‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatique (volume 2)Chapitre 13 sur 201 · RODOGUNE, LAONICE · texte numérisé non relu

RODOGUNE, LAONICE

RODOGLNE.

Je ne sais quel malheur aujourd'hui me menace ,

Et coule dans ma joie une secrète glace :

Je tremble , Laonice , et te voulais parler,

Ou pour chasser ma cj^ainte^ ou pour m'en consoler.

LAONICE

Quoi ! maduiiie, en ce jour pour vous si plein de gloire?

KOnOGUNE.

Ce joiu' m'en promet tant, que j'ai peine à tout croire.

La fortune me traite avec trop de respect;

Et le trùne et l'hymen, tout me devient suspect.

L'hymen semble à mes yeux cacher quelque supplice',

Le trône sous mes pas creuser un précipice ;

Je vois de nouveaux fers après les miens brisés ,

Et je prends tous ces biens pour des maux déguisés :

En un mot, jej^rainsjou^^ reine. Jj^^^eK^.-^

LAONICE

La paix qu'elle a jurée en a cabiié la haine.

RODOGUNE

La haine entrées grauds\se calme rarement: - --^c ; £LU-ex.-YîQ>^ Ta paLX souvent n'y serTque cTun amusement ; Et, dans l'état où j'entre, à te parler sans feinte,

21 RODOGUNE

Elle a lieu de me craindre, et je crains celte crainte.

Non qu'enfin je ne donne au bien des deux États

Ce que j'ai dû de haine à de tels attentats ' :

J'oublie et pleinement toute mon aventure;

Mais une grande offense est de cette nature ,

Que toujours son auteur impute à l'offensé

Un vif ressentiment dont il le croit blessé ;

Et , quoique en apparence on les réconcilie ,

Il le craint, il le hait , et jamais ne s'y fie ;

Et, toujours alarmé de cette illusion.

Sitôt qu'il peut le perdre il prend l'occasion.

Xelle est pour moi la reine .

LAONICE

Ah ! madame , je j urc Que par ce faux soupçon vous lui faites injure. Vous devez oublier un désespoir jaloux Où força son courage un infidèle époux. Si , teinte de son sang et toute furieuse , Elle vous traita lors en rivale odieuse , L'impétuosité d'un premier mouvement Engageait sa vengeance à ce dur traitement ; !1 fallait un prétexte à vaincre sa colère^, Il y fallait du temps; et, pour ne rien vous tain: , Quand je me dispensais à lui mal obéir, Quand en votre faveur je semblaisla trahir, Peut-être qu'en son cœur plus douce et repentie '^^^^^-^ Elle en dissimulait la meilleure partie ; Que, se voyant tromper, elle fermait les yeux. Et qu'un peu de pitié la satisfaisait mieux ^

' Vab. Non pas que mon esprit juslement irrite

Conserve à son sujet quekiue aniuiosité :

Au bien des deux États je donne mon injure. • V VR. II fallait un iirétexte à s'en pouvoir dédire ,

La paix le vient de faire; et , s'il vous faut tout dire. Vau. Et qu'ainsi ma ;iiUc la satisferait mieux.

ACTK I, SCfc.NK V. 25

A uréseiil (|ue raniour succède ù la colère ,

Kilo ne vous voit plus qu'avec des yeux de inèrc;

[il si de cet amour on la voyait sortir,

Je jure de nouveau de vous en avertir :

Vous savez comme quoi je vous suis tout acquise.

Le roi souffrirait-il d'ailleurs quelc|ue surprise?

RODOGUNE

Qoi^^e ce soit des deux qu'on couronne aujouri^lluii , Elle sera sajnère,et^guiTa tout sur lui.

LAOMCR.

Qui que ce soit des deux, je sai§j|u/jlxojisjidpre : Connaissant leur amour, pouvez-vous craindre encore?

RODOGUNE

Oui, je crains leur hymen , et d'être à l'un des deux.

LAONICE

Quoi! sont-ils des sujets indignes de vos feux?

RODOGUNE

Comme ils ont même sang avec pareil mérite ' , Un avantage égal pour eux me sollicite ; Mais il est malaisé dans cette égalité Qu'un esprit combattu ne penche d'un côté. Il est des nœuds secrets , il est des sympathies , Dont par le doux rapport les âmes assorties S'attachent l'une à l'autre, et se laissent piquer Par ces je ne sais quoi qu'on ne peut expliquer. C'est par laque l'un d'eux obtient la préférence; iJe crois voir l'autre encore avec indifférence; Mais cette indifférence est une aversion Lorsque je la compare avec ma passion.

Étrange effet d'amour! incroyable chimère ! Je voudrais être ;\ lui si je n'aimais son frère;

' \ \r.. Qnoi(iuc rgatix on naissance . et pareils en niéiito. U est bien malaisé dans cette <'sa!ité.

2G RODOGUNE

Et le plus grand des maux toutefois que je crains , C'est que mon triste sort me livre entre ses maius.

LAOXICE.

Ne pourrai-je servir une si belle flamme?

RODOGUNE

Ne crois pas en tirer le secret de mon àme : . Quelque époux que le ciel veuille me destiner ' ,

<^^^f^^ . C'est à lui pleinement^ue jeveux me donner^ ■pcy^^ ^jr^^ç, celui que je crains si je suis le partage , ^ûA-^(^^'^^ Je saurai l'accepter avec même visage ;

L'hymen me le rendra précieux à son tour, Et le devoir fera ce qu'aurait fait l'amour, ^ans crainte qu'on reproche à mon humeur forcée Qu'un autre qu'un mari règne sur ma pensée -.

LAONICE

Vous craignez que ma foi vous l'ose reprocher 1

RODOGUNE

Que ne puis-je à moi-même aussi bien le cacher !

LAONICE

Quoi cpie vous me cachiez, aisément je de\iuc, Et, pour vous dire enfin ce que je m'imagine. Le prince...

RODOGUNE

Garde-toi de nommer mon vainqueur :

Ma rougeur trahirait les secrets de mon cœur. Et je te voudrais mal de cette violence Que ta dextérité ferait à mon silence ; Même, de peur qu'un mot par hasard échappé Te fasse voir ce cœur et quels traits l'ont frappé , Je romps un entretien dont la suite me blesse :

' Vah. Oueli[iie époux que le ciel me veuille destiner. C'est k lui pleinement que je veus me ilonner ; Et si ilu malheureux je deviens le partage.

N AB. (Ju un autre quun maii rôgnc dan? nu pciisOc.

ACTK I, SCKNE V. 27

Atlicii : mais souviens-loi que c'est sur ta piorncbsc Une mon esprit reprend quelque tranquillité,

LAONIGE.

Madame, assurez-vous sur ma fidélité.

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