ACTE V, SCf-lNF I
Si NOUS y prôloiidcz , Jt; cosse d'y prrtciKlriî;
lîn reste d'autre espoir, et plus juste et plus doux,
Saura voir saus chagriu Sertorius à vous.
Mou cœur veut à toute heure immoler à Pompée
Tous les ressentiments de ma place usurpée ;
Et, comme son amour eut peine à me trahir.
J'ai voulu me venger, et n'ai pu le haïr.
Ne me déguisez rien, non plus que je déguise.
VIRIATE
Viriate à son tour vous doit même franchise. Madame; et d'ailleiu-s même on vous en a trop dit. Pour vous dissimuler ce que j'ai dans l'esprit.
J'ai fait venir exprès Sertorius d'Afrique Pour sauver mes États d'un pouvoir tyrannique ; Et mes voisins domptés m'apprenaient que sans lui Nos rois contre Sylla n'étaient qu'un vain appui. Avec un seul vaisseau ce grand héros prit terre ; Avec mes sujets seuls il commença la guerre : Je mis entre ses mains mes places et mes ports. Et je lui confiai mon sceptre et mes trésors. Dès l'abord il sut vaincre , et j'ai vu la victoire Entier de jour en jour sa puissance et sa gloire. Nos rois lassés du joug , et vos persécutés , Avec tant de chaleur l'ont joint de tous côtés , Qu'enfin il a poussé nos armes fortunées Jnsques à vous réduire au pied des Pyrénées. Mais, après l'avoir mis au point où je le voi. Je ne puis voir que lui qui soit digne de moi ; Et , regardant sa gloire ainsi que mon ouvrage , Je périrai plutôt qu'une autre la partage. Mes sujets valent bien que j'aime à leur donner Des monarques d'un sang qui sache gouverner , Uni sache faire tète à vos tyrans du monde. Et rendre notre Espagne en lauriers si féconde ,
336 SERTORÏUS.
Qu'on voie un jour le Pô redouter ses efforts, Et le Tibre lui-même en trembler pour ses bords.
ARISTIE
Votre dessein est grand; mais à quoi qu'il aspire...
VmiATE.
Il m'a dit les raisons que vous me voulez dire.
Je sais qu'il serait bon de taire et différer
Ce glorieux hymen qu'il me fait espérer :
Mais la paLx qu'aujourd'hui l'on offre à ce grand homme
Ouvre trop les chemins et les portes de Rome.
Je vois que , s'il y rentre , il est perdu pom' moi ,
Et je l'en veux bannir par le don de ma foi.
Si je hasarde trop de m'être déclarée ,
J'aime mieux ce péril que ma perte assurée ;
Et, si tous vos proscrits osent s'en désunir,
Nos bons destins sans eux pourront nous soutenir.
Mes peuples aguerris sous votre discipline
N'auront jamais au cœur de Rome qui domine ;
Et ce sont des Romains dont l'unique souci
Est de combattre, vaincre, et triompher ici.
Tant qu'ils verront marcher ce héros à lem* tête.
Ils iront sans frayeur de conquête en conquête.
Un exemple si grand dignement soutenu
Saura... Mais que nous veut ce Romain inconnu?