‹ Chefs-d'œuvre des conteurs françaisChapitre 29 sur 100 · AMIS ET AMI LES · texte numérisé non relu

AMIS ET AMI LES

ordre de l'ange, sont vivants, et leur sang a gudri Amis. La comtesse répondit :

— Et toi, comte, ponKjuoi ne m';is tu pas menée avec toi, pour recevoir le sang de mes enfants? J'en aurais lavé Amis.

Le comte lui dit :

— Laissons là ces propos, et dévouons-nous au service de Noire-Seigneur qui a l'ait aujourd'hui de si grands miracles dans notre maison.

Ils vécurent depuis en parfaite chasteté, et pendant dix jours, le pays fut en lete.

Le jour même où Amis fut guéri, les diables tordirent le cou à sa femme ^ et emportèrent son àme. Quanta lui, il s'en alla vers le château Bériijuain ; il en fit le siège, et ipiand il l'ont pris, il pardonna à cenx qui l'avaient si mal traité. Il vérAit depuis en bonne intelligenc' avec eux, garda près de lui le fils aîné d'Amiles, et servit Dieu de tout son cœur.

Tandis (jue ceci se passait, le pupe Adrien - envoya di s iî.c- >agers à Charles, roi de France, pour le prier de lui venir eu aide contre les Lom"bards, qui le tourmentaient fort, ainsi que l'Église. Chailes était alors dans la ville de Théodoziou'. Le messager du pape, qui se nommait Pierre, vint l'y trouver et lui exposa l'objet de son voyage. Charles écrivit aussitôt à Didier, pour le prier de rendre au saint-père les villes et toutes les choses (ju'il lui avait pri>es, en promettant de lui donner en échange quatorze mille sous d'or et d'argent. Mais Didier ne \oulut rien entendre, ni rien recevoir. Alors le roi Charles ordoiuia à toutes manières de gens, évoques, abbés, ducs *,

* Pour expliquer celte conduite du diable, il faut se rappeler, que dame Obias, la femme n'Amis, avait voulu l'élran-ler, comme il a été dit page 81.

* Ce pape dans le texte est appelé Désir.

' Thionvilli% en latin du dixième siècle llieodonis villa.

* A l'époque oùracliondu conteest supposée se passer, les ducs étaient des olficiers royaux préposés au gouveraeinent de? grandes circonscrip-

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princes et marquis de venir les rcjoinfirc en armes. Il en envoya quelques-uns 5 Cluses pour garder les passa;;cs, cl de ce nombre était Albin, évèque d'Angers, homme de grande sainteld.

Le roi Charles, avec plusitfurs guerriers, marcha \(r.s Cluses p;ir le mont de Siuen>e*, et envoya Bernart, son oncle, avec d'autres guerriers par le mont de Jovis*. Didier s'étail avancé contre eux jus(|u'à Cluses, qu'il avait fait fortifier avec des chaînes et des pierres ^.

Eu appiocliant de Cluses, le roi Charles envoya de nouveaux messa^urs à Didier pour lui dire de rendre au saint-siége tout ce qu'il lui avait pris; mais celui-ci refusa, comme il l'avait déjà fait. Charles lui demanda en otage trois fils des juges de Lombaidie, en di>ant que s'il voulait les lui donner ju-qu'à ce qu'il eut rendu les villes, il partirait avec son armée sans faire noise ni m.dice, mais tout fut inutile.

Lorsque le Dieu toul-puissant eut vu l'entêtement de Di«Her,

tions lerritoriales.Leurs attributions étaient avant tout militaires, et quand les armées entraient en campagne ilsremplissiient les fonctions de généraux. Quelques-uns d'entre eux, au moment des invasions normandes, furent spécialement charges de la défense du littoral ; c'est ainsi qu'Angiibert, gendre de Cliarlcmagne, fut préposé à la garde des côtes de la Manche avec le titre de : dux Franciœ marîlimœ scu ponticœ. A l'origine de la troisième race, le titre de duc prit une autre acception ; il fut j appliqué aux grands feudataires, et se trouva ainsi altatlié à la propriété teiriloriale. Plus tard, il devint un titre honorifique, à la collation de? rois. Les marquis étaient des officiers préposés à la garde des frontières, on les nommait marcJûones parce que les f: entières s'appelaient marcfue, les marches. Le nom de marquis disparut avec les Cirlovingiens et ne roparnt que beaucoup plus tard, comme dignité nobiliaire.

* Le mont Ccnis.

* Le mont Saint-B«Tnard.

"^ MM. MolanJ et d'IIéricault font remarquer avec raison que, dans la dernière partie d'Amis et d'Amiles le récit lourne à la chronique pure et simple. Les deux guerriers ne sont plus que des accessoires; la guerre de Charlemagne contre Didier est le seul fait important. C'est pour cela que dans cette partie nous avons fait des coupures, car, en fait d'histoire, le conteur ne peut rien apprendre d'exact.

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