue des livres serait bientôt pareille à une langue morte, si celle de la conversation , en s'y mêlant de temps en temps, n'y entretenait pas la vie.

C'est entre Balzac, trop auteur, et Saint-Simon , qui l'est trop peu, qu'il faut chercher la vraie mesure et la perfection du bon et du beau réunis. Si l'on demande quel est l'homme en qui brille au plus haut degré celte rare perfection, c'est celui auquel notre livre a fait la place la plus large, c'est, sans contredit, Bossuet.

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