‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatique (volume 2)Chapitre 124 sur 201 · MCOMEDE · texte numérisé non relu

MCOMEDE

Je lui conseillerais de s'assurer d'une autre.

Mais je vis dans sa cour, je suis dans ses États ' ,

Et j'ai peu de raison de ne le craindre pas.

Seigneur, dans sa cour même, et hors de l'Arménie,

La vertu trouve appui contre la tyrannie.

Tout son peuple a des yeux pour voir quel attentat

Font sur le bien public les maximes d'État :

Il connaît Nicomède , il connaît sa marâtre ,

11 en sait, il en voit la haine opiniâtre;

Il voit la servitude où le roi s'est soumis,

Et connaît d'autant mieux les dangereux amis-.

Pour moi, que vous croyez au bord du précipice , Bien loin de mépriser Attale par caprice , J'évite les mépris qu'il recevrait de moi S'il tenait de ma main la qualité de roi. Je le regarderais comme une âme commune , Comme un homme mieux né pour une autre fortune , Plus mon sujet qu'époux; et le nœud conjugal Ne le tirerait pas de ce rang inégal.

Mon peuple à mon exemple en ferait peu d'estime. Ce serait trop, seigneur, pour un cœur magnanime : Mon refus lui fait grâce, et, malgré ses désirs. J'épargne à sa vertu d'étei-nels déplaisirs.

FLAMINIUS

Si vous me dites vrai , vous êtes ici reine : Sur l'armée et la cour je vous vois souveraine ; Le roi n'est qu'une idée , et n'a de son pouvoir Que ce que par pitié vous lui laissez avoir. Quoi ! même vous allez jusques à faire grâce ! Après cela, madame, excusez mon audace; Souffrez que Rome enfin vous parle par ma voix :

' Var. Je vis dedans sa cour, je suis dans ses États. - Var. Et connaît d'autant mieux ses dangereux amis.

ACTK 111, SCENK H T}.',

Mecevoir aml)assade est <'ncor de vos di'oiis ; OU;, si co nom vous choque ailleurs qu'en Armrnie, (lomme simple Romain souffrez que je vous die Qu'ùtre allié de Rome, et s'en faire un appui, C'est l'unique moyen de régner aujourd'hui ; Que c'est par là qu'on tient ses voisins en contrainte, Ses peuples en repos, ses ennemis en crainte; Uu'un prince est dans son trône à jamais affermi, Quand il est honoré du nom de son ami ; Qu'Attale avec ce titre est plus roi, plus monarque Que tous ceux dont le front ose en porter la marque ; Et qu'enfin...

LAODICK.

11 suffit; je vois bien ce que c'est ; Tous les rois ne sont rois qu'autant comme il vous plaît ; Mais si de leurs États Rome à son gré dispose , (Certes pour son Attale elle fait peu de chose ; VA qui tient en sa main tant de quoi lui donner A mendier pour lui devrait moins s"oV)stiner. Pour un prince si cher sa réserve m'étohne ' . Que ne me l'offre-t-elle avec une couronne? (^est trop m'importuner en faveur d'un sujet , Moi qui tiendrais un roi pour un indigne objet, S'il venait par votre ordre , et si votre alliance Souillait entre ses mains la suprême puissance. Ce sont des sentiments que je ne puis trahir : Je ne veux point de rois qui sachent obéir ; Et, puisque vous voyez mon Ame tout entière , Seigneur, ne perdez plus menace ni prière.

FLAMINIUS

i*uis-je ne pas vous plaindre en cet aveuglement? Madame , encore un coup , pensez-y mûrement ;

' V\u. Si son intention pour ce iirincc est si l)onnc.

COKNKII.LK. — T. II. I '

226 NICOMEDE

Songez mieux ce qu'est Rome et ce qu'elle peut faire ,

Et, si vous vous aimez , craignez de lui d(^ plaire.

Carthage étant détruite, Antiochus défait,

Rien de nos volontés ne peut troubler l'effet;

Tout fléchit sur la terre ; et tout tremlile sur l'onde ;

Et Rome est aujourd'hui la maîtresse du monde.

LAODICE

La maîtresse du monde ! Ah ! vous me feriez peur

S'il ne s'en fallait pas l'Arménie et mon cœur.

Si le grand Annibal n'avait qui lui succède.

S'il ne revivait pas au prince Nicomède,

Et s'il n'avait laissé dans de si dignes mains

L'infaillible secret de vaincre les Romains,

Un si vaillant disciple aura bien le courage

D'en mettre jusqu'au bout les leçons en usage :

L'Asie en fait l'épreuve, où trois sceptres conquis

Font voir en quelle école il en a tant appris.

Ce sont des coups d'essai , mais si grands que peut-être

Le Capitole a droit d'en craindre un coup de maître.

Et qu'il ne puisse un jour...

FLAMINIUS

Ce jour est encor loin , Madame, et quelques-uns vous diront, au besoin , Quels dieux du haut en bas renversent les profanes , Et que , même au sortir de Trébie et de Cannes , Son ombre épouvanta votre grand Annibal. Mais le voici ce bras à Rome si fatal.

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