ACTE IV, SCÈNE H I
PKRPENNA.
De vrai, sans votre appui je serais fort à plaindre ; Mais je ne vois pour vous aucun sujet de craindre.
SKRTORIUS.
Je serais le premier dont on serait jaloux ;
Mais ensuite le sort pourrait tomber sur vous.
Le tyran après moi vous craint plus qu'aucun autre ,
Et ma tête abattue ébranlerait la vôtre.
Nous ferons bien tous deux d'attendre plus d'un an.
PERPENNA
Uuc parlez-vous, seigneur, de tôte et de tyran?
SERTORIDS.
Je parle de Sylla, vous le devez connaître.
PERPENNA
Et je parlais des feux que la reine a fait naître .
SERTORIDS.
Nos esprits étaient donc également distraits : Tout le mien s'attachait aux périls de la paix ; Et je vous demandais quel bruit fait par la ville De Pompée et de moi l'entretien inutile. Vous le saurez, Aufide?
AUFIDE
A ne rien déguiser, Seigneur, ceux de sa suite en ont su mal user ; J'en crains parmi le peuple un insolent muruiurc : Ils ont dit que Sylla quitte sa dictature , Que vous seul refusez les douceurs de la paix , Et voulez une guerre à ne finir jamais. Déjà de nos soldats l'âme préoccupée Montre un peu trop de joie à parler de Pompée ; Et si l'erreur s'épand jusqu'en nos garnisons , Elle y pourra semer de dangereux poisons.
Nou^ en romprons le coup avant quelle grossisse .
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Et ferons par nos soins avorter l'artifice. D'autres plus grands périls le ciel m'a garanti.
PERPENNA
Ne ferions-nous point mieux d'accepter le parti , Seigneur?Trouvez-vous l'offre ou honteuse ou mal sùrc?
SERTORIUS
Sylla peut en effet quitter sa dictature ;
Mais il peut faire aussi des consuls à son choix ,
De qui la pourpre esclave agira sous ses lois ;
Et, quand nous n'en craindrons aucuns ordres sinistres ,
Nous périrons par ceux de ces lâches ministres.
Croyez-moi, pour des gens comme vous deux et moi ,
Rien n'est si dangereux que trop de bonne foi.
Sylla par politique a pris cette mesure
De montrer aux soldats l'impunité fort sûre;
Mais pour Cinna, Carbon , le jeune Marius ,
11 a voulu leur tête , et les a tous perdus.
l'our moi, que tout mon camp sur ce bruit m'abandonnr,
Qu'il ne reste pour moi que ma seule personne ,
Je me perdrai plutôt dans quelque affreux climat ,
Qu'aller, tant qu'il vivra , briguer le consulat.
Vous...
PERPENTSA.
Ce n'est pas, seigneur, ce qui me tient en pcj ne : Exclu du consulat par l'hymen d'une reine, Du moins si vos bontés m'obtiennent ce bonheur, Je n'attends plus de Rome aucun degré d'honneur ; Et, banni pour jamais dans la Lusitanie , J'y crois en sûreté les restes de ma vie.
SERTORIUS
( Kii ; mais je ne vois pas encor de sûreté A ce que vous et moi nous avions concerté. Vous savez que la reine est d'une humeur si firro, Mais peut-être le temps la rendra moins altièrc.