‹ Chefs-d'œuvre des conteurs françaisChapitre 11 sur 100 · LES COMEinS FnA^ÇAI · texte numérisé non relu

LES COMEinS FnA^ÇAI

très-snlisfails paiw «jii'ils élaiciit |.ayé«. 11 fcVn nviiit arec sa femnu*, qui, le voyant en colère, avait clicrclié par de doua;*» jiîirolL's à le calmer. « Ydoiiu-, douce arnie, lui dit-il, iln*e>t pas l>c oiii de discourir. I)i( u a voulu que je pTde tout, niii» Dieu est encore 15 où il .1 coûlnined'cilre, et s*il le veut d nous donnera (le l)ons conseils. — En vérité, répond Ydoine, je ne sais que vous dire. Je î>uis désolée d'avoir tout perdu ; la mort de notre valet est un grand malheur; cependant je m'en console, puisque vous ôles en vie ; car on peut réparer ses pertes, mais la mort est sans remède. >» Ils devisèrent ainsi toute la nuit, et le lendemain Ydoine alla à l'église de Notre-Dame, et lit à la vierge l'olîrande d'un cierge, afin qu'elle lui donnât Ijod conseil, et qu'elle aidât son mari à gagner quelque argent. Elle mit son cierge sur l'autel ; de ses yeux qui ressemblaient à deux étoiles elle versa d'abondant s larmes, et soupira du plus profond de son cœur. Le sacri^tJiu, qui l'aimait depuis longtemps, l'aperçut et s'approcbant d'elle, lui dit en la saluant :

— Madame, soyez la bienvenue.

Celle-ci, sans être embarrassée, essuie ses yeux :

— Dieu vous garde, sire. Comment vous [)ortez-vous?

— Très-bien, je ne demande ni plus ni moins que de vous avoir en secret dans un lil, ce que j'ai de tout temps désiré. Je suis le trésorier de céans ; je vous donnerai cent livres, et vous j)ourrez vivre fort à l'aise*.

Ydoine, en entendant parler de cent livres, se mit à réfléclu'r, car cent livres c'est une belle somme ; devait-elle la prendre ou la refuser? Elle aimait son mari Guillaume, et se dit en elle-même : a Je ne prendrai pas les cent livres sans la permission de mon mari. 11

* On lemarquera le saus-gêne avec lequel It sacristain fait des propositions d madame Ydoine, mais il en est toujours ainsi lorsque de» bourgeoises sont en scène. Les délicatesses de la galanterie ne se rencontrent guère que dans les romans chevaleres4ue« et lorsqu'il s'agit des demoiselles ou des dames Qobles.

LE MOINE SACniSTAIN. 15

A quelques jours de là, le moine cliercha à la décider :

— J'en jure par ma robe, j'ai pitié de vous; vous m'avez fait beaucoup souffrir, il y a quatre ans que je vous aime. Ma main n'a jamais touché votre corps, mais elle le (oucliora.

Il l'embrasse de force; Ydoine se rejette en arrière et lui dit:

— Vous ne devriez pas faire l'amour dans un monaslcrc. J(! vais aller dans ma maison, et je demanderai conseil à mon mari.

— Vous m'étonnez vraiment de parler ainsi.

— Soyez tranquille ; il n'est rien qu'on ne fasse pour gagner de l'argent. Je vais si bien caresser mon mari, que tout s'arrangera suivant voire désir.

Le moine tend son aumônière* à Ydoine, avec les dix sous qu'elle contenait, et la belle '.-.loine les prend volontiers.

Elle retourne dans sa maison, où il n'y avait ni pain ni sel, car la misère s'y était installée depuis que les voleurs avaient dépouillé Guillaume dans la forêt. Elle parle à son mari:

— Sire, entendez-moi : je vais vjus donner un avis qui vous rendra très-riche avant deux ans.

— Quel avis? parlez.

Ydoine tire de sa robe raumô.i'ère du moine, elle l'ouvre et présente les dix sous à son mari, qui les prend.

— Beau sire, dit-elle, ne vous fâchez pas de ce que je vais

* L'aumônière était un petit sac, égalemenl porté par les ecclésiasti(liK's et les laïques, et qui servait à niellr;; do la monnaie. le moyen âge, qui n'était pas inventif en lait de confo? aljle, n'aviiil pas jmi l'idée de coudre des poches aux habits; il les reinj^laçait par des aumônières et d'autres petits sacs portés à la ceinluiâ 'il désignés suus les ooius à'allutfcrei, jourses, tasses» escarcelles^ çiilecières, etc.

1 i LES COÎfTBDRS FBA>v»i%

vous .ivoiicr, et elle lui raamlc ce qui ft'fst {mmc flan<i le mo-

n.istèn; <'t les propositions «pie le moine lui a f.iilc».

— I^our tous les tré-sorsclOleniaii ou d'Alm'rnor, j" ■!•• -"'- IViniis pas, Hit Guillaume, que pcrsorme eût avec \ privautés cliurneiles.

— Il m'tst avis, répond Ydoiue, d'inventer quelque moyen d'attiaper les (leiiiers du moine. H u'ita certainement |«as se pl;undiv ;ui prieur on m l'ahl)"'.

— Iiicn pensé, dit (juiîI.iuitio, m .ir> il fiiit tmiiM-r te moyen.

— Sue, je le trouverai ; or écoutez ce que je veux faire. J'irai de très-bonne heure droit à l'autel de Suint-Martin ; et si je rencontre le moine, je lui dirai qu'il vienne me voir, et qu'il tienne sa promesse: il la tiendra, j'en suis sûre, et il apportera sa ceinture toute pleine de moiinaie.

— Dame, dit Guillaume, on le verra bien. Haudil soit relui qui tron)pera! Mais il est tard et il serait temps de souper.

— Sire, reprit Ydoine, c'est bien pensé. Allez acheter telle viande qu'il vous plaira.

Et elle lui donne les dix sous, et le voilà parli [>our courir les marchés et les boutiques. 11 rentre bientôt. Ydoine a|)pelle un garçon qu'elle envoie chercher du vin, du poivre et du cumin; elle fait la sauce ; les voilà qui se mettent à manger n'ayant ([ue le garçon pour convive, et quand ils eurent mangé et bu, ils se couchèrent et prirent leurs ébats toute la nuit sans parler de leur nusère.

Au point du .jour, Ydoine s'habilla et se chaussa. Quand elle fut parée et bien affublée d'une belle guimpe de soie, elle se rendit au couvent; mais la messe était dite avant qu elle y fût arrivée, les boimes gens sortaient de l'église.

Ydoine va droit à l'autel deSauit-Mjrtin pour faire sa prière; le moine la voit et s'approche :

— Dites-moi vos intentions, car je souffre du retard ; jd

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