‹ Chefs-d'œuvre des conteurs françaisChapitre 10 sur 100 · LA MORT DE LOLAND · texte numérisé non relu

LA MORT DE LOLAND

à h Chanson de Roland rempliicent Tidéal héroïque et religieux par un in^'îlange de galanterie mysti(|ue et cynique, et une sorte il<» férocité guerrière qui ne se plait que dans les combats et les égurgements. L'incomparable génie de Cervantes a mis en |)leiiic lumière tout ce qu'il y avait de faux dans les romans d'aventures qui s'étaient substitués aux chansons de geste proprement dites, et Don Quichotte, qui participe tout à la fois (\\i> Roland et des Amadis, résume, dans un type immortel, la grandeur et la folie^ de la littérature chevah'rcsque.

Le mot chevalier revient si souvent dans notre vieille littérature qu'il n'est pas sans intérêt d'en expliquer ici l'origine. Pris dans son acception primitive ce mot correspond au mot latin miles, homme de guerre. Le ?ni7es était tout simplement un vassal astreint, par la tenance d'un fief, au service militaire envers son suzerain. Dms la langue usuelle, il devient le chevalier, parce qu'il combat à cheval, car, au moment où la lutte corps à corps décidait tout dans les batailles, il était naturel que l'homme ait cherché à doubler sa force par celle de ce puissant quadrupède, et comme la guerre était regardée au moyen âge comme la plus nohle occupation des hommes, le nom générique porté par ceux qui en faisaient leur métier fut regardé connue honorable et glorieux entre tous. Il résulte de là que le nom de chevalier fut adopté comme un nom de dignité. Use forma ainsi, dans la noblesse héréditaire et terrienne, comme une seconde noblesse, indépendante de la naissance, et qui s'inspirait à la fois de l'esprit guerrier et de l'esprit religieux. Celte noblesse était conférée avecdes cérémonies particulières, les unes militaires, les autres religieuses, car l'Eglise, pour adoucir l'àprelé des mœurs féodales, avait soumis la chevalerie à des lois sévères, et enavait fait une sorte d'institution monastique qui avait ses règles et son rituel.

Que nous reste-t-il aujourd'hui de cette grande institution? Les chevaliers de la Légion d'honneur et les chevaliers d'industrie.

LE UOINE SACRISTAIN'

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En lisant le fal»liaii du ^foine sacrixtain, on sera frappé Am contraste «jii'il forme avec la Chanson li»,* Holand : mais ce conlraite s^ retrouve partout au moyen âge, et Pidéal et le trivial se côtoient ainsi sans cesse.

L'amour dans notre vieille littérature se présente sous deux aspects très-différents : l'un raffiné «t quintessencié, comme aui beaux jours de l'hôtel de Rambouillet, lautre brutal et grossier tel que pou- Taient le compiemirc les truands et les ribauds. La même contradiction éclate au sujet des croyances relijrieuses : aux treizième et quatorzième siècles, la nation est profondément catholique; et cependant les conteurs ne se font aucun si nipule d'attribuer aux moines les rôlt s les plus inconvenants, et de parler des choses saintes avec la plus profonde irrévérence.

Au momeul même où les trouvères allaient par les châteaux et par les villes, récitant leurs contes de Uaulte <7rés«e,les in {uisiteurs institués par Blanche de Castille, et confirmés dansleuis pouvoirs par saint Louis, exerçaient leurs terribles fonctions dans la plupart des

^ Le texte du conte dunl nous donnons ici h traduction se trouve au tome !•' des Fabliaux deBarbazan. Comme (ouïes les compositions du même genre, il est en vers de huit syllabes, contrairement aux chansons de ge.-te, qui sont en vers de dix syllabes ou en alexandrins. Les rimes ma^cuhnes et féminines se suivent au hasard, sans alterner d'après un rhylhme régulier, comme aujourd'hui.

LE MOINE SACIUSTAIN. Il

provinces françaises; et cependant nous ne voyons pas que les trouvères aient élé jamais inquiétés, si durement qu'ils aient traité les gens d'É^4isL'. Nous ne nous chargeons pas d'expliquer ce fait, mais il nous a paru curieux de le signaler.

Je vais vous raconter l'histoire du moine, sacristain d'une abbaye, qui s'énamoura d'une bourj^^eoise aimable et riante, nommée Ydoine. Son niari,maîlre Guillaume, était changeur, il laisait de boimes afiaires, et ne hantait pas les tavernes, comme les bourgeois; il tenait sa maison propre et nette, ne Tennait point sa huche, et donnait volontiers ce qu'on lui demandait. Mais le diable, qui toujours veille, lui joua de mauvais tours, et de riche (ju'il était le fit pauvre. Il fut réduit à em- }»rimter, et ne pouvant plus faire le change, il se mit à courir les foires II rapporta de Provins^ quatre-vingts livres', passa par Amiens où il acheta des draps, et comme il avait fait de bons marchés, il s'en revenait tout joyeux. Mais des voleurs s'étaient mis en embuscade sur la route; et lorsqu'ils le virent entrer dans le bois oii ils se tenaient cachés, ils se précipitèrent sur lui, le jetèrent à bas de son cheval, et, sans le maltraiter, ils lui enlevèrent sa valise. Son valet le suivait à peu de distance, tenant en laisse son lévrier. Les voleurs se ruèrent sur lui, et le percèrent de coups de couteaux. Guillaume, en le voyant mort , s'enfuit en Espagne ; mais il n'y put rien gagner, et (juand il revint dans son pays, ceux à qui il avait fait des emprunts lui dirent : « Nous voulons notre argent, payez-nous sans retard. »

Guillaume leur dit : « J'ai encore trois moulins à farine, prenez-les. » Il leur donna ses moulins, et ils s'en allèrent

* l.e trouvère cite Provins parce qu'il se tenait dans cette vide une foire iinpoi taute qui faisait partie des grandes assemblées commerciales dilos foires de Cliampagne.

^ La livre au treizième siècle équivalait à 52 fr. environ de nolro monnaie. Le changeur avait donc saj^né 41 GO fr.

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