‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatique (volume 2)Chapitre 180 sur 201 · ACTE IV, SCÈNE H I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE H I

PKRPENNA.

De vrai, sans votre appui je serais fort à plaindre ; Mais je ne vois pour vous aucun sujet de craindre.

SKRTORIUS.

Je serais le premier dont on serait jaloux ;

Mais ensuite le sort pourrait tomber sur vous.

Le tyran après moi vous craint plus qu'aucun autre ,

Et ma tête abattue ébranlerait la vôtre.

Nous ferons bien tous deux d'attendre plus d'un an.

PERPENNA

Uuc parlez-vous, seigneur, de tôte et de tyran?

SERTORIDS.

Je parle de Sylla, vous le devez connaître.

PERPENNA

Et je parlais des feux que la reine a fait naître .

SERTORIDS.

Nos esprits étaient donc également distraits : Tout le mien s'attachait aux périls de la paix ; Et je vous demandais quel bruit fait par la ville De Pompée et de moi l'entretien inutile. Vous le saurez, Aufide?

AUFIDE

A ne rien déguiser, Seigneur, ceux de sa suite en ont su mal user ; J'en crains parmi le peuple un insolent muruiurc : Ils ont dit que Sylla quitte sa dictature , Que vous seul refusez les douceurs de la paix , Et voulez une guerre à ne finir jamais. Déjà de nos soldats l'âme préoccupée Montre un peu trop de joie à parler de Pompée ; Et si l'erreur s'épand jusqu'en nos garnisons , Elle y pourra semer de dangereux poisons.

Nou^ en romprons le coup avant quelle grossisse .

330 SERTORIUS

Et ferons par nos soins avorter l'artifice. D'autres plus grands périls le ciel m'a garanti.

PERPENNA

Ne ferions-nous point mieux d'accepter le parti , Seigneur?Trouvez-vous l'offre ou honteuse ou mal sùrc?

SERTORIUS

Sylla peut en effet quitter sa dictature ;

Mais il peut faire aussi des consuls à son choix ,

De qui la pourpre esclave agira sous ses lois ;

Et, quand nous n'en craindrons aucuns ordres sinistres ,

Nous périrons par ceux de ces lâches ministres.

Croyez-moi, pour des gens comme vous deux et moi ,

Rien n'est si dangereux que trop de bonne foi.

Sylla par politique a pris cette mesure

De montrer aux soldats l'impunité fort sûre;

Mais pour Cinna, Carbon , le jeune Marius ,

11 a voulu leur tête , et les a tous perdus.

l'our moi, que tout mon camp sur ce bruit m'abandonnr,

Qu'il ne reste pour moi que ma seule personne ,

Je me perdrai plutôt dans quelque affreux climat ,

Qu'aller, tant qu'il vivra , briguer le consulat.

Vous...

PERPENTSA.

Ce n'est pas, seigneur, ce qui me tient en pcj ne : Exclu du consulat par l'hymen d'une reine, Du moins si vos bontés m'obtiennent ce bonheur, Je n'attends plus de Rome aucun degré d'honneur ; Et, banni pour jamais dans la Lusitanie , J'y crois en sûreté les restes de ma vie.

SERTORIUS

( Kii ; mais je ne vois pas encor de sûreté A ce que vous et moi nous avions concerté. Vous savez que la reine est d'une humeur si firro, Mais peut-être le temps la rendra moins altièrc.

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