‹ Chefs-d'œuvre des conteurs françaisChapitre 53 sur 100 · LA DAME DE PAMPELUNE · texte numérisé non relu

LA DAME DE PAMPELUNE

— Ma mie, puisqu'il ne vous plaît venir, je vous prie avoir égard à mes chiens et sur mes chevaux, afin qu'il ne leur faille* rien.

La dame liouva celte commission fort agréable, mais, sans en faire autre semblant, lui répondit, |)uis(ju'en meilleure chose ne la voulait employer, qu'elle lui donnerait à connaître par les moindres combien elle désirait lui complaire. Et n'était pas encore le mari hors de la porte, qu'elle descendit en l'éfable, oii elle trouva que quelque chose défaillait, et, pour y donner ordre, donna tant de commissions aux valets d'un côté et d'autre, qu'elle demeura toute seule avec le maître palefrenier. Et, de peur que quclju'un survînt, elle lui dit :

— Allez-vous-en dedans mon jardin et m'atiendez en un cabinet qui est au bout de l'allée.

Ce qu'il fit si diligemment qu'il n'eut loisir de la remercier.^|It, après qu'elle eut doimé ordre à toute l'écurie, s'en alla voir ses chiens, faisant semblable diligence de les faire bien traiter, tant qu'il semblait que de maîtresse elle fut devenue chambrière. Et après retourna en sa chambre, oii elle fie trouva si lasse qu'elle se mit dedans le lit, disant qu'elle voulait reposer. Toutes ses femmes la laissèrent seule, fors une en (|ui elle se fiait, à laquelle elle dit :

— Allez-vous-en au jardin et me faites venir celui que vous trouverez au bout de l'allée.

La chambrière y alla et trouva le maître palefrenier qu'elle amena incontinent à sa dame, qui la fit saillir dehors pour guetfer quand son mari viendrait. M. d'A vannes, se voyant seule avec la dame, se dépouilla des habillements de palefrenier, ôla son faux nez et sa fausse barbe, et, non comme palefrenier craintif, mais comme tel seigneur qu'il était, sans demander congé à la dame, audacieusement se coucha près

> Manque.

22G n:s roNTri:n^ fp-ancm?;

d'elle, où il fut reçu, iniiM (jik i«: [iluii iieau li ..■ <jiii lut eFi .'-on teiii|is, (le la plus i'olle cJaiiie du pays cl (J<iiiciiru là ju.s(|irà ce (jui; le seimiedr relounia. A la venue duquel, re|in;iiaiit son masque, laissa le plaisir que (lar Hncsse et lualice il usmjiait. Knliii legeutilbounne, entrant dans sa cour, entendit la djli;4ence qu'avait laile sa femme de bien lui obéir cl la lemeieia trf'js-foi t.

— Mou auii, ce dit la dame, je ne fais que mon devoir. Il est vrai que qui ne prendrait garde sur les méchants garçons, vous n'auiiez cliien qui ne fût galeux ne cheval qui ne lût maigre; mais pui-qiie je connais leurpare>sc et votre vouloir, vous serez mieux sei vi que vous ne fûtes on<(|ues.

Le gentillioiunie, qui j)cnsait bien avoir choisi le meilleur paleiienior du monde, lui demande que lui eu stmblail.

— Je vous assure, monsieur, dit-elle, qu'il sait aussi bien son métier que serviteur que vous eussiez pu choisir; mais si a-t-il besoin d'être 5^ollicité, car c'est le plus endormi valet que je vis jamais. /

Ainsi demeurèrent longuement le mari et la dame en meilleure amitié qu'auparavant, et perdit tout le soupçon et la jalou>ie qu'il avait d'elle, pource qu'autant qu'elle avait aimé les fe.-tins, danses et compagnies, telle était attentive à son ménage et se contentait bien souvent de ne porter sur sa chemise qu'un chamarre*, en lieu qu'elle avait accoutumé d'être quatre heures à s'accouîrLT : dont illeétiit louée de son maii et d'un chacun qui n'entendait pas que le pire diable chassait le moindre. Ainsi véquit cette jeune dame sous l'hypocrisie et habit de femme de bien, en telle volupté, (jue raison, conscience, ordre ne mesure n'avaient plus de lieu en elle. Ce que ne put porter guère longuement la jeune et délicate complexion du seigneur d'A vannes; mais commença à devenir tant

* ^orte de robe de chambre.

Page 1