‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatique (volume 2)Chapitre 196 sur 201 · K L'UTILITÉ ET DES PARTIES · texte numérisé non relu

K L'UTILITÉ ET DES PARTIES

POEME DUAMATIQUE.

Rien que, selon Aristote, le but seul de la poésie dra niatique soit de plaire aux spectateurs, et que la plupart de ces poëmes leur aient plu , je veux bien avouer toutefois que beaucoup d'entre eux n'ont pas alleiiil le but de Fart. « Il ne faut pas prétendre , dit ce philosophe ,, c( que ce genre de poésie nous donne toute sorte de « plaisir, mais seulement celui qui lui est propre; » cl, pour trouver ce plaisir qui lui est propre, et le donner aux spectateurs, il faut suivre les préceptes de l'art, et leur plaire selon ses règles. Il est constant qu'il y a des préceptes, puisqu'il y a un art; mais il n'est pas constant quels ils sont. On convient du nom sans convenir de la chose, et on s'accorde sur les paroles pour contester sur leur signification. Il faut observer l'unité d'action , de lieu et de jour, personne n'en doute * ; mais ce n'est pag une petite difficulté de savoir ce que c'est que cette unité d'action, et jusques où peut s'étendre cette unité de jour et de lieu. Il faut que le poëte traite son sujet selon le \Taisemblable et le nécessaire; Aristote le dit.

' On en doutait tellement du temps de Corneille, que ni les Espagnols ni les Anglais ne connurent cette règle. Les Italiens seuls robscrvèrent. La Sop'wnisbe de Mairet fut la première pièce en France où ces trois unités parurent. Lamotte, homme de beaucoup d'esprit et de talent, mais à paradoxes, a écrit de nos jours contre ces trois unités ; mais relto hérésie en littérature n'a pas fait fortune. ( V. )

et tous SCS interprètes répètent les mêmes mots , qui leur semblent si clairs et si intelligibles, qu'caucun d'eux n'a daigné nous dire, non plus que lui, ce que c'est que ce vraisemblable et ce nécessaire. Beaucoup même ont si peu considéré ce dernier, qui accompagne toujours l'autre chez ce philosophe, hormis une seule fois , où il parle de la comédie, qu'on en est venu jusqu'à établir une maxime très-fausse' , qu'il faut que le sujet ilAinc tragédie soit vraisemblahle ; appliquant ainsi aux conditions du sujet la moitié de ce qu'il a dit de la manière de le traiter. Ce n'est pas qu'on ne puisse faire une tragédie d'un sujet purement vraisemblable; il en donne pour exemple la Fleur d'Agathon, où les noms et les choses étaient de pure invention, aussi bien qu'en la comédie : mais les grands sujets qui remuent fortement les passions, et en opposent l'impétuosité aux lois du devoir ou aux tendresses du sang, doivent toujours aller au delà du vraisemblable, et ne trouveraient aucune croyance parmi les auditeurs , s'ils n'étaient soutenus, ou par l'autorité de l'histoire qui persuade avec empire, ou par la préoccupation de l'opinion commune, qui nous donne ces mêmes auditeurs déjà tout persuadés. Il n'est pas vraisemblable que ^ Médée tue ses enfants , que Clytemnestre assassine son mari , qu'Oreste poignarde

' Cette maxime au contraire est très-vraie , en quelque sens qu'un "entende. Boileau dit, avec raison, dans son Art pnetiqut

Jamais au spectateur n'offrez rien d'incroyable ;

Le vrai peut quelque-fois nette pas vraisemblahle.

line merveille absurde est pour moi sans appas :

L'esprit n'est point ému de ce qu'il ne croît pas. (V. )

' Gela n'est pas commun; mais œla n'est pas saits vraisemhlanee dans l'excès d'une fureur dont on n'est pas le maître. Ces crimes révoltent la nature, et cependant ils sont dans la nature; c'est ce qui les rend si convenables à la tragédie, qui ne veut que du \Tai,mais un vrai rare et terrible. ( V. )

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sa mère; mais l'histoire le dit, et la représentation de ces grands crimes ne trouve point d'incrédules. Il n'est ni vrai ni vraisemblable qu'Andromède, exposée à un monstre marin , aie été garantie de ce péril par un cavalier volant qui avait des ailes aux pieds : mais c'est une fiction que l'antiquité a reçue ; et , comme elle l'a transmise jusqu'à nous, personne ne s'en offense* quand on la voit sur le théâtre. Il ne serait pas permis toutefois d'inventer sur ces exemples. Ce que la vérité ou l'opinion fait accepter serait rejeté, s'il n'avait point d'autre fondement qu'une ressemblance à cette vérité ou à cette opinion. C'est pourquoi notre docteur dit que les sujets viennent de la fortune, qui fait arriver les choses, et non de l'art, qui les imagine. Elle est maîtresse des événements, et le choix qu'elle nous donne de ceux qu'elle nous présente enveloppe une secrète défense d'entreprendre sur elle , et d'en produire sur la scène qui ne soient pas de sa façon. Aussi « les anciennes tragédies c( se sont arrêtées autour de peu de familles , parce qu'il « était arrivé à peu de familles des choses dignes de la <( tragédie. » Les siècles suivants nous en ont assez fourni pour franchir ces bornes, et ne marcher plus sur les pas des Grecs ; mais je né pense pas qu'iLjnous aient donné la liberté de nous écarter de leurs règles. Il faut, s'il se peut, nous accommoder avec elles, et les amener jusqu'à nous. Le retranchement que nous avons fait des chœurs nous obhge à rempUr nos poëmes de plus d'épisodes qu'ils ne faisaient; c'est quelque chose de plus, mais qui ne doit pas aller au delà de leurs maximes, bien qu'il aille au delà de leur pratique.

' Il semble que les sujets d'Andromède , de Phaéton , soient plus faits pour l'opéra que pour la tragédie régulière. L'opéra aime le merveilleux. On est là dans le pays des métamorphoses d'Ovide. La tragédie est 1«3 pays de l'histoire , ou du moins de tout ce qui ressemble à l'histoire par la vraisemblance des faits et par la vérité des mœurs. ( V. )

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Il faut donc savoir quelles sont ces règles ; mais notre malheur est quAristote, et Horace après lui, en ont écrit assez obscurément pour avoir besoin d'interprètes, et que ceux qui leur en ont voulu servir jusques ici ne les ont souvent expliqués qu'en grammairiens ou en philosophes. Comme ils avaient plus d'étude et de spéculation que d'expérience du théâtre, leur lecture nous peut rendre plus doctes, mais non pas nous donner beaucoup de lumières fort sûres pour y réussir.

Je hasarderai quelque chose sur cinquante ans de travail pour la scène, et en dirai mes pensées tout simplement, sans esprit de contestation qui m'engage à les soutenir, et sans prétendre que personne renonce en ma faveur à celles qu'il en aura conçues.

Ainsi, ce que j'ai avancé dès l'entrée de ce discours, que la poésie dramatique a pour but le seul plaisir des spectateurs, n'est pas pour l'emporter opiniâtrement sur ceux qui pensent ennoblir l'art en lui donnant pour objet de profiter aussi bien que de plaire. Cette dispute môme serait très-inutile , puisqu'il est impossible de plaire selon les règles , qu'il ne s'y rencontre beaucoup d'utilité. Il est vrai qu'Aristote, dans tout son Traité de la poétique, n'a jamais employé ce mot une seule fois; qu'il attribue l'origine de la poésie au plaisir que nous prenons à voir imiter les actions des hommes; qu'il préfère la partie du poëme qui regarde le sujet à celle qui regarde les mœurs , parce que cette première contient ce qui agrée le plus , comme les agtiiiions et les péripéties; qu'il fait entrer, dans la délinition de la tragédie , l'agrément du discours dont elle est composée; et qu'il l'estime enfin plus que le poëme épique , en ce qu'elle a de plus la décoration extérieure et la musique, qui délectent puissamment , et qu'étant plus courte et moins diffuse, le plaisir qu'on y prend est plus parfait :

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mais il n'est pas moins vrai qu'Horace nous apprend que nous ne saurions plaire à tout le monde, si nous n y mêlons l'utile ; et que les gens graves et sérieux, les vieillards et les amateurs de la vertu , s'y ennuieront , s'ils n'y trouvent rien à profiter :

Centunœ seniorum agitant expertia frugis.

Ainsi, quoique l'utile n'y entre que sous la forme du délectable, il ne laisse pas d'y être nécessaire; et il vaut mieux examiner de quelle façon il y peut trouver sa place, que d'agiter, comme je Tai déjà dit, une question inutile touchant l'utilité de cette sorte de poëmes. J'estime donc qu'il s'y en peut rencontrer de quatre sortes.

La première consiste aux sentences et instructions morales qu'on y peut semer presque partout : mais il en faut user sobrement, les mettre rarement en discours généraux , ou ne les pousser guère loin , surtout quand on fait parler un homme passionné , ou qu'on lui fait répondi'e par un autre ; car il ne doit avoir non plus de patience pour les entendre, que de quiétude d'esprit pour les concevoir et les dire. Dans les délibérations d'État , où un homme d'importance , consulté par un roi, s'explique de sens rassis, ces sortes de discours trouvent lieu de plus d'étendue ; mais enfin il est toujours bon de les réduire souvent de la thèse à l'hypothèse; et j'aime mieux faire dire à un acteur. L'amour vous donne beaucoup d'inquiétudes , que l'amour donne beaucoup d'inquiétudes aux esprits qu'il possède.

Ce n'est pas que je voulusse entièrement bannir cette dernière façon de s'énoncer sur les maximes de la morale et de la politique. Tous mes poëmes demeureraient bien estropiés, si on en retranchait ce que j'y en ai mêlé ; mais, encore un coup, il ne les faut pas pousser

«ôr; PREMIER DISCOURS

loin sans les appliquer au particulier ; autrement, c'est un lieu commun , qui ne manque jamais d'ennuyer l'auditeur, parce cpi'il fait languir l'action; et, quelque heureusement que réussisse cet étalage de moralités, il faut toujours craindre que ce ne soit un de ces ornements ambitieux qu'Horace nous ordonne de retrancher ' .

J'avouerai toutefois que les discours généraux ont souvent grâce , quand celui qui les prononce et celui qui les écoute ont tous deux l'esprit assez tranquille pour se donner raisonnablement cette patience. Dans le quatrième acte de Méiite , la joie qu'elle a d'être aimée de Tircis lui fait souffrir sans chagrin la remontrance de sa nourrice , qui de son côté satisfait à cette démangeaison qu'Horace attribue aux vieilles gens, de faire des leçons aux jeunes; mais, si elle savait que TJrcis la crût infidèle , et qu'il en fût au déses-

• Il nous semble qu'on ae peut donner de meilleures leçons de goftt, et raisonner avec un jugement plus solide. Il est beau de voir l'auteur de Cinna et de Polyeucte creuser ainsi les principes de l'art dont il fut le père en France. Il est vrai qu'il est tombé souvent dans le défaut qu'il condamne : on pensait que c'était faute de connaître son art , qu'il connaissait pourtant si bien ; il déclare ici qu'il vaut beaucoup mieux mettre les maximes en sentiment que les étaler en préceptes ; et il distingue très-finement les situations dans lesquelles un personnage peut débiter un peu de morale, de celles qui exigent un abandonnement entier à la passion.... Ce sont les passions qui font l'âme de la tragédie. Par conséquent un héros ne doit point prêcher, et doit peu raisonner. Il faut qu'il sente beaucoup, et qu'il agisse.

Pourquoi donc Corneille, dans plus de la moitié de ses pièces, donnet-il tant aux lieux communs de politique, et presque rien aux grands mouvements des passions ? La raison en est, à notre avis, que c'était là le caractère dominant de son esprit. Dans son Othon, par exemple , tous les personnages raisonnent, et pas un n'est animé.

Peut-être aurait-il dû apporter ici un autre exemple que celui de Méiite. Cette comédie n'est aujourd'hui connue que par son titre, et parc»^ quVlle fut le premier ouvrage dramatique de Corneille. (V. )

poir, comme elle l'apprend ensuite , elle n'en souffrirait pas quatre vers. Quelquefois môme ces discours sont nécessaires pour appuyer des sentiments dont le raisonnement ne se peut fonder sur aucune des actions particulières de ceux dont on parle. Rodogune, au premier acte, ne saurait justifier la défiance qu'elle a de Cléopâtre que par le peu de sincérilé qu'il y a d'ordinaire dans la réconciliation des grands après une offense signalée , parce que , depuis le traité de paix , c^tte reine n'a rien fait qui la doive rendre suspecte de cette haine qu'elle lui conserve dans le cœur. L'assurance que prend Mélisse, au quatrième de la Suite du Menteur, sur les premières protostations d'amour que lui fait Dorante , qu'elle n'a vu qu'une seule fois, ne se peut autoriser que sur la facilité et la promptitude que deux amants nés l'un pour l'autre ont à donner croyance à ce qu'ils s'entredisent; et les douze vers qui expriment cette moralité en termes généraux ont tellement plu , que beaucoup de gens d'esprit n'ont pas dédaigné d'en charger leur mémoire. Vous en trouverez ici quelques autres de cette nature. I^a seule règle qu'on y peut établir, c'est qu'il les faut placer judicieusement, et surtout les mettre en la bouche de gens qui aient l'esprit sans embarras, et qui ne soient point emportés par la chaleur de l'action.

La seconde utilité du poème dramatique * se rcn-

' Ni dans la tragédie , ni dans l'histoire , ni dans un discours public , ni dans aucun genre d'éloquence et de poésie, il ne faut peindre la vei'tu odieuse et le vice aimable. C'est un devoir assez connu. Ce précepte n'appartient pas plus à la tragédie qu'à tout autre genre ; mais de savoir s'il faut que le crime soit toujours récompensé et la vertu toujours punie sur le théâtre, c'est une autre question. La tragédie est un tableau des grands événements de ce monde ; et malheureusement plu? 19 vertu est infortunée, plus le tableau est vrai. Intéressez, cest le de-:

contre en la naïve peinture des vices et des vertus ^ qui ne manque jamais à faire son effet quand elle est bien achevée, et que les traits en sont si reconuaissables , qu'on ne les peut confondre l'un dans l'autre, ni prendre le vice pour la vertu. Celle-ci se fait alors toujours aimer, quoique malheureuse ; et celui-là se fait toujours haïr, bien que triomphant. Les anciens se sont fort souvent contentés de cette peinture, sans se mettre en peine de faire récompenser les bonnes actions , et I punir les mauvaises : Clytemnestre et son adultère tuent Agamemnon impunément ; Médée en fait autant de ses enfants, et Atrée de ceux de son frère Thyeste , qu'il lui fait manger. Il est vrai qu'à bien considérer ces actions, qu'ils choisissaient pour la catastrophe de leurs tragédies, c'étaient des criminels qu'ils faisaient punir, mais par des crimes plus grands que les leurs. Thyeste avait abusé de la femme de son frère; mais la vengeance qu'il en prend a quelque chose de plus affreux que ce premier crime. Jason était un perfide d'abandonner Médée, à qui il devait tout; mais massacrer ses enfants à ses yeux est quelque chose de plus. Clytemnestre se plaignait des concubines qu'Agamemnon ramenait de Troie; mais il n'avait point attenté sur sa vie, comme elle fait sur la sienne : et ces maîtres de l'art ont trouvé le crime de son fils Oreste , qui la tue pour venger son père , encore plus grand que le sien , puisqu'ils lui ont donné des Furies vengeresses pour le tourmenter, et n'en ont point donné à sa mère, qu'ils font jouir paisiblement avec son iîlgislhe du royaume d'un mari qu'elle avait assassiné.

Notre théâtre souffre difficilement de pareils sujets. Le Thyeste de Sénèque n'y a pas été fort heureux :

voir du poëte ; rendez la vertu respectable , c'est le devoir de tout homme. (V.)

SUR LE POEME DRAMATIQUE. .îvj

Médée y a trouvé plus de faveur; mais aussi , à le Ijieu prendre, la perfidie de Jason et la violence du roi du Corinthe la font paraître si injustement opprimée, que l'auditeur entre aisément dans ses intérêts, et regarde sa vengeance comme une justice qu'elle se fait ellemême de ceux qui l'oppriment.

C'est cet intérêt qu'on aime à prendre pour les ver^ tucux qui a obligé d'en venir à cette autre manière de finir le poëme dramatique par la punition des mauvaises actions et la récompense des bonnes, qui n'est pas un précepte de l'art, mais un usage que nous avons em- [brassé , dont chacun peut se départir à ses périls. Il était dès le temps d'Aristote, et peut-être qu'il ne plaisait pas trop à ce philosophe , puisqu'il dit « qu'il n'a « eu vogue que par l'imbécillité du jugement des specc( tateurs, et que ceux qui le pratiquent s'accomrao- « dent au goût du peuple, et écrivent selon les souhaits « de leur auditoire. » En effet, il est certain que nous ne saurions voir un honnête homme sur notre théâtre sans lui souhaiter de la prospérité , et nous fâcher de ses infortunes \ Cela fait que quand il en demeure accablé, nous sortons avec chagrin, et remportons une espèce d'indignation contre l'auteur et les acteurs : mais, quand l'événement remplit nos souhaits, et que la vertu y est couronnée, nous sortons avec pleine joie,

' On ne sort point indigné contre Racine et contre les comédiens de la mort de Britannicus et de celle d'Hippolyte. On sort enchanté du rôle de Phèdre et de celui de BuiThus. On sort la tête remplie des vers admirables qu'on a entendus.

Et que tout ce qu'il dit, facile à retenir,

De son ouvrage en vous laisse un long souvenir.

C'est là le grand point. C'est le seul moyen de s'assurer un succès éternel ; c'est le mérite d'Auguste et de CInna ; c'est celui de Sévère dans- Polycudc. fV.)

et remportons une entière satisfaction et de l'ouvrage, et de ceux qui Font représenté. Le succès heureux de la vertu , en dépit des traverses et des périls , nous excite à l'embrasser; et le succès funeste du crime ou de l'injustice est capable de nous en augmenter l'horreur naturelle , par l'appréhension d'un pareil malheur.

C'est en cela que consiste la troisième utilité du théâtre , comme la quatrième en la purgation des pas-^ sions par le moyen de la pitié et de la crainte ^ Mais, comme cette utilité est particulière à la tragédie, je m'expliquerai sur cet article au second volume , où je traiterai de la tragédie en particulier, et passe à l'examen des parties qu'Aristote attribue au poëme dramatique. Je dis au poëme dramatique en général, bien qu'en traitant cette matière il ne parle que de la tragédie, parce que tout ce qu'il en dit convient aussi à la comédie, et que la différence de ces deux espèces de poëmes ne consiste qu'en la dignité des personnages , et des actions qu'ils imitent, et non pas en la^açon de les imiter, ni aux choses qui servent à cette imitation.

Le poëme est composé de deux sortes de parties. Les unes sont appelées parties de quantité, ou d'extension *; et Aristote en nomme quatre : le prologue , l'épisode , l'exode, et le chœiu'. Les autres se peuvent nommer des

' Pour la purgation des passions, je ne sais pas ce que c'est que cette médecine. Je n'entends pas comment la crainte et la pitié purgent, selon Aristote ; mais j'entends fort bien comment la crainte et la pitié agitent notre âme pendant deux heures , selon la nature , et comment il en résulte un plaisir très-noble et très-délicat , qui n'est bien senti que par les esprits cultivés. Sans cette crainte et cette pitié, tout languit au théâtre. Si on ne remue pas l'ame , on l'affadit. Point de milieu entre s'attendrir et s'ennuyer. (V.)

' Il est à croire que ni Molière, ni Racine, ni Corneille lui-mémo , ne jiensèrent aux parties de quantité et aux parties intégrantes, quand il? tirent leurs chefs-d'œuvre. ( V. )

parties intégrantes, qui se rencontrent dans chacune de ces premières pour former tout le corps avec elles. Ce philosophe y en trouve six : le sujet, les mœurs , les sentiments, la diction, la musique, et la décoration du théâtre. De ces six, il n'y a que le sujet dont la bonne constitution dépende proprement de Fart poétique ; les autres ont besoin d'autres arts subsidiaires : les mœurs, de la morale ; les sentiments , de la rhétorique; la diction , de la grammaire ; et les deux autres parties ont chacune leur art , dont il n'est pas besoin que le poëte soit instruit, parce qu'il y peut faire suppléer par d'autres que lui, ce qui fait qu'Aristote ne les traite pas. Mais comme il faut qu'il exécute lui-même ce qui concerne les quatre premières, la connaissance des arts dont elles dépendent lui est absolument nécessaire , à moins qu'il aie reçu de la nature un sens commun assez fort et assez profond pour suppléer à ce défaut.

Les conditions du sujet sont diverses pour la tragédie et pour la comédie. Je ne toucherai à présent qu'à ce qui regarde cette dernière , qu'Aristote * définit simplement une imitation de personnes basses et fourbes. Je ne puis m'empècher de dire que cette définition ne me satisfait point; et, puisque beaucoup de savants tiennent que son Traité de la Poétique n'est pas venu tout entier jusqu'à nous, je veux croire que dans ce que le temps nous a dérobé il s'en rencontrait une plus achevée^

' Corneille a bien raison de ne pas approuver la déflnition d'Aristote, et 'probablement l'auteur du Misanthrope ne l'approuva pas davantage. Apparemment Aristotc étaijii séduit par la réputation qu'avait usurpée ce bouffon d'Aristophane, bas et fourbe lui-même, et qui avait toujours peint ses semblables. Aristote prend ici la partie pour le tout, et l'accessoire pour le principal. Les principaux personnages de Ménandre et de Térence , son imitateur, sont honnêtes. Il est permis de mettre des coquins sur la scène ; mais il est beau d'y mettre des gens de bien. (V.)

La poésie dramatique , selon lui , est une imitation des actions ; et il s'arrête ici à la condition des personnes, pans dire quelles doivent ôtre ces actions. Quoi qu'il eu goit , cette définition avait du rapport à l'usage de son temps , où l'on ne faisait parler, dans la comédie , que des personnes d'une condition très-médiocre ; mais elle n'a pas une entière justesse pour le nôtre , où les rois même y peuvent entrer, quand leurs actions ne sont point au-dessus d'elle. Lorsqu'on met- sur la scène un simple intrique ^ d'amour entre des rois , et qu'ils no courent aucun péril, ni de leur vie, ni de leur État, je ne crois pas que, bien que les personnes soient illustres * , l'action le soit assez pour s'élever jusqu'à la tragédie. Sa dignité demande quelque grand intérêt d'État, ou quelque passion plus noble et plus mâle que l'amour, telles que sont l'ambition ou la vengeance, et veut donner à craindre des malheurs plus grands que la perte d'une maltresse. 11 est à propos d'y mêler l'amour, parce qu'il a toujours beaucoup d'agrément , et peut servir de fondement à ces intérêts, et à ces autres passions dont je parle; mais il faut qu'il se contente du second rang dans le poëme, et leur laisse le premier.

Cette maxime semblera nouvelle d'abord; elle est toutefois de la pratique des anciens , chez qui nous ne

' On écrivait abrs inïrlque, au lieu de intrigue, et on donnait à ce mot le genre masculin. ( Par. )

^ Nous sommes entièrement de l'avis de Corneille. Bérénice ne noas paraît pas ime tragédie; l'élégant et habile Racine trouva, à la vérité, le secret de faire de ce sujet une pièce très-intéressante; mais ce n'est pas vme tragédie : c'est , si l'on veut , une comédie héroïque , une idylle , une églogue entre des princes , un dialogue admirable d'amour, une très-belle paraphrase de Sapho et non pas de Sophocle , une élégie charmante ; ce sera tout ce qu'on voudro , mais ce n'est point, encore une fois, une tragédie. (V.)

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voyons aucune tragédie où il n'y aie qu'un intérêt d'amour à démêler. Au contraire, ils l'en bannissaient souvent ; et ceux qui voudront considérer les miennes reconnaîtront qu'à leur exemple je ne lui ai jamais laissé y prendi'e le pas devant, et que dans le Cid même, qui est sans contredit la pièce la plus remplie d'amour que j'aie faite , le devoir de la naissance et le soin de l'honneur l'emportent sur toutes les tendresses qu'il inspire aux amants que j'y fais parler.

Je dirai plus. Bien qu'il y aie de grands intérêts d'Etat dans un poëme, et que le soin qu'une personne royale doit avoir de sa gloire fasse taire sa passion , comme en Bon Sanche, s'il ne s'y rencontre point de péril de vie, de perte d'États, ou de bannissement, je' ne pense pas qu'il aie droit de prendre un nom plus relevé que celui de comédie; mais, pour répondre aucunement à la dignité des personnes dont celui-là représente les actions , je me suis hasardé d'y ajouter l'épithète d'héroïque , pour le distinguer d'avec les comédies ordinaires. Cela est sans exemple parmi les anciens; mais aussi il est sans exemple parmi eux de mettre des rois sur le théâtre sans quelqu'un de ces grands périls^ Nous ne devons pas nous attacher si servilement à leur imitation, que nous n'osions essayer quelque chose de nous-mêmes, quand cela ne renverse point les règles de l'art ; ne fût-ce que pour mériter cette louange que donnait Horace aux poètes de son temps , — -

IScc minimum meruere dectis, vestigia grœca Ausi dcserere ,

et n'avoir point de part en ce honteux éloge :

0 imitatores, scrvum pecus '.

« Ce qui nous sert maintenant exemple , dil Tacite , a

« été autrefois sans exemple ; et ce que nous faisons sans « exemple en pourra servir un jour. »

La comédie diffère donc en cela de la tragédie, que celle-ci veut pour son sujet une action illustre , extraordinaire , sérieuse ; celle-là s'arrête à une action commune et enjouée; celle-ci demande de grands périls pour ses héros ; celle-là se contente de l'inquiétude et des déplaisirs de ceux à qui elle donne le premier rang parmi ses acteurs. Toutes les deux ont cela de commun, que cette action doit être complète et achevée ; c'est-àdire que dans l'événement qui la termine le spectateur doit être si bien instruit des sentiments de tous ceux qui y ont eu quelque part, qu'il sorte l'esprit en repos, et ne soit plus en doute de rien. Ginna conspire contre Auguste ; sa conspiration est découverte , Auguste le fait arrêter. Si le poëme en demeurait là, l'action ne serait pas complète, parce que l'auditeur sortirait dans l'incertitude de ce que cet empereur aurait ordonné de cet ingrat favori. Ptolomée craint que César, qui vient en Egypte , ne favorise sa sœur dont il est amoureux , et ne le force à lui rendre sa part du royaume , que son père lui a laissée par testament : pour attirer la faveur de son côté par un grand service , il lui immole Pompée ; ce n'est pas assez ; il faut voir comment César recevra ce grand sacrifice. Il arrive, il s'en fâche, il menace Ptolomée , il le veut obliger d'immoler les conseillers de cet attentat à cet illustre mort ; ce roi , surpris de cette réception si peu attendue, se résout à prévenir César, et conspire contre lui , pour éviter, par sa perte, le malheur dont il se voit menacé. Ce n'est pas encore assez , il faut savoir ce qui réussira de cette conspiration. César en a l'avis, et Ptolomée, périssant dans un combat avec ses ministres, laisse Cléopàtre en paisible possession du royaume dont elle demandait la moitié,

ot César hors de péril; l'auditeur n'a plus rien à demander, et sort satisfait, parce que l'action est complète.

Je connais des gens d'esprit*, et des plus savants en Fart poétique, qui m'imputent d'avoir négligé d'achever le Cid, et quelques autres de mes poèmes, parceque je n'y conclus pas précisément le mariage des premiers acteurs, et que je ne les envoie point marier au sortir du théâtre. A quoi il est aisé de répondre que le mariage n'est point un achèvement nécessaire pour la tragédie heureuse, ni même pour la comédie. Quant à la première , c'est le péril d'un héros qui la constitue; €t lorsqu'il en est sorti, l'action est terminée. Bien qu'il aie de l'amour, il n'est point besoin qu'il parle d'épouser sa maîtresse quand la bienséance ne le permet pas; et il suffit d'en donner l'idée après en avoir levé tous les empêchements, sans lui en faire déterminer le jour. Ce serait une chose insupportable que Chimène en convint avec Rodrigue dès le lendemain qu'il a tué son père; et Rodrigue serait ridicule s'il faisait la moindre démonstration de le désirer. Je dis la même chose d'Antiochus. Il ne pourrait dire de douceurs à Rodogunc qui ne fussent de mauvaise grâce, dans l'instant que sa mère vse vient d'empoisonner à leurs yeux, et meurt dans la rage de n'avoir pu les faire périr avec elle. Pour la comédie, Aristote ne lui impose point d'autre devoir pour conclusion que de rendre amis ceux qui étaient ennemis.

• Ces savants en l'art poétique ne paraissent pas savants dans la connaissance du cœur humain. Corneille en savait beaucoup plus (ju'eux. Ce qui nous paraît ici de plus extraordinaire, c'est que, dans les premiers temps si tumultueux de la grande réputation du Cid, les ennemis de Corneille lui reprochaient d'avoir marie Chiméne avec le mcurtiner de son père le propre jour de sa mort, ce qui n'était pas vrai : au contraire la pièce finit par ce beau vers ;

Laisse faire le temps, ta vaillance, ot ton roi. (V. )

:5r,r, Î>REM1ER DISCOURS

Ce qu'il faut entendre un peu plus généralement que les termes ne semblent porter, et l'étendre à la réconciliation de toute sorte de mauvaise intelligence; comme quand un fils rentre aux bonnes grâces d'un père qu'on a vu en colère contre lui pour ses débauches, ce qui est une fm assez ordinaire aux anciennes comédies; ou que deux amants , séparés par quelque fourbe qu'on leur a faite, ou par quelque pouvoir dominant, se réunissent par l'éclaircissement de cette fourbe , ou par le consentement de ceux qui y mettaient obstacle; ce qui arrive presque toujours dans les nôtres, qui n'ont que trèsrarement une autre fin que des mariages. Nous devons toutefois prendre garde que ce consentement ne vienne pas par un simple changement de volonté, mais par un événement qui en fournisse l'occasion. Autrement il n'y aurait pas grand artifice au dénoûment d'une pièce, si, après l'avoir soutenue, durant quatre actes, sur l'autorité d'un père qui n'approuve point les inclinations amoureuses de son fils ou de sa fille , il y consentait tout d'un coup au cinquième, par cette seule raison que c'est le cinquième , et que l'auteur n'oserait en faire six. Il faut un effet considérable qui l'y oblige , comme si l'amant de sa fille lui sauvait la vie en quelque rencontre où il fût près d'être assassiné par ses ennemis; ou que , par quelque accident inespéré , il fût reconnu pour être de plus grande condition, et mieux dans la fortune, qu'il ne paraissait.

Comme il est nécessaire que l'action soit complète , il faut aussi n'ajouter rien au delà; parce que, quand l'effet est arrivé, l'auditeur ne souhaite plus rien, et s'ennuie de tout le reste. Ainsi les sentiments de joie qu'ont deux amants qui se voient réunis après de longues traverses doivent être bien courts; et je ne sais pas quelle grâce a eue chez les Athéniens la contestation

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de Ménélas et de Teucer pour la sépulture d'Ajax , que Sophocle fait mourir au quatrième acte; mais je sais bien que, de notre temps, la dispute du même Ajax et d'Ulysse pour les armes d'Achille après sa mort lassa fort les oredles, bien qu'elle partit d'une bonne main. Je ne puis déguiser même que j'ai peine encore à comprendre comment on a pu souffrir le cinquième acte de Mélite et de la Veuve. On n'y voit les premiers acteurs que réunis ensemble, et ils n'y ont pliis d'intérêt qu'à savoir les auteurs de la fausseté ou de la violence qui les a séparés. Cependant ils en pouvaient être déjà instruits , si je l'eusse voulu , et semblent n'être plus sur le théâtre que pour servir de témoins au mariage de ceux du second ordre ; ce qui fait languir toute cette fin, où ils n'ont point de part. Je n'ose attribuer le bonheur qu'eurent ces deux comédies à lëgnorance des préceptes, qui était assez générale en ce temps-là, d'autant que ces mêmes préceptes, bien ou mal observés, doivent faire leur effet, bon ou mauvais, sur ceux même qui , faute de les savoir, s'abandonnent au courant des sentiments naturels : mais je ne puis que je n'avoue du moins que la vieille habitude qu'on avait alors à ne voir rien de mieux ordonné a été cause qu'on ne s'est point indigné contre ces défauts, et que la nouveauté d'un genre de comédie très-agréable , et qui jusque-là n'avait point paru sur la scène, a fait qu'on a voulu trouver belles toutes les parties d'un corps qui plaisait à la vue, bien qu'il n'eût pas toutes ses proportions dans leur justesse.

La comédie et la tragédie se ressemblent encore en ce que l'action qu'elles choisissent pour imiter « doit avoir « une juste grandeur, c'est-à-dire^ qu'elle ne doit

■ Tout ce qu'ont dit Aristote et Corneille sur ce commencement, ce

« être, ni si petite qu'elle échappe à la vue comme « un atome, ni si vaste qu'elle confonde la mémoire « de l'auditeur et égare son imagination. « C'est ainsi qu'Aristote explique cette condition du poëme, et ajoute que, « pour être d'une juste grandeur, elle doit avoir « un commencement, un milieu, et une fin. » Ces termes sont si généraux, qu'ils semblent ne signifier rien; mais, à les bien entendre, ils excluent les actions momentanées qui n'ont point ces trois parties. Telle est peut-être la mort de la sœur d'Horace , qui se fait tout d'un coup sans aucune préparation dans les trois actes qui la précèdent; et je m'assure que si Cinna attendait au cinquième à conspirer contre Auguste , et qu'il consumât les quatre autres en protestations d'amour à Emilie, ou en jalousie contre Maxime, cette conspira^ tion surprenante îecait bien des révoltes dans les esprits, à qui ces quatre premiers auraient fait attendre tout autre chose.

Il faut donc qu'une action, pour être d'une juste grandeur, aie un commencement, un milieu, et une fin. Cinna conspire contre Auguste , et rend compte de sa conspiration à Emilie , voilà le commencement; Maxime en fait avertir Auguste, voilà le milieu; Auguste lui pardonne, voilà la fin. Ainsi, dans les comédies de ce premier volume, j'ai presque toujours établi deux amants en bonne intelligence; je les ai brouillés en-semble par quelque fourbe , et les ai réunis par l'éclair^ cissement de cette même fourbe qui les séparait.

A ce que je viens de dire de la juste grandeur de l'ac^

milieu et cette fin , est incontestable. Et la remarque de Corneille sur le meurtre de Camille par Horace est très-fine ; on ne peut trop estimer la candeur et le génie d'un homme qui recherche un défaut dans un de ses ouvrages, étincelant des plus grandes beautés, qui trouve la cause de ce défaut , et qui l'explique. { V. )

tion, j'ajoute un mot touchant celle de sa repr^cscntaiion, que nous bornons d'ordinaire à un peu moins de deux heures. Quelques-uns réduisent le nombre des vers qu'on y récite à quinze cents*, et veulent que les pièces de théâtre ne puissent aller jusqu'à dix-huit, sans laisser un chagrin capable de faire oublier les plus l)elles choses. J'ai été plus heureux que leur règle ne me le permet, en ayant donné pour l'ordinaire deux mille aux comédies, et un peu plus de dix-huit cents aux tragédies, sans avoir sujet de me plaindre que mon auditoire ait montré trop de chagrin pour cette longueur.

C'est assez parlé du sujet de la comédie, et des conditions qui lui sont nécessaires. La vraisemblance en est une dont je parlerai en un autre lieu ; il y a, de plus, que les événements en doivent toujours être heureux, ce qui n'est pas une obligation de la tragédie, où nous avons le choix de faire un changement de bonheur en malheur, ou de malheur en bonheur. Cela n'a pas besoin de commentaire. Je viens à la seconde partie du poëme , qui sont les mœurs.

Aristote leur prescrit quatre conditions : qu'elles soient bonnes, convenables, semblables, et égales. Ce sont

• Deux mille vers, dix-huit cents, quinze cents, douze cents, il n'importe : ce ne sera pas trop de deux mille vers, s'ils sont bien faits, s'ils sont intéressants; ce sera trop de douzo cents, s'ils ennuient. Il est vrai que, depuis l'excellent Racine, nous avons eu des tragédies trèslongues , et généralement très-mal écrites, qui ont eu de grands succès , soit par la force du sujet, soit par des vei*s heureux qui brillaient à travers la barbarie du style, soit encore par des cabales qui ont tant d'influence au tliéûtre ; mais il demeure toujours très-vrai que douze cents bons vers valent mieux que dix-huit cents vers obscurs , enflés , pleins de solécisnies ou de lieux communs i)ires que des solécismes. Ils peuvent passer sur le théâtre à la faveur d'une déclamation imposante ; mais ils sont à jamais réprouves par tous les lecteurs judicieux. ( V. ) -

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