‹ Chefs-d'œuvre des conteurs françaisChapitre 15 sur 100 · LE MIRACLE DE NOTUE-DAME · texte numérisé non relu

LE MIRACLE DE NOTUE-DAME

qu'il en sort comme une sorte ilc boue qui souille sou lit. Lrs assistants se bouclient le nez; ils commencent les litanies, les chants des obsèques, et lui rabattent le chaperon sur le visage.

Mais celle qui, charitable et tendre, est au-dessns de toute créature, la Mère du Roi de {gloire, s'empresse de lui poittr secoms. Elle lui a|ti)ar.iit, blanche et plus lleurie cpieles (Umus sur lesijuelles scintille la brillante rosée de mai. Elle se baisse sur lui; elle pasi>e sur ses plaies une toile pins blanche que la neige nouvellement tombée sur les branches des arbres; elle pose doucement sa douce main sur son front et lui dit d'une voix alfectuCiise :

-— Comment vas-tu, cher ami?

f — Dame de paradis, répond le moine qui l'avait bien reconiuie, j'ai une maladie qui m'accable cruellement et je vais mourir si votre douceur ne prend pitié de moi.

— Cher ami, répond madame sainte Marie, tu m'as toujours servie d'un cœur dévoué. Je ne veux pas (jue tu souffres plus longtemps et je vais te prouver combien lu m'es cher.

La douce dame tire de sa robe sa mamelle savoureuse qu'elle lui met dans la bouche et touche doucement ses plaies :

— Ne t'effraye pas, cher ami, tu seras bientôt guéri, et plus lard ton àme en quittant ce monde s'en ira en paradis pour y jouir de l'éternelle félicité/

k ces mots, la Mère de Jésus disparut. Les moines, qui déjà s'a}»prétaient à ensevelir leur confrère et à le metti e dans le linceul, sont frappés d'étonnement quand ils le voient remuer et éttuilre les membres; il se dresse sur ses jambes, fait le signe dé la croix et s'étonne de ne plus voir Notre-Dame à côté de lui.

— Moines insensés, dit-il, gens malappris, la Mère du roi qui gouverne tout, Notre-Dame sainte Marie était auprès de moi; vous l'avez chassée par votre bavardage, vous ne lui avez pas offert de s'asseoir quand vous la vites à côté de mon pau-

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vre lit et elle s*en est allée parce que vous Pavez pas traitée avec leies-pcct qui lui est dû. Hélas! hélas! j'en pleurerai toute ma vie, car je ne verrai jamais si Inîlle chose que son visage, plus frais, plus brillant, plus vermeil que la rose et la fleur de réjçlanlicr... Hélas! je ne sais que faire, rriol qui l'ai t.int admirée! Hélas! elle est si pleine de beauté, que le piiradisserait trop clair s'il n'y avait pour l'éclairer que la clarté de son visage.

Les moines restent émerveillés d'une pareille aventure; quelques-uns prerment la fuite en disant :

— Est-il vivant? est-il mort? est-ce le diable qui l'n ressuscité?

Les })lus sages et les plus raisomrables restent auprès de son lit ; les uns se lamentent, les autres pleurent; mais il leurraconte comment la Mère de Dieu l'a gut'ri avec son lait; ils ne voulaient point le croire, mais ils y lurent bien forcés, quîind ils virent tomber les écailles de son visage. En le voyant plus beau et plus plaisant qu'il n'avait jamais été, ils firent sonner leurs cloches et rendirent grâce au ciel ^.

Si nous servons bien Notre-Dame, la mort ne nous surprendra pas à l'improviste ; ceux qui la servent n'ont point à s'en reiientir, ils peuvent défier le diable. Que le Saint-Esprit nous pardonne !

Six siècles nous séparent de riaulhier de Coincy et, cho-^e vraiment remarquable, ridée mystique qui a inspiré le moine de Saint-Médard règne encore parmi nous. Au flot toujours montant du scepticisme la papauté a répondu par le dogme de Vimmaculée conception; l'eau de la Salctle nous rappelle la mamelle savoureuse, et le portrait de la Vierge, peint par Puhlius Leniulus, ieniplai.e dans plus dune chapelle cette belle image de Notre-Dame devant laquelle le moine miraculeusement guéri venait s'agenouiller nuit et jour.

* Ici nous supprimons un long sermon que fauteur ajoute à son récit.

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