Chefs-d'oeuvre des conteurs français
En dehors des personnes qui font de rérudilion i*objet spécial de leurs éludes, notre ancienne littérature est peu connue. Qu'ils soient écrits dans la langue d'Oc ou la langue d'Oil, les vieux textes ne sont abordables, pour l'immense majorité des lecteurs, qu'à l'aide de glossaires et de notes philologiques; mais rien n'est plus fatigant que d'être obligé de transformer une lecture en perpétuelle version, et c*est là ce qui explique pourquoi nos chansons de ge^tes, nos romans d'aventures, nos fabliaux sont restés si longtemps lettre morte, même pour des personnes instruites et curieuses des choses de l'esprit. Nous avons pensé que la série des classiques français serait incomplète si elle ne remontait pas aux origines mêmes de notre littérature nationale, et c'est là ce qui a motivé la publication du présent volume.-
Il AVKHTIS ÎMFM.
Voici comment ce vol un h- esl iaj ii|vm* ;
Un choix attentif ui séfèrt* a été (ait {«rmi les rct it^ <ie [lurc imaginai ion (icfuiis le onzi^me siècle jusqu'aux {ireini^rcs ann(^es du di\-septiènie. On a donné, autaritqne pot* sihle un spécimrn de rliaque ^'cnre;
Pour le moyen âge : [»ocmcs rh«*¥ ileresques, romans isalilifpK'S, romans d'aTenlures, fabliaux, lait, miracles;
Tour le seizième et le dix-sept it'me siècle : coules, nouvelles, séiérs, (lialileries, joyeux devis, naïveté et ga««)nnadcs.
On (lent suivi c ainsi depuis la chanson de Roland jusqu'aux liistorietles du sieur d'Oimllc, les évolutions de l'psprit français à travers les domaines de la tantaisie, et se former une idée sommaire, mais exacte, d'un genre hien ondoyant et bien divers, pour parler comme Montaigne, et dans le^fiiel notre vieille société a laissé tout à la fois l'empieinle d'un idéalisme puissant et d'un réalisme qui touche parfois à la Iriviahté la plus vulgaire, car elle est là tout ^nii^re, avec tous ses contrastes, chevaleresque, bourgeoisie, mystique, cynique et sceptique.
On a adopté trois systèmes pour la publication des mor- .;eaux contenus dans ce volume.
Les uns, les plus anciens, ont été traduits en langage moderne, avec une certaine liberté qui a permis de faire disparaître les taches souvent trop nombreuses qui déparent les meilleures pièces elles-mêmes; mais sans s'attacher pour l'ensemble des pièces à un mot à mot strict, on s'est appliqué à serrer le texte de très-près dans tous les passages reraar-
AVERTISSEMENT. m
quables, soit par l'idée, soit par le pittoresque de rex[»ression.
Les autres, les plus longs, ont été analysés aussi fidèlement que possible, et l'on a pu en donner par là le drame et Tcspril, en évitant des longueurs et des dt'tails oiseux qui enlèvent à la lecture une partie de son charme ;
Les autres enfin ont été textuellement reproduits à partir de Tépoque oii la langue devient intelligible pour tous et ne nécessite plus que, de loin en loin, quelques rares explications.
Un résumé de l'histoire des divers genres qui ont formé dans le passé ce qu'on pourrait appeler la bibliothèque des Conteurs, est placé en tête des textes ; on s'est eifon é de le rendre aussi complet que possible, eu égard au petit nombre de pages qui lui sont consacrées, et l'on y a ajouté l'indication des principaux ouvrages auxquels doivent recourir les personnes qui veulent étudier à fond les monuments littéraires du moyen âge et de la renaissance.
De courtes notices accompagnent les extraits de chaque auteur, et à ces extraits eux-mêmes sont jointes des notes historiques et critiques, assez concises pour ne pomt surcharger inutilement les textes, mais suffisantes cependant pour les éclairer et les faire mieux comprendre.
Parmi les pièces de ce volume, (juelques-unes de celles du seizième siècle ont été pour la première fois extraites des livres où elles se trouvaient comme perdues au milieu des dissertations ériidiles qu'affectionnaient particulièrement les écrivains de cette éi)oque ; daulrcs ont été extraites d'ouvrages qu'il est fort difficile de se procurer aujourd'hui, tels
ATKRTISSEMErrr.
que Ivs Séréeit de Guillniiriie Boucher ou lei Contes de Le Mëtel d'OuMlle.
Le volume se lerniine par un index où Mnt reproduiU les noms de tous les écrivains, anciens et modenies, inentiorinés dans le cours de l'ouvrage ; cet index donne en outre l'indication des divers sujets traités par les conteurs, et des r|ue«itionf morales et liistorii|ues qui s'y rattachent.
L'éditeur sest proposé d offrir tout à la fois au puhlic, un (ivre de lecture courante, attachant par sa nouveauté cl sa variété, et unii sorte d'hiktoire littéraire par les monuments eux-mèm»'s. A-t-il réussi? Ce n'est pointa lui qu'il app;irtient de le préjuger.