‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatique (volume 2)Chapitre 173 sur 201 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

SERTORIUS, THAMIRK,

S,ERTORIUS.

rViuri';ii-jtt voir la reine?

Attendant qu'elle vicuiic, Elle m'a commandé que je vous entretienne, Et veut demeurer seule encor quelques moments.

SERTORIUS

Ne m'apprendrez-vous point où vont ses sentiments, Ce que doit Perpenna concevoir d'espérance?

TUAMIRE.

Elle ne m'en fait pas beaucoup de confidence ; Mais j'ose présumer qu'offert de votre main , Il aura peu de peine à fléchir son dédain. Vous pouvez tout sur elle.

SERTORIUS

Ah ! j'y puis peu de chose , Si jusqu'à l'accepter mon malheur la dispose; Ou, pour en parler mieux, j'y puis trop, et trop peu.

THAMIRE

Elle croit fort vous plaire en secondant son feu.

SERTORIUS

Me plaire ?

TUAMIRE.

Oui : mais, seigneur, d'où vient cette surprise? Et de quoi s'inquiùte un cœur ({ni la iii('[(ris( '?

320 SERTORiUS.

SERTORIUS

N'appelez point mépris un violent respect

Que sur mes plus doiLx vœux fait régner son aspect.

THAMIRE

Il est peu de respects qui ressemblent au vôtre . S'il ne sait que trouver des raisons pour un autre \ Et je préférerais un peu d'emportement Aux plus humbles devoirs d'un tel accablement.

SERTORIUS

îl n'en est rien parti capable de me nuire, Qu'un soupir échappé ne dût soudain détruire : Klais la reine , sensible à de nouveaux désirs , Entendait mes raisons, et non pas mes soupirs.

THAmRE.

Seigneur, quand un Romain, quand un héros soupire^

Nous n'entendons pas bien ce qu'un soupir veut dire ;

Et je vous servirais de meilleur truchement,

Si vous vous expliquiez un peu plus clairement.

Je sais qu'en ce climat, que vous nommez barbare >

L'amour par un soupir quelquefois se déclare;

Mais la gloire, qui fait toutes vos passions.

Vous met trop auKlessus de ces impressions ;

De tels désirs, trop bas pour les grands cœurs de Rome. . .

SERTORIUS

Ah ! pour être Romain, je n'en suis pas moins homme : .l'aime, et peut-être plus qu'on n'a jamais aimé : Malgré mon âge et moi, mon cœur s'est enflammé. J'ai cru pouvoir me vaincre , et toute mon adresse Dans mes plus grands efforts m'a fait voir ma faiblesse; Ceux de la pohtique, et ceux de l'amitié, M'ont mis en un état à me faire pitié. Le souvenir m'en tue, et ma vie incertaine Dépend d'un peu d'espoir que j'attends de la reine. Si toutefois...

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