ACTE I, SCÈNK II. l'sa
Leurs lettres eu l'ont foi, (ju'elle me vient de rendre. Voyez avee loisir ec que j'en dois attendre; Je veux bien m'en remettre à votre sentiment.
PERPENNA
Pourriez-vous bien, seigneur, balancer un moment, A moins d'une secrète et forte antipathie Qui vous montre un supplice en l'hymen d'Aristie? Voyant ce que pour dot Rome lui veut donner, Vous n'avez aucun lieu de rien examiner.
SERTORIUS
Il faut donc , Perpcnna, vous faire confidence Et de ce que je crains, et de ce que je pense.
J'aime ailleurs. A mon âge il sied si mal d'aimer, Que je le cache môme à qui m'a su charmer : Mais, telque jepuis ôtre, on m'aime, ou, pour nneux dire, La reine Viriatc à mon hymen aspire; l'allé veut que ce choix de son ambition De son peuple avec nous commence l'union, Et (ju'ensuite à l'envi mille autres hyménées De nos deux nations l'une à l'autre enchaînées Mêlent si bien le sang et l'intérêt commun , Uuils réduisent bientôt les deux peuples en un. C'est ce qu'elle prétend pour digne récompense De nous avoir servis avec cette constance Qui n'épargne ni biens ni sang de ses sujets Pour affermir ici nos généreux projets : Non qu'elle me l'ait dit, ou quelque autre pour elle ; Mais j'en vois chaque jour quelque manpie lidèle; Et connne ce dessein n'est plus pour moi douteux. Je ne puis l'ignorer qu'autant que je le veux.
Je crains donc de l'aigrir si j'épouse Aristie , Et tpie de ses sujets la meilleure partie , Pour venger ce mépris, et servir son courroux. Ne tourne obstinément ses armes contre nous.
284 SERTORIUS
Auprès d'un tel malheur pour nous irréparable . Ce qu'on promet pour l'autre est peu considérable; Et, sous un faux espoir de nous mieux établir, Ce renfort accepté pourrait nous affaiblir.
Voilà ce qui retient mon esprit en balance. Je n'ai pour Aristie aucune répugnance; Et la reine à tel point n'asservit pas mon cœur, Uu'd ne fasse encor tout pour le commun bonheur.
PERPENNA
Cette crainte , seigneur, dont votre âme est gênée
Ne doit pas d'un moment retarder l'hymen ée.
Viriate, il est vrai, pourra s'en émouvoir;
Mais que sert la colère où manque le pouvoir?
Malgré sa jalousie et ses vaines menaces,
N'èles-vous pas toujours le maître de ses places?
Les siens, dont vous craign£Z le vif ressentiment.
Ont-ils dans votre armée aucun commandement?
Des plus nobles d'entre eux, et des plus grands courages
N'avez-vous pas les fils dans Osca pour otages?
Tous leurs chefs sont Romains ; et leurs propres soldats.
Dispersés dans nos rangs , ont fait tant de combats,
Que la ^àeille amitié qui les attache aux nôtres
Leur fait aimer nos lois et n'en vouloir point d'autres.
Pourquoi donc tant les craindre, et poui'quoi refuser, , .
SERTOmUS.
Vous-même, Perpenna, pourquoi tant déguiser? Je vois ce qu'on m'a dit : vous aimez Viriate ; Et votre amour caché dans vos raisons éclate. Mais les raisonnements sont ici superflus : Dites que vous l'aimez, et je ne l'aime plus. Parlez : je vous dois tant, que ma reconnaissance Ne peut être sans honte un moment en balance.
PERPENNA
L'aveu que vous voulez à mon cœur est si doux.
ACTK I, SCKNF. Iff. 2.S5
Uno j'ose...
SERTORIUS
C'est assez : je parlerai pour vous.
PERPENN A .
Ah! seigneur, c'en est trop; et...
SERTORIUS
Point de ropniiie :
Tous mes veux sont déjà du côté d'Aristie; Et je l'épouserai, pourvu qu'en même joui- La reine se résolve à payer votre amour : Car, quoi que vous disiez, je dois craindi-c sa haine. Et fuirais à ce prix cette illustre Romaine. La voici : laissez-moi ménager son esprit; Et voyez cependant de quel air on m'écrit.