RODOGUNE, LAONICE
RODOGLNE.
Je ne sais quel malheur aujourd'hui me menace ,
Et coule dans ma joie une secrète glace :
Je tremble , Laonice , et te voulais parler,
Ou pour chasser ma cj^ainte^ ou pour m'en consoler.
LAONICE
Quoi ! maduiiie, en ce jour pour vous si plein de gloire?
KOnOGUNE.
Ce joiu' m'en promet tant, que j'ai peine à tout croire.
La fortune me traite avec trop de respect;
Et le trùne et l'hymen, tout me devient suspect.
L'hymen semble à mes yeux cacher quelque supplice',
Le trône sous mes pas creuser un précipice ;
Je vois de nouveaux fers après les miens brisés ,
Et je prends tous ces biens pour des maux déguisés :
En un mot, jej^rainsjou^^ reine. Jj^^^eK^.-^
LAONICE
La paix qu'elle a jurée en a cabiié la haine.
RODOGUNE
La haine entrées grauds\se calme rarement: - --^c ; £LU-ex.-YîQ>^ Ta paLX souvent n'y serTque cTun amusement ; Et, dans l'état où j'entre, à te parler sans feinte,
21 RODOGUNE
Elle a lieu de me craindre, et je crains celte crainte.
Non qu'enfin je ne donne au bien des deux États
Ce que j'ai dû de haine à de tels attentats ' :
J'oublie et pleinement toute mon aventure;
Mais une grande offense est de cette nature ,
Que toujours son auteur impute à l'offensé
Un vif ressentiment dont il le croit blessé ;
Et , quoique en apparence on les réconcilie ,
Il le craint, il le hait , et jamais ne s'y fie ;
Et, toujours alarmé de cette illusion.
Sitôt qu'il peut le perdre il prend l'occasion.
Xelle est pour moi la reine .
LAONICE
Ah ! madame , je j urc Que par ce faux soupçon vous lui faites injure. Vous devez oublier un désespoir jaloux Où força son courage un infidèle époux. Si , teinte de son sang et toute furieuse , Elle vous traita lors en rivale odieuse , L'impétuosité d'un premier mouvement Engageait sa vengeance à ce dur traitement ; !1 fallait un prétexte à vaincre sa colère^, Il y fallait du temps; et, pour ne rien vous tain: , Quand je me dispensais à lui mal obéir, Quand en votre faveur je semblaisla trahir, Peut-être qu'en son cœur plus douce et repentie '^^^^^-^ Elle en dissimulait la meilleure partie ; Que, se voyant tromper, elle fermait les yeux. Et qu'un peu de pitié la satisfaisait mieux ^
' Vab. Non pas que mon esprit juslement irrite
Conserve à son sujet quekiue aniuiosité :
Au bien des deux États je donne mon injure. • V VR. II fallait un iirétexte à s'en pouvoir dédire ,
La paix le vient de faire; et , s'il vous faut tout dire. Vau. Et qu'ainsi ma ;iiUc la satisferait mieux.
ACTK I, SCfc.NK V. 25
A uréseiil (|ue raniour succède ù la colère ,
Kilo ne vous voit plus qu'avec des yeux de inèrc;
[il si de cet amour on la voyait sortir,
Je jure de nouveau de vous en avertir :
Vous savez comme quoi je vous suis tout acquise.
Le roi souffrirait-il d'ailleurs quelc|ue surprise?
RODOGUNE
Qoi^^e ce soit des deux qu'on couronne aujouri^lluii , Elle sera sajnère,et^guiTa tout sur lui.
LAOMCR.
Qui que ce soit des deux, je sai§j|u/jlxojisjidpre : Connaissant leur amour, pouvez-vous craindre encore?
RODOGUNE
Oui, je crains leur hymen , et d'être à l'un des deux.
LAONICE
Quoi! sont-ils des sujets indignes de vos feux?
RODOGUNE
Comme ils ont même sang avec pareil mérite ' , Un avantage égal pour eux me sollicite ; Mais il est malaisé dans cette égalité Qu'un esprit combattu ne penche d'un côté. Il est des nœuds secrets , il est des sympathies , Dont par le doux rapport les âmes assorties S'attachent l'une à l'autre, et se laissent piquer Par ces je ne sais quoi qu'on ne peut expliquer. C'est par laque l'un d'eux obtient la préférence; iJe crois voir l'autre encore avec indifférence; Mais cette indifférence est une aversion Lorsque je la compare avec ma passion.
Étrange effet d'amour! incroyable chimère ! Je voudrais être ;\ lui si je n'aimais son frère;
' \ \r.. Qnoi(iuc rgatix on naissance . et pareils en niéiito. U est bien malaisé dans cette <'sa!ité.
2G RODOGUNE
Et le plus grand des maux toutefois que je crains , C'est que mon triste sort me livre entre ses maius.
LAOXICE.
Ne pourrai-je servir une si belle flamme?
RODOGUNE
Ne crois pas en tirer le secret de mon àme : . Quelque époux que le ciel veuille me destiner ' ,
<^^^f^^ . C'est à lui pleinement^ue jeveux me donner^ ■pcy^^ ^jr^^ç, celui que je crains si je suis le partage , ^ûA-^(^^'^^ Je saurai l'accepter avec même visage ;
L'hymen me le rendra précieux à son tour, Et le devoir fera ce qu'aurait fait l'amour, ^ans crainte qu'on reproche à mon humeur forcée Qu'un autre qu'un mari règne sur ma pensée -.
LAONICE
Vous craignez que ma foi vous l'ose reprocher 1
RODOGUNE
Que ne puis-je à moi-même aussi bien le cacher !
LAONICE
Quoi cpie vous me cachiez, aisément je de\iuc, Et, pour vous dire enfin ce que je m'imagine. Le prince...
RODOGUNE
Garde-toi de nommer mon vainqueur :
Ma rougeur trahirait les secrets de mon cœur. Et je te voudrais mal de cette violence Que ta dextérité ferait à mon silence ; Même, de peur qu'un mot par hasard échappé Te fasse voir ce cœur et quels traits l'ont frappé , Je romps un entretien dont la suite me blesse :
' Vah. Oueli[iie époux que le ciel me veuille destiner. C'est k lui pleinement que je veus me ilonner ; Et si ilu malheureux je deviens le partage.
N AB. (Ju un autre quun maii rôgnc dan? nu pciisOc.
ACTK I, SCKNE V. 27
Atlicii : mais souviens-loi que c'est sur ta piorncbsc Une mon esprit reprend quelque tranquillité,
LAONIGE.
Madame, assurez-vous sur ma fidélité.