‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatique (volume 2)Chapitre 15 sur 201 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

cléopatrf:, laonige.

CLKOPATRE.

Laonicc , vois-tu que le peuple s'apprête Au pompeux appareil de cette grande fête?

LAONICE

La joie en est publique , et les princes tous deux " Des Syriens ravis emportent tous les vœux : L'un et l'autre fait voir un mérite si rare Que le souhait confus entre les deux s'égare; Et ce qu'en quelques-uns on voit d'attachement N'est qu'un faible ascendant d'un premier mouvement Ils penchent d'un côté, prêts à tomber de l'autre : Leur choix pour s'affermir attend cncor le vôtre ; Et de celui qu'ils font ils sont si peu jaloux , Que votre secret su les réunira tous.

CLÉOPATRE

Sais-tu que mon secret n'est pas ce qu(î l'on pense?

LAONICE

J'attends avec eux tous celui de leur naissance.

' V\K. Je l'ai trop acheté pour t'en faire un présent.

t;iaius tout ce qu'on peut craindre en te désal)usant. '' Vak. Oui , uiadanie ; avec joie , et les princes tous deux-

30 RODOGUNi:.

CLÉOPATRE

Pour un esprit de cour, et nourri chez les grands, Tes yeux dans leurs secrets sont bien peu pénétrants. Apprends, ma confidente, apprends à me connaître. STjè^câcHë'ën^uel rang le sang les a fait naître 7^ Vois, vois que, tant que l'ordre en demeure douteux , v^ Aucun des deux ne règne , et je règne pour eux : Quoique cesôiiruirbièn qtie Tïm et^'autre attende, De crainte de le perdre aucun ne le demande ; Cependant je possède, et leur droit incertain Me laisse avec leur sort leur sceptre dans la main : Voilà mon grand secret. Sais-tu par quel mystère Je les laissais tous deux en dépôt che?: mon frère?

LAONICE

J'ai cru qu'Antiochus les tenait éloignés Pour jouir des Etats qu'il avait regagnés.

CLÉOPATRE

11 occupait leur trône, et craignait leur présence, Et cette juste crainte assurait m.Q^^guissa^C. Mes ordres en étaîëîrTde point en point suiviS; Quand je le menaçais du retour de mes fils : Voyant ce foudre prêt à suivre ma colère , Quoi qu'il me plût oser, il n'osait me déplaire ; Et, content malgré lui du vain titre de roi , <;tnyfc<-^tîXu/3 'ilré^iiaJi auJiei^^ que sous moi .

Je te dirai bien plus. Sans violence aucune

f J'aurais vu Nicanor épouser Rodogune, Si, content de lui plaire et de me dédaigner', Il^iitjvécu chez elle en me laissant régner. Son retour me fâchait plus que son hyménée, Et j'aurais pu l'aimer s'il ne l'eût couronnée, Tu vis comme il y fit des efforts superflus :

' Vai;, Si , content den jouir et de me dédaigner, 11 eût vécu chez elle , et m'eût l:nssé régner.

ACÏK 1 I, SCI:NK II. 31

Je lis beaucoup alors, et ferais cncor plus S'il était quelque voie, infâmo ou léyilinie , Que m enseignât la gloire, ou. que m'ouvrit le crime. Qui me pût conserver un bien que j'ai chéri Jusqu'à verser pour lui tout le sang d'un mari. Dans Tctat pitoyaljle où m'en réduit la suite , Délices de mon cœur, il faut que je te quitte; On m'y force , il le faut : mais on verra quel fruit En recevra bientôt celle qui m'y réduit \ 1/amour que j'ai ])ourtoi tourne eu haine pour elle : Autant (jue l'un fut grand, l'autre sera cruelle; Et, puisqu'en te perdant j'ai sur qui m'en venger, Ma perte est supportable, et mon mal est léger.

LAOXICE.

Quoi ! vous parlez encor de vengeance et dejiaine Pour celle dont vous-même allez faire une reine ! -f^

CLÉOPATRE

Quoi î je ferais un roi pour être son époux , Et m'exposer aux traits de son jusfë~cbùrroux! N'apprendras-tu jamais, âme basse et grossière, ^ oG:,^p^'^*->- a A voir par d'autres yeux que les yeux du vulgaire? Toi qui connais ce peuple, et sais qu'aux champs de Mars Lâchement d'une femme il suit les étendards; Que, sans Antiochus, Tryphon m'eût dépouillée; Que sous lui son ardeur fut soudain réveillée ; Ne saurais-tu juger que sije nomme un roi , C'est pour le commander, et combattre pour moi? ^ Ten ai le choix en mam aveclé'cîrorrcFainesse ; Et, puisqu'il en faut faire une aide à ma faiblesse, \L Que la guerre sans lui ne peut se rallumer, .1 userai bîëïTdu droit que J'ai de le nomnïëi' . On ne^montèraTpoint âu^^ang^^ïoiïrjé^dévàîë,

' Vais. En recevra tantôt celle (jui m'y mlnii. '

^ RODOGU.XE.

UuVmj^iiousaiit^ ma haine]au lieu dennâTTivalcJ)

Ce n'est qu'en me vengeant qu'on me le peut ravir;. Et je ferai régner qui me voudra servir.

LAONICE

Je vous connaissais mal.

CLÉOPATRE

Connais^moi toute entière :

Quand je mis Rodogune en tes mains prisonnière, Ce ne futjii £itié.j ni respect de son rang , QuLmLarrêta le bras^et conserva^son sang . La mort d'Antiochus me laissait sans armée. Et d'une troupe en hâte à me suivre animée; Beaucoup dans ma vengeance ayant fini leurs jours M'exposaient à son frère, et faible et sans secours. Je me voyais perdue à moins d'un tel otage : Il vint , et sa fureur craignit pour ce cher gage ; Il m'imposa des lois, exigea des serments; Et moi, j'accordai tout pour obtenir du temps. Le temps est un trésor plus grand qu'on ne peut croire J'en obtins, et je crus obtenir la victoire, iai pu reprendre haleine, et, sous de faux apprêts... Mais voici mes deux iils que j'ai mandés exprès. Écoute, et tu verras quel est cet hyménée Où se doit terminer cette illustre journée.

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