LE MIRACLE DE NOTRE-DAME
(xiii* siècle)
L'auteur du fabliau qu'on va lire est un religieux bénédictin de Saint-Mt'dard de Soissons, Gauthier de Coincy, qui vivait au treizième siècle. Ce fabliau, conçu dans un esprit tout dilfértnt de celui qui précôde, se rattache à tout un cycle légendaire dont les sujets sont |iuisés dans la vie delà vierge Marie, qui fut toujours en France robjit d'un culte particulier, non-seulement parce qu'elle était la mère du Sauveur, mais encore parce qu'elle était considérée comme la protectrice du royaume. Les rois avaient choisi pour leur manteau la couleur bleue, parce q'ic la tradition attribuait au manteau de la Vierge la même couleur . Quelques-unes des plus belles et des plus anciennes églises lui étaient dédiées, témoin Notre-Dame de Paris, Notre-Dame de Bourges, Notre-Dame d'Amiens. Les moines de Citeaux racontaient qu'ils avaient vu son nom écrit avec de la poudre d'or sur les lis de leur jardin, et ils croyaient en prononçant son nom sentir dans leur bouche le goût du miel le plus parfumé. Uuaiid les sorciers donnaient leur àme au diable, la Vierge descend.iit du ciel tout exprès pour déchirer la céilule qui les livrait au proscrit de l'abinie. On lui attribuait les guérisons les plus miraculeuses, et Gauthier de Coincy nous offre dans le miracle suivant un curieux spécimen des récits auxquels elle a donné lieu.
Celui-là agit très-bien qui dit bieu et racoute le bien qu'il sait, sar il relire les hommes des mauvaises pensées et des œuvres
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folios et les empi^dic de faire de mauvaises actions : l'eiompte est le iiKiilIciir dfs di^C'*ll^s. C'est pourquoi nos ancêtres avaient faraud soin d«î mettre par écrit les ronver>ations et la conduite des bonnes ;jcns, afin que nous puissions prcmlre mo(li:le>urenx et qu'elles nous soient profit ihle>. Voilà j)ourquoi je vais raconter un miracle an ivé à un moiii's |>our qu'il serve d'enseignement à chacun.
Il y a longtemps déjà, vivait un moine qui aurait IcnJremenl et tenait en grand respect la dnnce mère du Roule ;:l'iire; il clianLiit dévoleinent, travailLil de grand (œur, mais lorsqu'il avait beaucoup travaillé, beaucoup chante, beaucoup veillé, cela ne rempécliait pas de veiller encore plus longtemps (jue les autres et de rester tout seul dans une chapelle où se trouvait une belle imige de Notre-Dame sainte Mai ie. Jour el nuit devant cette image il disait ses oraisons, ses litanies et ses heures. 11 conlinua ainsi ses dévolions jusqu'au moment où il fut pris d'une maladie qui le travailla dnrement. Il était à peine couché de quelques jours, qu'il fut atteint d'un chancre qui le faisait beaucoup souffrir, et lui roiigeait si ciucllement la gorge qu'il ne pouvait prononcer une seule parole. Il pleurait souvent, sou[)irait souvent, se réclamais ^ouvent de la Mère de Dieu, qu'il avait tant aimée. Il était liidenv et laid comme un monstre; tout son visnge était couvert de taches, de boutons, de clous, et il avait tant de plaies qu'il sentait plus mauvais qu'une loutre. Il souffrait grande pa s.on et chacun disait: « Il va trépasser, si la Mère de Dieu n'a pitié de lui et ne vient hâtivement à son secours. »
Les moines sont réunis autour de lui; ils prient et chantent à haute voix et lui présentent la croix et l'eau bonite. fSon âme est partie, disent les uns. — Non, elle y est encore,» disent les autres. Ils lui donnent rextrémc-onction sans savoir s il est mort ou vif. Soià vis ige est tellement enÛj, (ju'on n'y distingue ni les yeux ni la bouche ; sa tète est remplie de tant de plaie^c