ACTE II, SCENK III. 2l.i
PRUSIAS
Prince, vous abusez trop tôt de ma bonté ' : Le rang- d'ambassadeur doit ùtre respecté ; Et l'honneur souverain qu'ici je vous défère...
NICOMÈDE
Ou laissez-moi parler, sire, ou faites-moi taire. Je ne sais point répondre autrement pour un roi A qui dessus son trône on veut faire la loi.
PRUSIAS
Vous m'offensez moi-même en parlant de la sorte ''^ Et vous devez dompter l'ardeur qui vous emporte.
NICOMÈDE
Quoi ! je verrai , seigneur, qu'on borne vos États,
Qu'au milieu de ma course on m'arrête le bras ,
Que de vous menacer on a même l'audace ,
Et je ne rendrai point menace pour menace!
Et je remercierai qui me dit hautement
Qu'il ne m'est plus permis de vaincre impunément.'
PRUSIAS, à Flarainiiis.
Seigneur, vous pardonnez aux chaleurs de son âge : Le temps et la raison pourront le rendre sage.
NICOiMÈDE.
La raison et le temps m'ouvrent assez les yeux. Et l'Age ne fera que me les ouvrir mieux.
Si j'avais jusqu'ici vécu comme ce frère, Avec une vertu qui fût imaginaire ( Car je l'appelle ainsi ([uand elle est sans clïels; Et l'admiration de tant d'hommes parfaits Dont il a vu dans Rome éclater le mérite,
' \ AH. l'nnce, vous abusez eiilin de lua boiitc. ' V\B. Vous luolTouscz.
NICOMI 1>K.
Aulaut i|uu Uoiuc voub liouoic.
riiisiAS.
<Juoi ! vous coulinucz i nrolfcustr eiicoïc !
•21G MCOMEDE.
N'est pas grande vertu si l'on ne les imite);
Si j'avais donc vécu dans ce même repos
Qu'il a vécu dans Rome auprès de ses héros ,
Elle me laisserait la Bithynie entière.
Telle que de tous temps Tainé la tient d'un père.
Et s'empresserait moins à le faire régner,
Si vos armes squs moi n'avaient su rien gagner :
Mais parce qu'elle voit avec la Bithynie
Par trois sceptres conquis trop de puissance unie ,
Il faut la diviser; et, dans ce beau projet ' ,
Ce prince est trop bien ne pour vivre mon sujet i
Puisqu'il peut la servir à me faire descendre,
Il a plus de vertus que n'en eut Alexandre :
Et je lui dois quitter, pour le mettre en mon rang.
Le bien de mes aïeux, ou le prix de mon sang.
Grâces aux immortels, l'effort de mon courage
Et ma grandeur future ont mis Rome en ombrage :
Vous pouvez l'en guérir, seigneur, et promptement;
Mais n'exigez d'un fils aucun consentement :
Le maître qui prit soin d'instruire ma jeunesse
Ne m'a jamais appris à faire une bassesse.
FLAMIXIUS.
A ce que je puis voir, vous avez combattu ,
Prince, par intérêt, plutôt que par vertu.
Les plus rares exploits que vous ay^ pu faire
N'ont jeté qu'un dépôt sur la tète d'un père ;
Il n'est que gardien de leur illustre prix -,
Et ce n'est que pour vous que vous avez conquis ,
Puisque cette grandeur à son trône attachée
Sur nul autre que vous ne peut être épanchée.
Certes je vous croyais un peu plus généreux ;
Quand les Romains le sont, ils ne font rien pour eux
' Var. Il la faut diviser, et , dans ce beau projet ■ Vae. Vous n'avez fait le roi que garde de leur prix.