ACTE II, SCÈNE III
Scipion, dont tantôt vous vantiez le courage, Ne voulait point régner sur les murs de Carthagc ; Et de tout ce qu'il fit pour l'empire romain il n'en eut que la gloire et le nom d'Africain. Mais on ne voit qu'à Rome une vertu si pure ; Le reste de la terre est d'une autre nature.
Quant aux raisons d'État qui vous font concevoir Que nous craignons en vous l'union du pouvoir. Si vous en consultiez des tètes bien sensées, Elles vous déferaient de ces belles pensées : Par respect pour le roi je ne dis rien de plus * , Prenez quelque loisir de rêver là-dessus ; Laissez moins de fumée à vos feux militaires , . Et vous pourrez avoir des visions plus claires.
NICOMÈDE
Le temps pourra donner quelque décision Si la pensée est belle, ou si c'est vision. Cependant...
FLAMINIUS
Cependant , si vous trouvez des charmes A pousser plus avant la gloire de vos armes. Nous ne la bornons point ; mais comme il est permis Contre qui que ce soit de servir ses amis , Si vous ne le savez, je veux bien vous l'apprendre. Et vous en donne avis pour ne vous pas surprendre ^.
Au reste, soyez sûr que vous posséderez Tout ce qu'en votre cœur déjà vous dévorez; Le Pont sera pour vous avec la Galatie , Avec la Cappadoce, avec la Bithynie.
Ce bien de vos aïeux , ce prix de votre sang , Ne mettront point Attale en votre illustre rang ; Et , puisque leur partage est pour vous un supplice,
' Vin. Pour le respect du roi , je ne dis rien de plus.
• Var. Et vous en donne avis , de feur de vous surprendre.
Rome n'a pas dessein de vous faire injustice. Ce prince régnera sans rien prendre sur vous,
( à Prasias. )
La reine d'Arménie a besoin d'un époux : Seigneur , l'occasion ne peut être plus belle; Elle vit sous vos lois , et vous disposez d'elle.
NICOMÈDE
Voilà le vrai secret de faire Attale roi ,
Comme vous l'avez dit, sans rien prendre sur moi.
La pièce est délicate , et ceux qui l'ont tissue
A de si longs détours font une dierne issue.
Je n'y réponds qu'un mot, étant sans intérêt.
Traitez cette princesse en reine, comme elle est : Ne touchez point en elle aux droits du diadème ; Ou pour les maintenir je périrai moi-même. Je vous en donne avis, et que jamais les rois, Pour vivre en nos États , ne vivent sous nos lois ; Qu'elle seule en ces lieux d'elle-même dispose.
PRUSIAS
N'avez-vous, Nicomède, à lui dire autre chose?
NICOMÈDE
Non , seigneur, si ce n'est que la reine, après tout , Sachant ce que je puis , me pousse trop à bout.
PRUSIAS
Contre elle dans ma cour que peut votre insolence ?
Rien du tout, que garder ou rompre le silence. Une seconde fois avisez, s'il vous plait , A traiter Laodice en reine comme elle est; C'est moi qui vous en prie.