‹ Chefs-d'œuvre des conteurs françaisChapitre 54 sur 100 · LA DAME DE PAMPELINE · texte numérisé non relu

LA DAME DE PAMPELINE

pâle el maigre (pic, sans porter mas(jiie, on le pouvait bien ii)écoiuiaître. Toutefois, la folle amour (juil avait à cette femme, lui rendit tellement les sens hébétés, qu'il présumait de sa force ce qui eût défailli en celle d Hercule : dont à la fin, contraint de maladie et conseillé par la dame, qui ne l'aimait tant malade (jue sain, demanda congé à son mailre de se retirer chez ses parents, (jui le lui donna à grand regret et lui fil pronieitre (jue, quand il sirail sam, il retournerait en son service. Ainsi s'en alla le seigneur d'Avannes à beau pied, car il n'avait à traverser que la longueur d'une rue, et, arrivé qu'il fût en la maison de son père, n'y tiouva que sa limme, de la(|ui'lle l'amour vertueuse ([u'elle lui jiorlait n'était point diminuée poui voyage. Mais ([uand elle le vil.si maigre et décoloré ne s'y put tenir de lui dire :

— Monsieur, je ne sais comme il va de votre conscience, mais votre coips n'a [)oint amendé de ce pèlerinage; et me doute fort que le chemin que vous avez fait par la nuit vous ait plus travaillé que celui du jour; car si vous fussiez allé en Jérusalem à pied, vous en fussiez bien venu plus hàlé, mais non pas si maigre et faible. Or, com[ilez celle-ci pour une et ne servez plus tels images qui, en lieu de ressusciter les morts, font mourir les vivants. Je vous eu dirais davanlai^e, mais, si votre corps a péché, je vois bien (juil en a telle punition, que j'ai pitié d'y ajouter fâcherie nouvelle.

Quand le seigneui- d'Avannes eut entendu tous ces propos, il ne (ut pas moins marri que honteux, et lui dit :

— Madame, j'ai autrefois ouï dire que la repentance suit de bien prîs !e péché; et maintenant je l'épreuve à mes dépens, vous priant excuser ma jeunesse, qui ne se peut châtier ([u'eu expérimentant le mal (ju'elle ne veut croire.

La dame, changeant de propos, le fit coucher en un beau ht, oii il fut quinze jours, ne vivant que de restaurants. Et le mari et la dame lui tinrent si bonne compagnie qu'il avait

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toujours l'un d'eux au[)rèsde lui. E' combien (ju'il eût fait les folies (|uo vous avez ouïes, contre la volonté et ronscil de la sage dame, si ne dimiiiua-t-elle jamais l'amour vertueuse qu'elle lui portait; car elle espérait toujours (prapn« avoir passé ses iireniicrs jours en folie, il se retirerait et cf)ntr;iindrait d'aimer liomièleineut, et, [lar ce moyen, serait du tout à elle. El, durant ces quinze jours (ju'il lut en sa maison, elle lui tint de bons propos tendant à l'amour de vertu, qu'il commença à avoir horreur de la folie (ju'il avait faite; et regardant la dame, (jui en beauté passait la folle, connaissant de plus eu plus les grâces et vertus qui étaient en elle, il ne se put garder, un jour qu'il faisait, assez obscur, chassant toute crainte hors, de lui dire :

— Madame, je ne vois meilleur moyen pour être tel et si vertueux que vous me prêchez et désirez, que de mettre mon cœur à être entièrement amoureux de la vertu. Je vous supplie, madame, de me dire s'il ne vous |»Kiît m'y donner toute aide et faveur à vous possible ?

La dame, fort joyeuse de lui voir tenir ce langage, lui dit :

— Et je vous promets, monsieur, que si vous. êtes amoureux de la vertu, comme il appartient à tel seigneur (jue vous, je vous servirai, pour y parvenir, de toutes les puissances que Dieu a mises en moi.

— Or, madame, dit M. d'Avannes, souvenez-vous de votre promesse, et entendez que Dieu, inconnu du chrétien, sinon par foi, a daigné prendre la chair semblable à celle du pécheur, afin qu'en attirant notre chair en Tamour de son humanité, tii al aussi notre esprit à l'amour de sa divinité, et s'est voulu servir des moyens visibles pour nous fdire aimer par lof les choses invisibles. Aussi, cette vertu que je désire aimer toute ma vie est chose invisible, sinon par les effets du dehors. Parquoi, est besoin qu'elle prenne quelque corps pour se faire connaître entre les hommes : ce qu'elle a fait, se revêtant du

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vôtre pour le plus iiailiiit (ju'ellu ;i jai trouver: doncf|UC'S j»; vous leionuais et coulisse iion-seulcnient vertueuse, mais la seule vertu. Et moi, qui la vois reluire sous le voile du plus parfait coips (jui oncques fut, qui est le vôtre, la veux servir et liouorer toute ma vie, laissant pour elle toute autre amour vaine et vicieuse.

La dame , non moins contente qu'émei veillée d'ouir ces pro[)OS, dissinuila si bien son contentement, qu'elle lui dit:

— Monsieur, je n'entreprends pas de répondre à votre théologie ; mais, comme celle qui est plus craignant le mal que croyant le bien, vous voudrais supplier de cesser en mon endroit les propos dont vous estimez si peu celles ([ui les ont crus. Je sais très-bien que je suis femme, non-seulement comme une autre, mais tant imparfaite, que la vertu ferait plus grand acte de me transformer en elle, que de prendre ma forme, sinon quand elle voudrait être inconiuie en ce monde ; car, sous tel habit que le mien, ne pouirait la vertu être reconnue telle qu'elle est. Si est-ce, monsieur, (jue, pour mon imperfection, je ne laisse à vous porter telle aifection que doit et peut faire femme craignant Dieu et son honneur; mais cette aifection ne sera déclarée jusqu'à ce que votre cœur soit susceptible de la patience que l'amour vertueuse commande. Et, à l'heure, monsieur, je sais quel langage il faut tenir. Mais pensez que vous n'aimez pas tant votre bien, personne ne honneur, que je l'aime.

Le seigneur d'Avannes, craintif, ayant la larme à l'œil, la supplia très-fort que, pour sûreté de ses paroles, elle le voulût baiser , ce qu'elle lui refusa, disant que pour lui elle ne romprait point la coutume du pays. Et, en ce débat, survint le mari, auquel dit M. d'Avannes:

— Mon père, je me sens tant tenu à vous et à votre femme» que je vous supplie pourjamais me réputer votre fils.

2 0 LES CONTENUS HUNÇAIS.

Ccfjiic Icljonlioriime fil Ircis-volontiers.

— Kt pour sûreté de celtt' amitié, je vous haisc. Ce (ju'il fit, et ;i[)rès lui (Jii :

— Si ce n'était de peur d'offenser la loj, j'en ferais autnnt à ma mère votre femme.

Le mari, voyant cela, commanda à sa femme de le baiser ; ce qu'elle fit, sans faire semblant de vouloir on non vouloir ce que son mari lui commandait. A l'beuie, le feu qne la parole avait commencé d'allumer ;iu cœur du pauvre seigneur com,mença à s'au^^menter pui- le baiser tant dé>iré, si fort requis et si cruellement refusé. Ce fait, s'en alla ledit seigneur d'A vannes devers le roi son frère au château, où ilfit force beaux contes de son voyage de Montferrat; et là entendit que le roi son frère s'en voulait aller à Olly et Tafiares. Et, pensant que le voyage serait long, entra en une grande tristesse, qui le mit jiisqu à délibérer d'essayer, avant que pyrlii , si la sage dame lui portait [loint meilleure volonté qu'elle lui en faisait le semblant, et s'en alla loger en une maison de la ville, en la rue où elle était, et priiit un logis vieil et mauvais et fait de bois, auquel, environ minuit, mit le feu ; dont le cri lut fort grand par toute la ville, qu'il vint à la maison du ricbe homme, lequel demanda par sa fenêtre où c'étiiit qu'était le feu : entendit que c'était chez M. d'Avannes; où il alla incontinent avec tous les gens de sa maison, et trouva le jeune seigneur tout en chemise en la rue, dont il eut si grand'pitié, qu'il le print entre ses bras, et, le couvrant de saroLe, le raeuj en sa niaisou le plus tôt possible, et dit à sa femme, qui él^it dedans le lit :

— Ma mie, je vous donne en garde ce prisonnier, traitez-le comme moi-même.

Et, sitôt qu'il fut parti, ledit seigneur d'Avannes, qui eût bien voulu être traité en mari, sauta légèrement dedans le lit, espérant que l'occasion et le lieu feraient changer propos à

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celto sage dame; mais il trouva le contraire: car, ainsi qu'il saillit d'un côté dcdjns le lit, elle sortait île l'autte et print sa chamarre, de laquelle vêtue, s'en viut à lui au clievct du lit, et lui dit :

— Comment, monsieur, avez-vous pensé que les occasions puissent miner un chaste cœur? Croyez (jue toiilaii»fi (juc loi s'éprouve en la fonruaise, aussi lait un cœur chaste an milieu des tentations, où souvent se trouve plus fort et verlueuv qu'ailleurs et se refioidit, tant plus il est assailli de son contraire. Parquoi, soyez sûr que, si j'avais autre volonté que celle <]ue je vous ai dite, je n'eusse fnlli à liouver des moyens, (les(]uels, n'en voulant user, je n'en tiens compte; vous priant que, >i vous vouiez que je continue l'aiTection, qne vous ôliez non-seulement la volonté, mais la pensée, de jamais, pour chose (|ue vous sussiez faire, me trouver autre que je suis.

Durant ces paroles, arrivèrent ses femmes, auxquelles elle commanda qne l'on apportât la collation de toutes sortes de confitures. Mais il n'avait pour l'heure ne faim ne soif, tant était désespéré d'avoir failli à son eiitieprius-e, craignant (jue la démonstration qu'il avait faite de son désir lui fit perdre la privante qu'il avait avec elle.

Le maii, ayant donné ordre au feu, retourna et pria tant M. d'Avannes qu il demeurât pour cette nuit e?i sa maisoti, qu'il lui accorda; mais fut cette nuit passée en telle sorte que ses yeux furent plus exercés à pleuiei* qu'à dormir, tt, bien matin, leuralladire adieu dans le lit, où, en baisant la dame, connut bien qu'elle avait plus de pitié de son offense que de mauvaise volonté envers lui, qui fut un charbon davantage ajouté au feu de son amour. Apre; dîner, s'en alla avec le roi à Tallares; mais, avant que partir, encore alla dire adieu à son bon père et à sa dame, qui, depuis le premier conuiiandement de son mari, ne fit plus de dilûcnltéde le traiter comme son fils . Mais soyez sûr que plus la vertu empêchait son œil et conte

232 LES CONTEL'US IKA.NÇAIS.

nance, plus devcnail iiisnitportable; ensorlequf?, ne pouvant |>oi ter la 'jjuerre (|ue l'horirieiir et l'amour lui faisaient en '^on cœur (laquelle! toutejois avait délibéré de jamais ne montrer, ayant perdu consolation de la vue et [)arole d'ic«^lni pour qui elle vivait), print une fièvre continue, causée d'une humeur inêlancolique et ^.ouverte, tellement que les extrémités du corps lui vinrent tontes froides, et au dedans brûlait incese^anmienl. Les médecins, en la main desquels ne dépend pas la santé des hommes, commencèrent à douter fort de sa maladie, à cause d'une opilation qui la rendait mélancolique, et conseillèrent au mari d'avertir sa femme, de penser à sa conscience et qu'elle élait en la main de Dieu, comme si ceux qui sont en santé n'y étaient point. Le mari, qui aimait sa femme parfaitement, fut si triste de leurs paroles, que, pour sa consolation, il écrivit à M. d'A vannes, le suppliant de prendre la peine de les venir visiter, espérant que sa vue proûterait à cette maladie. A quoi ne tarda le seigneur d'Avannes, incontinent les lettres reçues, et s'en vint en poste en la maison de son bon père; et, à l'entrée, trouva les serviteurs et femmes de léans, menant tel dueil que méritait leur m.iîtresse : dont ledit seigneur fut si étonné, qu'il demeura à la porte comme une personne transie, jusqu'à ce qu'il vit son bon père, lequel, en l'embrassant, se print à pleurer si fort qu'il ne lui ])Utdire mot. Et mena ledit seigneur d'Avannes en la ch'im])re delà pauvre malade; laquelle tournant ses yeux languissants vers lui, le regarda et lui bailla la main, en le tirant de toute sa fiible puissance, et, en l'embrassant et baisant, fit un merveilleux placet et lui dit ;

— 0 Monsieur, l'heure est venue qu'il faut que toute dissi» mulation cesse et que je vous confesse la vérité que j'ai tant de peine à celer : c'est que si vous m'avez porté grande affection, croyez que la mienne n'a été moindre. Mais ma douleur a passé la vôtre, d'autant que j'ai eu la peine de la celer con-

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tre mon cœur et volonté; car entendez, Monsieur, que Di^u et mon honneur ne m'ont jamais permis de vous la déclarer, craignant d'ajouter en vous ce que je désirais diminuer. Mais sachez. Monsieur, que le mot que si souvent vous ai dit, m'a tant fait de mal au prononcer, (ju'il est cause de ma mort, de laquelle je me contente, puisque Dieu m'a fait la grâce de n'avoir permis que la violence de mon amour ait mis tache à ma conscience et renommée, carde moindre feu que le mion ont été ruinés plus grands et plus forts édifices. Or, m'en vais-je contente, puis(jue avant mourir, je vous ai pu déclarer mon alfeclion égale à la vôtre, hormis que l'honneur des hommes et des femmes n'est pas seniLlahle. Vous suppliant, Monsieur, que dorénavant vous ne contraigniez à vous adresser aux plus grandes et vertueuses dames (|ue vous pourrez, car en tels cœurs habitent les plus fortes passions et plus sagement conduites. El la grâce, beauté et honnêteté qui est en vous, ne pcrmetlronl que voire amour travaille sans fruit. Je vous prie donc vous recorder de ma constance, et n'attribuez point à cruauté ce qui doit être imputé à l'honneur, à la conscience et à la vertu, lesquelles nous doivent être plus chères mille fois que notre propre vie. Or, adieu. Monsieur, vous recommandant votre bon père mon mari, auquel je vous prie conter à la vérité ce que vous savez de moi, afin qu'il connaisse combien j'aime Dieu et lui, et gardez-vous de vous trouver plus devant mes yeux ; car dorénavant je neveux penser qu'à aller recevoir les promesses que Dieu m'a faites avant la constilution du monde.

En ce disant, le baisa et embrassa de toute la force de ses faibles bras. Ledit seigneur, qui avait le cœur aussi mort par compassion qu'elle par douleur, sans avoir puissance de lui dire un seul mot, se relira hors de devant elle et se mit sur un lit qui était dans la chambre, où il évanouit plusieurs fois. A l'heure, la dame appela son mari, et, après lui avoir fait

'234 LES UU.MLLUb MiA.M^Alb.

l)t;aucoiip de remontrances lioniiôtcs, lui recommanda M. d'Av.uinos, rassurant qu'après lui c était la [»er:^oull«: du monde ([u'elh; avait le plus aimé, el. en bai-anl son mari, lu. dit adieu. Kt, à riieuie, (it apjjorler le saint sacrement de l'autel et puis a|très ronclion, les(|uels elle reçut avocqin'S joie, comme cell; (pii était sûre de son salut. Et voyant que la vue lui diminuait et les forces lui défadlaient, commença à dire bien haut son In manus.

A ce crj, se leva le sei;:neur d'Aviinnes de dessus le lit, et, en la regardant intensément, lui vit rendre avec un soupir sa glorieuse âme à Celui dont elle était venue. Kt cpiand il s'aperçut qu'elle était morte, il courut au corps mort, duquel étant vivant il n*a{)prochait qu'en crainte, et alors le vint embrasser et baiser de tdle sorte, qu'à iirand'peine le lui put-on ôter d'entre les bras : dont le mai i en fut fort étonné ; car jamais n'avait estimé qu'il lui portât telle affection. Et, en lui disant : « Monsieur, c'est trop ! n ils se retirèrent tous deux de là. Et, après avoir pleuré lon^'uement, l'un, de sa femme, et l'autre, sa dame, M. d'Avannes conta tout le discours de son amitié, comment jusqiTà sa mort elle ne lui avait jamais fait un seul signe oii il trouvât autre clio^e que rigueur : dont le mari, plus content que jamais, augmenta le regret et la douleur qu'il avait de l'avoir perdue ; et, toute sa vie, lit service à M. d'Avannes, qui à l'beure n'avait que dixhuit ans. Lequel s'en alla à la cour, où il demeura beaucoup d'années sans vouloir ni voir ni parler à femme du monde, et porta plus de deux ans le noir.

DE DEUX AMANTS QDI, PAR DÉSESPOIR d'ÊTRE MARIÉS ENSEMBLE,

SE rendiueiNT en religion : l'homme, a saint-françois, et

LA fille, a sainte-claire. '

Au temps du marquis de Mantoue, qui avait épousé la sœur

LES AMANTS DÉSESI'ÉnÉS. *23l>

(lu duc de Ferrare, y avait en la nuiison de la duchesse, une daiiioiselle nommée l^auline, laquelle était tant aimée d'un gentilhomme serviteur du marciuis, que la giandeur de son amour faisait émerveilliT tout le monde, vu qu'il était |»auvreet tant gentil conipagnon, qu'il devait chercher (pour l'amour que lui portait son miiître) quelque fenune i ichc. Mais il lui semblait que tout le trésor du monde était en Pauline, lequel, en l'épousant, il pensait posséder. La marquise, désirant que par sa faveur Paulir'.e lût mariée plus richement, l'en dégoûtait le plus qu'il lui était possible et les empêchait souvent de parler ensemble, leur remontrant que, si le mariage se faisait, ils seraient les plus jiauvres et miséiables de toute l'Italie ; mais cette raison ne pouvait entrer en l'entendement du genlilliomme. Pauline, de son côté, dissinuilait i le mieux qu'elle pouvait son am tié; toutefois, elle n'en pen sait pas moins.

Cette amitié dura longuement avec une espérance que le temps leu: apporterait quelque meilleure fortune. Durant lequel vint une guerre, où ce gentilhomme lut pi ins prisonnier avec un Français, (jui n'était moins anmureux en France que lui en Italie. Et, quand ils se trouvèrent couip.ignons de leurs fortunes, ils commencèrent à découvrir leius secrets l'un à l'autre. Et confessa le Français, que son cœin- était ainsi prisoimier que le sien, sans lui vouloir nommer le lieu ; mais, pour étie tous deux au service du marquis de Manteue^ savait bien, ce gentilhomme français, que son compagnon aimail Pauline, et, pour l'amitié qu'il avait en son bien et proulit, lui conseillait d'eu ôtersa fantaisie : ce quelegentilhonmie italien jurait n'être en sa puissance, et que si le marquis de Mantoue, pour récompense de sa prison et des bons services qu'il avait faits, ne lui donnait s'amie, il s'en irait rendre cordelieret ne seivirait jamais maître que Dieu, Ce que son compagnon ne pouvait croire, ne vovaiiL en lui un seul

2M) LES C(JMi.ii;> IliA.NÇAIS.

signe d6 reli^'ion, lors la dévotion qu'il avait en P.niline.

An l)ont (le neuf mois, lut délivré le gentilhomme français, et, par sa honne diligence, fit tant, qu'il mil son rompjignon en hherté et poun li.jsr^a le plus qu'il lui fut possihl»?, envers le marquis et la marquise, le maiiagede Paulin»-. Mais il n'y put adxenir ni rien gagner, en lui metbnt la pauvreté devant les yeux, où il leur faudrait tous deux vivre, et aussi que de tous cotes les parents n'en étaient pas contenis ne d'opinion, et lui (léfrndaient qu'il n'eût plus à parler à elle, afin que cette fantaisie s'en allât par l'absence et impossibilité. Et, quand il vit qu'il était contraint d'obéir, demanda congé à la marquise dédire adieu à Pauline, puisque jamais ne parlerait à elle : ce qui fut accordé; et à l'heure, commença à lui dire :

— Puisque ainsi est, Pauline, que le ciel et la terre sont contre nous, non-seulement pour nous enifiécher de mariei ensemble, mais, qui plus est; pour nous ôter la vue et parole, dont maître et maîtresse nous ont fait si rigoureux commandement, ils se peuvent bien vanter qu'en une parole ils ont blessé deux cœurs, dont les corps ne sauraient plus faire que languir, montrant bien par cet effet qu'oncques amour ne pitié n'entrèrent en leur estomac. Je sais bien que leur fin est de nous marier bien et richement chascun ; car ils ignorent que la vraie richesse gît au contentement; mais si m*ont-ils fait tant de mal et de déplaisir, qu'il est impos^ible que jamais je leur puisse faire service. Je crois bien que si jamais je n'eusse parlé de ce mariage, ils ne fussent pas si scrupuleux qu'ils ne nous eussent assez souflert parler ensemble, vous assurant que j'aimerais mieux mourir que changer mon opinion en pire, après vous avoir aimée d'une amour si honnête et vertueuse, et pourchassé envers vous ce que je devrais défendre envers vous. Et, pource qu'en vous voyant je ne saurais porte[ cette dure patience, et qu'en ne vous voyant mon cœur, qui ne peut demeurer vide, se remplirait

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