‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatique (volume 2)Chapitre 181 sur 201 · ACTE IV, SCENE lll · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE lll

Adieu : dispensez-moi de parler là-dessus.

PERPENNA

Parlez, seigneur : mes vœux sont-ils si mal reçus? Est-ce en vain que je l'aime, en vain que je soupire?

SERTORIUS

Sa retraite a plus dit que je ne puis vous dire.

PERPENNA

Elle m'a dit beaucoup : mais, seigneur, achevez.

Et ne me cachez point ce que vous en savez.

Ne m'auriez-vous rempli que d'un espoir frivole?

SERTORIUS

Non , je vous l'ai cédée, et vous tiendrai parole. Je l'aime , et vous la donne encor malgré mon feu; Mais je crains que ce don n'ait jamais son aveu, Qu'il n'attire sur nous d'impitoyables haines. Que vous dirai-je enfin? L'Espagne a d'autres reines; Et vous pourriez vous faire un destin bien plus doux. Si vous faisiez pour moi ce que je fais pour vous. Celle des Vacéens , celle des Ilergètes , Flendraient vos volontés bien plus tôt satisfaites ; La reine avec chaleur saurait vous y servir.

PERPENNA

Vous me l'avez promise, et me l'allez ravir?

SERTORIUS

Que sert que je promette et que je vous la donne , Quand son ambition l'attache à ma personne? Vous savez les raisons de cet attachement. Je vous en ai tantôt parlé confidemment ; Je vous en fais encor la môme confidence. Faites à votre amour un peu de violence ; J'ai triomphé du mien . j'y suis encor tout prit : Mais, s'il faut du parti ménager l'intérêt, Faul-il pousser à bout une reine obstinée , Qui veut faire à son choix toute sa destinée

332 SEUTOHIUS.

Et de qui le secours, depuis plus de dix ans. Nous a mieux soutenus que tous nos partisans?

PERPEXNA.

La trouvez-vous, seigneur, en état de vous nuire?

SERTORIUS

Non , elle ne peut pas tout à fait nous détruire :

Mais , si vous m'enchaînez à ce que j'ai promis ,

Dès demain elle traite avec nos ennemis.

Leur camp n'est que trop proche ; ici chacun murmure ;

Jugez ce qu'il faut craindre en cette conjoncture.

Voyez quel prompt remède on y peut apporter,

Et quel fruit nous aurons de la violenter.

PERPENNA

C'est à moi de me vaincre , et la raison l'ordonne : Mais d'un si grand dessein tout mon cœur qui frissonne . . ,

SERTORIUS

Ne vous contraignez point : dût m'en coûter le jour, Je tiendrai ma promesse en dépit de l'amour.

PERPENNA

Si vos promesses n'ont l'aveu de Viriate...

SERTORIUS

Je ne puis de sa part rien dire qui vous flatte.

PERPENNA

Je dois donc me contraindre, et j'y suis résolu. Oui, sur tous mes désirs je me rends absolu : J'en veux, à votre exemple, être aujourd'hui le maître; Et, malgré cet amour que j'ai laissé trop croître. Vous direz à la reine. . .

SERTORIUS

Eh bien ! je lui dirai?

PERPENNA

Kien, seigneur, rien encor : demain j'y penserai. Toutefois la colère où s'emporte son âme I*(>un'ait dès cette nuit commencer quelque trame.

ACTK IV, SCKNF, IV. 333

Vous lui (lirez , seigneur, tout ce (jue vous voudrez ; Kt je suivrai l'avis que pour moi vous prendrez,

SERTORIUS

Je vous admire et plains.

PERrENNA.

Que j'ai l'àme accablée !

SERTORIUS

Je partage les maux dont je la vois comblée.

Adieu : j'entre un moment pour calmer son chagrin,

Et me rendrai chez vous à l'heure du festin.

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