ACTE 11, SCENE 11. J'jî
Ait jusqiics ù sept fois choisi pour souverain.
Ainsi pour estimer chacun a sa manière :
Ah sang d'un Espagnol je ferais grâce entière ;
Maiis parmi vos Romains je prends peu garde au sang.
Quand j'y vois la vertu prendre le plus haut rang.
Vous , si vous haïssez comme eux le nom de reine ,
Regardez-moi , seigneur, comme dame romaine :
Le droit de bourgeoisie à nos peuples donné
Ne perd rien de son prix sur un front couronné.
Sous ce titre adoptif , étant ce que vous êtes ,
Je pense bien valoir une de mes sujettes ;
Et , si quelque Romaine a causé vos refus ,
Je suis tout ce qu'elle est , et reine encor de plus.
Peut-être la pitié d'une illustre misère...
SERTORIUS
Je vous entends, madame, et , pour ne vous rien taii'e. J'avouerai qu'Aristie . . .
Elle nous a tout dit; Je sais ce qu'elle espère et ce qu'on vous écrit. Sans y perdre de temps, ouvrez votre pensée.
SERTORIUS
Au seul bien de la cause elle est intéressée : Mais puisque, pour ôter l'Espagne à nos tyrans. Nous prenons, vous et moi, des chemins différents. De grâce , examinez le commun avantage , Et jugez ce que doit un généreux courage.
Je trahirais, madame, et vous et vos États, De voir un tel secours, et ne l'accepter pas : Mais ce même secours deviendroit notre perte, S'il nous ôtait la main que vous m'avez offerte , Et qu'un destin jaloux de nos communs desseins Jetât ce grand dépôt en de mauvaises mains, le tiens Sylla perdu si vous laissez unie
2'J8 SERTORIUS
A ce puissant renfort votre Lusitanie.
Mais vous pouvez enfin dépendre d'un époux, Et le seul Perpenna peut m' assurer de vous. Voyez ce qu'il a fait ; je lui dois tant , madame , Qu'une juste prière en faveur de sa flamme...
VmiATE.
Si vous lui devez tant ;, ne me devez-vous rien?
Et lui faut-il payer vos dettes de mon bien?
Après que ma couronne a garanti vos tètes ,
Ne mérité-je point de part en vos conquêtes?
Ne vous ai-je servi que pour servir toujours.
Et m'assurer des fers par mon propre secours ?
Ne vous y trompez pas : si Perpenna m'épouse.
Du pouvoir souverain je deviendrai jalouse.
Et le rendrai moi-même assez entreprenant
Pour ne vous pas laisser un roi pour lieutenant.
Je vous avouerai plus : à qui que je me donne ,
Je voudrais hautement soutenir ma couronne ;
Et c'est ce qui me force à vous considérer.
De peur de perdre tout , s'il nous faut séparer.
Je ne vois que vous seul qui des mers aux montagnes
Sous un même étendard puisse unir nos Espagnes :
Mais ce que je propose en est le seul moyen;
Et, quoi qu'ait fait pour vous ce cher concitoyen,
S'il vous a secouru contre la tyrannie,
li en est bien payé d'avoir sauvé sa vie.
Les malheurs du parti l'accablaient à tel point ,
Qu'il se voyait perdu, s'il ne vous eût pas joint ;
Et même, si j'en veux croire la renommée.
Ses troupes, malgré lui, grossirent votre armée.
Rome offre un grand secours, du moins on vous l'écrit;
Mais s'armât-elle toute en faveur d'un proscrit.
Quand nous sommes aux bords d'une pleine victoire.
Quel besoin avons-nous d'en partager la gloire ?