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AVERTISSE \iK\T.
Nous changeons si souvent eu France qu'il n'est pas étonnant que nous nous retrouvions quelquefois dans la vérité. Aujourd'hui le piihlic reviejil évidemment à sa vieille admiration pour nos immortels écrivains du dixseptième siècle, et c'est en même temps, la chose est remarquable, que se manifeste partout un retour an christianisme. 11 importe de seconder ce bon mouvement des esprits, de le rendre plus général, et durable, s'il est possible. Pour y contribuer, selon notre faible pouvoir, nous avons réuni dans un même recueil, dans im même volume , tous les grands prosateurs du siècle de Louis XIV, du moins la fleur de leurs ouvrages et ce qui nous a paru le plus parfait dans l'excellent,
11 ne faut rien exagérer. On a dit, on répète encore que la langue française a été Jixée au dix-septième siècle. C'est une expression qui manque de justesse. Les langues ne se Jiuent point. Soumises aux lois qui président à notre propre destinée, ainsi que nous sojties d'uue source première où se montre la main divine, elles naissent les unes des autres, elles se développent, se perfectionnent, puis s'altèrent ; elles ont des années de santé florissante ; elles sont exposées à des maladies passagères ; elles sont condamnées à vieillir comme nous , comme nous aussi à mourir. Disons donc seulement, et nous resterons dans le vrai, qu'au dix-septième siècle la langue française est parvenue à l'apogée des qualités qui la distinguent; langue amie du bon sens et de la vérité , héritière privilégiée de l'élégance grecque et de la noblesse laline, réfléchissant connue un miroir
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fidèle toutes les nuances de la pensée, également propn aux spéculations de la haute philosophie et aux amusements de la conversation familière, d'une clarté, parlons-en mieux, d'une honnêteté si parfaite, que le nations étrangères lui confient la rédaction des traitéqui les lient entre elles. Tel est ladmirahle instrument que nous ont légué les écrivains du grand siècle. Quelques critiques s'imaginent que nous l'avons perfectionné Nous ne répondrons pas nous-mêmes : nous laisserons parler deux honmies très-capahles d'en décider, et qu'on n'accusera pas dun respect superstitieux pour le |)assé L'un et l'autre ont laissé des lettres où leur pensée se montre plus à découvert que dans leurs livres : c'est la que nous irons chercher leur témoignage.
Commençons par l'oracle du dix- huitième siècle. Voltaire, qui avait le goût si fin et le sens si droit quand ses passions n'étaient pas enjeu. Voltaire fut consulte par une jeune femme sur les livres qu'elle devait lire. Voici sa réponse :
« Je ne suis, mademoiselle, cpinn vieux malade (l;i lettre est du 20 juin 175(); il a\ait donc (52 ans), et il faut que mon état soit hien douloureux pour que je n'aie pas répondu plus tôt à la lettre dont vous m'honorez.. Puisque vous daignez me consulter, je vous invite à ih lire que les ouvrages qui sont depuis longtemps en possession des suffrages du j)ul)lic, et dont la réputation n'est point équivoque : il y en a peu, mais on profit. bien davantage en les lisant qu'avec tous les mauvais petits livres dont nous sommes inondés. Les bons auteurs n'ont de l'esprit qu'autant qu'il en faut, ne le recherchent jamais, pensentavec bon sens, ets'exprimenf avec justesse. Il semble qu'on n'écrive plus qu'en énigmes. Rien n'est simple, tout est affecté; on s'éloigne en tout de la nature, on a le malheur de vouloir mieux faire que nos ?)i filtres Vos réflexions,
mademoiselle, vous en apprendront cent fois plus que je ne pourrais vous en dire. Vous verrez que nos bons
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écrivains, Fcnclon, Rossuct, Racine, Dcspréaux , employaient toujours le mot propre. On s'accoutume à bien parler en lisant souvent cou\ qui ont bien écrit ; on se fait une habitude d'exprimer simplement et noblement sa pensée sans effort. Ce n'est point une étude; // n'en coûte aucune j)cine de lire ce qui est bon, et de ne lire que cela. "
Nous allons citer maintenant un homme de ce siècleci. C'est Panl-Lonis Courier, jujje si compétent en pareille matière, plus compétent même que Voltaire, mais qui n'a pas mis, il faut l'avouer, dans l'expression de son sentiment, une mesure aussi parfaite.
"Courafje, monsieur, écrivait-il à .M. Hoissonnade, occupé alors d'un travail sur la littérature française; venez au secours do notre pauvre lanjjue qui reçoit tous les jours tant d'outrages... Surtout «jardez-vons bien de croire que quelqu'un ait écrit en français depuis le règne de Louis XiV. La moindre femmelette de ce temps- là vaut mieux pour le langage, que les Jean- .Jacques, Diderot, d'Alend)erl, coulenqiorains e( ptjstérieurs. Ceux-ci sont tous ânes bàlés sous le rftpport de la langue, pour user d'une de leurs phrases. Vous ne devez pas seulement savoir qu'ils aient existé.»
Courier va un peu loin, et son culte exclusif pour les écrivains du dix-septième siècle ne saurait excuser une nménité qui rappelle le style de quelques savants du seizième. H est inutile de dire que nous lui en laissons toute la responsabilité.
Ce qui est fait pour étonner, c'est de voir deux hommes de tant d'cs])rit, qui adoptaient , qui propageaient avec une si vive ardeur les opinions de leur temps, regretter l'un et l'autre le langage d'un siècle dont ils répudiaient les idées, et ne jamais se demander s'il n'y a pas qnelque lien entre la pensée d'une époque et son style. Mais si le style était indépendant de la pensée, ne serait-il pas puéril d'y attacher tant d'importance ?
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Joseph de Maistre faisait prouve de plus do sagacité lorsqu'il écrivait ces lignes qu'on ne saurai! trop méditer :
«Toute dégradation individuelle ou nationale est surle-champ annoncée par une dégradation ligourensement prop(tr!ionnelle dans le langage. Comment 1 homme pourrait-il perdre une idée ou seidement la rectitude d'une idée, sans perdre la parole ou la justesse de la parole qui l'exprime? Et comment au contraire pourrait-il penser ou plus ou mieux sans le manifester surle-champ j)ar le langage? '^
Dix-huit cents ans avant de Maistre, Sénèquc avait su faire une observation qui l'honore. Ubicumque videris orationem corrupfani placere, ibi mores qiioqiie a recto descivisse non erit dnhium. « Partout où vous verrez qu'on aime une éloquence corrompue, concluez hardiment que là aussi les mœurs sont sorties de la droite ligne. » — « Le langage d'un peuple porte l'empreinte de ses mœurs. » Genus dicendi imitotur puhlicos mores. C'est toujours Sénèque qui parle; et cet axiome de M. de Bonald, qui a eu un si grand succès : La littérature est V expression de la société, ne renferme pas une autre idée. Mais Joseph de Maistre a dit plus en montrant l'action réciproque des mœurs sur le langage et du langage sur les mœurs. Et voilà pourquoi le langage est d'une si haute importance.
Les nations n'ont d'existence et de rang sur la terre qu'à deux conditions : un langage qui leur soit propre et un sol qui leur appartienne. La langue d'un peuple ne doit donc pas lui être moins précieuse que son territoire : car l'une est à sa vie morale ce qu'est l'autre à sa vie matérielle; l'une est en quelque sorte la patrie des esprits et l'autre la patrie des corps. Et les peuples nous font bien voir qu'ils ont le sentiment de cette vérité, puisque les plus civilisés accordent une gloire égale à leurs grands capitaines et à leurs grands écrivains.
Rien n'est indifférent dans l'économie d une langue.
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Les mots dont elle se compose sont comme autant d'êtres vivants, multitude sans cesse agitée et sur laquelle on doit par conséquent veiller sans cesse. Les bons, les mauvais sont mêlés ; il faut savoir les distinguer et empêcher les mauvais de prévaloir sur les bons. II y a des mots anciennement et honorablement connus, qui sont pour ainsi dire de vieux serviteurs du pays. Les esprits bien faits ont pour eux une préférence marquée. Ils se défient au contraire de ces mois nouveaux qui apparaissent tout à coup sans que l'on sache d'où ils viennent et qui, favorisés par la légèreté et l'ignorance du public, s'insinuent, s'introduisent, se répandent bientôt partout : ils s'en défient avec raison; car pour un de ces parvenus qu'il est juste d'accueillir, parce qu'il a un vrai mérite, il y en a cent autres qu'il faut sévèrement écarter. Ils se gardent aussi de recevoir trop facilement les mois d'origine étrangère dont on ne connaît pas bien l'histoire ni le caractère, et ils attendent prudemment qu'un séjour prolongé ou d'incontestables services leur aient acquis des droits à une adoption réguhère. Quant à ceux de race indigène, ils apportent une scrupuleuse attention à leur donner toujours l'emploi qui leur convient le mieux. Employer au hasard et capricieusement les mots en altère bientôt la valeur; et altérer la valeur des mots, c'est falsifier la monnaie en usage dans le commerce des esprits. Il en peut résulter des désastres incalculables. C'est presque toujours au moyen de mots nouveaux ou étrangers, ou artificieusement détournés de leur ancienne acception , qu'on abuse les peuples et qu'on les précipite dans des folies sanglantes, \otre histoire, et surtout notre histoire contemporaine, en fournit des preuves sans nombre. Quand on commence à dire insurges au lieu de rebelles, le jour n'est pas loin où l'on proclamera que r insurrection est le plus saint des devoirs. Kt pour ne pas toucher le sol encore brûlant de nos dissensions civiles, pour n'aborder qu'un ordre d idées
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où tout le monde doit être d'accord, lorsque noua voyons aujourd'hui prodijjuer le mol drame dans les récits d'assassiuiils , nous ne pouvons nous empêcher de sifjnaler là un triste symptôme. Sans niulliplier les exemples qui se pressent eu foule sous notre |)luniu, contentons-nous de répéter que le niojndre chanfjenienl dans la langue est une chose grave, puisqu'il en indique un déjà fait ou prêt à se faire dans la conscience publique.
Comme il est impossible, nous l'avons reconnu nousmêmes, que la langue d'un jieujile échappe à la mobilité, qui est le caractère de toutes les choses humaines, observons et lâchons de diriger dans un bon sens tous les mouvc-nienis de la nôtre. Si nous reconnaissons que la langue française a été portée à son plus haut degré de perfection par les grands écrivains du siècle de Louis \1V, ct«dions-la donc chez eux, prenons leur style pour modèle, et ayons constamment cette époque devant les yeux comme un point fixe et lumineux qui règle et guide notre marche. Il ne s'agit pas, on le comprend, de copier servilement telles ou telles formes de phrases. Ce qu'il faut imiter surtout dans nos classiques, c'est leur bon sens, leur bon esprit et leur excellente mélbode. Soyons bien convaincus que là est le génie français, et que si nous nous éloignons de la roule que nous ont tracée ces giands hommes, nous nous perdrons.
Telles sont les idées qui nous ont conduits au travail que nous publions aujourd hui. Ce recueil est desiiué particulièrement à la jeunesse studieuse; mais il convient à tous les âges, et il n'y a personne , sans excepter les plus instruits et les plus sages, qui ne puisse en tirer profit. Ce ne sont pas là seulement des leçons de littérature , des leçons de style et de goût. Le beau y est toujom's accompagné du bon. La plupart de ces pages, qui sont si admirables au point de vue de l'art, le sont encore plus au pi^inf de vue moral. Le sentiment
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chrélien , qui manque trop souvent aux poètes classiques, encore iutalués des vieilles fictions de la mythologie, le sentiment chrétien abonde dans presque tous les prosateurs de la même époque et domine dans les plus grands. Car, encore une chose dont le dix-luiilièmc siècle ne s'est pas seulement douté, et qui pourra même surprendre bien des hommes du dix-neuvième, c'est que Bossuet et Fénelon n'auraient jamais été de si grands écrivains s'ils n'avaient pas été de profonds théologiens. Et Nicole, que nous plaçons assurément bien au-dessous d'eux, quoique nous le placions très-haut dans notre estime, à quoi doit-il le rang si honorable qu'il occupe parmi les écrivains moralistes, sinon à la théologie, où il a quelquelbis erré, mais où il possédait, on ne peut le nier, des connaissances très-éleiiducs?
Voilà pourquoi sans doute un des esprits les plus élevés de notre tenq)s recommande si fortement d'appliquer la jeunesse à 1 élude de nos classiques, seuls capables, dit-il, de servir efflcaceiiienl à son éducation religieuse. Les classiques grecs et lalins ont une utilité incontestable : ils nous font voir la routr qu'a parcourue l'esprit humain ; ils nous donnent le goût de la belle simplicité. Mais nourris au sein du paganisme et d'une civilisation si différente de la nôtre, ils seraient dangereux si on les mettait seuls entre les mains des jeunes gens, il faut rcclilicr, il l'aut purifier ces classiques grecs et latins par l'élude simultanée des classiques français qui se sont inspirés du génie de l'anliquilé, mais qui l'ont couronné par le christianisme.
C'est là le vœu qu'exprime, au nom du comité de l'enseignement libre, M. l'abbé de Vairoger, que nous nous (liaisons à citer, parce que sa pensée a exercé une influence considérable sur la composition de notre ouvrage. « H y a, dit-il, plusieurs de nos grands écrivains du dix-septième siècle dont les chefs-d'œuvre devraient être l'objet d'une étude conlinuelle dans nos écoles et dans nos familles , parce qu'ils sont également propres
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à tonner le goût et la conscience, à dévelopj)cr la raison et la foi. Je veux parler de Bossuet et de Fénelon , de Bourdalone et de Massillon , de Pascal et de Xicole. Tel bachelier qui a traduit le De officiis et maint fragment des Tusculanes n'a jamais lu les Pensées de Pascal. Tel qui a su par cœur les C Util inaires n'a pas même feuilleté les Sermons de Bossuet. » Il ajoute ceci : « Parmi les recueils publiés pour initier la jeunesse à l'étude de ces écrivains immortels, je n'en conuais aucun (jui me semble approprié au but essentiel de l'enseignemenl, qui est de développer l'esprit chrétien en développant l'esprit littéraire. Le moyeu, continuct-il, de restituer à Bossuet, à Fénelon, à Pascal, ;i Nicole, à Bourdaloue, à Massillon, la place qui leui appartient au foyer des familles, c'est de leur restitue! d'abord la place qu'ils doivent avoir dans les étudeclassiques. Quand la jeunesse aura connu intimement ces grands hommes, quand elle aura appris à les admirer, à les aimer, elle mclha son bonheur et sa gloire à conserver avec eux des relations persévérantes. »
Nous avons essayé de répondre à un appel si conforme à nos propres vues. Ce livre qui manquait , v livre approprié au but essentiel de l'éducation ^ nous avons taché de le faire ; heureux si nous réussissions à rendre aux jeunes gens et par suite aux familles le goût des classiques chrétiens, qui devraient toujours être nos précepteurs d'abord, puis nos amis, nos guides et les protecteurs vénérés de notre foyer domestique.
Le cortège tout entier des grands écrivains du grand siècle paraîtra dans notre recueil. Si tous n'offrent pas à l'esprit une doctrine également forte , tous ont laissé des monuments de style que lajeunesse doit connaître. C'est dans la langue qu'il faut étudier la langue. Les ouvrages théoriques ont leur utilité sans doute, mais les exemples instruisent bien mieux que les préceptes : cela n'est pas moins vrai en littérature qu'en morale. Les grammaires peuvent nous apprendre à éviter les
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fautes de langage ; elles ne nous apprendront jamais ni à écrire ni à penser. La rhétorique et la logique nous donnent de très-bonnes règles , mais c'est en action surtout qu'il faut les voir. Xos meilleurs maîtres de qrammaire, de rhétorique et de logique, ce sont nos grands écrivains. L'étude en est indispensable, même pour le progrès des sciences. L'assertion pourra paraître singulière à plus d'un lecteur ; elle n'en est pas moins fondée. Tous les jours on entend des hommes livrés uniquement à la culture dos sciences exprimer un certain dédain pour la littérature. Si ce sentiment ne s'adresse qu'à des écrivains sans portée, sans solidité, à. de vains artisans de phrases, nous passons condamnation. Mais s'ils confondent dans le même dédain tous les livres qui ne traitent pas du seul objet de leur estime, en disant : Qu'est-ce que cela prouce ? les hommes qui pensent ainsi ne compteront jamais parmi les savants du premier ordre.
II II est, a dit Cuvier, plus nécessaire qu'on ne croit, pour apprendre à bien raisonner, de se nourrir des ouvrages qui ne passent d'ordinaire que pour être bien écrits. En effet, les premiers éléments des sciences n'exercent pas assez la logique, précisément parce qu'ils sont trop évidents, et c'est en s occupant des matières délicates de la morale et du goût qu'on acquiert cette finesse de tact qui conduit seule aux hautes découvertes. "
Nous n'avions pas le droit et nous n'aurions pas eu le talent de le dire aussi nettement. C'était aussi la pensée de Pascal. Voyez ce qu'il a écrit sur l'esprit de géométrie et l'esprit de finesse. On y retrouve jusqu'à l'expression de Cuvier.
Oui, l'éducation littéraire est un élément indispensable de l'éducation scientifique. Elle en doit même être la base ; car c'est l'éducation littéraire qui seule forme la raison, ce support de l'intelligence; et si, par un engouement excessif pour la science, danger qu'on voit
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poindre déjà, la litlérature venait à êlre tout à fait négligée, la science elle-même, qui maintenant marche si vite, verrait ses progrès arrêtés.
On trouvera dans notre recueil les pages les plus belles de ces ouvrages bien écrits dont Cuvicr veut (ju'on se nourrisse. En suivant Tordre chronologique, le plus simple après tout et le plus naturel, nous parlons de Balzac pour aller jusqu'à Saint-Simon.
H n'est pas besoin de dire avec quelle circonspection ont été choisis nos extraits. Présentés méthodiquement et de la façon la plus propre à faire ressortir le génie particulier de l'auteur, ces extraits sont accompagnés de tous les éclaircissements, de toutes les observations qui peuvent en rendre la lecture plus facile et plus profitable. Pour éviter l'inconvénient d'attirer trop souvent les yeux hors du texte par la multiplicité des notes critiques, nous avons consacré à chaque auteur une notice où nous réunissons, pour ainsi parler, en faisceau nos remarques sur son style. Ces courtes notices contiennent tout ce qu'il est nécessaire de savoir non-seulement sur l'écrivain, mais encore sur l'homme lui-même, quand sa vie peut jeter quelque lumière sur ses écrits. Elles formeraient presque à elles seules une histoire littéraire du dix-septième siècle.
\ous avons disposé la publication de notre travail de manière à le proportionner à deux époques de la jeunesse : c'est-à-dire que nous publions deux lolumes: l'un, plus considérable, contenant des extraits plus étendus, plus sérieux, est destiné aux jeunes gens qui sont déjà avancés dans leurs études; l'autre s'adresse à des intelligences plus tendres; nous en avons écarte les pages trop graves ; nous y avons abrégé les plus longues de nos notices, abrégé aussi nos extraits: on trouvera enfin dans ce petit volume un certain nombre de fragments qui ne sont point entrés dans le volume principal.
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Les juges éclairés et bienveillants qui prendront la peine d'examiner notre travail reconnaîtront le soin minutieux, le zèle, nous pouvons dire religieux, que nous y avons apporté. Nous ne nous flattons pas assurément d'avoir fait ce qu'il y avait de mieux à faire, mais, ce que nous pouvons consciencieusement affirmer, c'est que nous avons fait de notre mieux. On nous adressera certainement des critiques méritées et dont nous profiterons si ce recueil est appelé à des éditions nouvelles. Peut-être aussi nous fera-t-on des objections que nous nous sommes faites à nous-mêmes, et sur lesquelles pourtant de mûres réflexions nous ont engagés a passer. On ne nous reprochera pas sans doute d'avoir donné à Bossuet une si grande place dans notre principal recueil : évidemment Bossuet devait y être dominant. Mais des esprits austères pourront être surpris de voir que madame de Sévigné, par exemple , y occupe plus de place que tel grand orateur sacré. Nous les suj)plions de considérer que ce recueil est déjà bien sérieux pour la jeunesse, que, dans un volume de plus de cinq cents pages, tout n'est pas destiné à être appris par cœur et qu'il n'y a pas de mal d'offrir à de jeunes esprits, même dans un livre d'études , quelques pages qui les récréent, surtout quand au plaisir peut se joindre l'utilité. Sur mille jeunes gens entre les mains desquels ou pourra mettre notre ouvrage, combien peu sont appelés à devenir un jour des auteurs ou des orateurs ! Mais tous ils écriront des lettres, tous ils en écrivent déjà. H nous a paru bon d'en multiplier les modèles plus qu'on ne favait fait jusqu'ici dans les recueils du même genre. En étudiant nos devanciers, nous avons tour à four imité ou innové, selon notre jugement et notre but.
Parmi ces devanciers que nous avons dû consulter, il en est deux au moins qui méritent ici une mention particulière. Xous ne dirons rien des Leçons de littérature de MM. Xoël et Chapsal. Les livres ont leur