‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatique (volume 2)Chapitre 5 sur 201 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

LAONICE, ÏIMAGÈNE.

LAONICE

Kiilin ce jour pompeux , cet heureux jour uous luit , Qui d'uu troul)le si long- doit dissiper la nuit; Ce grand jour où l'hymen , étouffant la vengeance, Feutre le Parthe et nous remet rintelligencc, Affranchit sa princesse, et nous fait pour jamais^ Du motif de la guerre un lien de la paix ; Ce grand jour est venu, mon frère , où notre reine , Cessant de plus tenir la couronne incertaine, l>()it rompre aux yeux de tous son silence obstiné, l)(! deuxj)rinccs jumeaux nous déclarer l'alné : Et l'avantage seul d'un moment de naissance ^ Dont elle a jusqu'ici caché la connaissance, !\I(;ttant au plus heureux le sceptre dans la main. Va faire l'un sujets et l'autre souverain. Mais ^admirez-vous point que cette même reiiKî Le donne pour époux à l'objet de sa haine , Et n'en doit faire un roi qu'afui de couronner Celle que dans les fers elle aimait à gêner? Uodogune , par elle en esclave traitée , Par elle se va voir sur le trône montée ,

' Les vai'iaiilcs ont été icciit'iUics dans l'édition de 1647. * Vak. Des rartlics avec nous remet rintclliscnco ,

Affianiliit leur princesse , et nous fait pour jtniais.

12 RODOGLNE.

Puisque celui des deux qu'elle nommera roi Lui doit donner la main et recevoir sa foi.

TIMAGÈNE

Pour le mieux admirer, trouvez bon , je vous prie ,

Que j'apprenne de vous les troubles de Syrie.

J'en ai vu les premiers , et me souviens encor

Des malheureux ^ccèsdu grand roi Nicanor,

Quand , des Parthes vaincus pressant l'adroite fuite * ,

Il tomba dans leurs fers au bout de sa poursuite.

Je n'ai pas oublié que cet événement

Du perfide Tryphon fit le soulèvement.

Voyant le roi captif, la reine désolée ,

il crut pouvoir saisir la couronne ébranlée ;

Et le sort, favorable à son lâche attentat.

Mit d'abord sous ses lois la moitié de l'État.

La reine , craignant tout de ces nouveaux orages' ,

En sut mettre à l'abri ses plus précieux gages;

Et, pour n'exposer pas l'enfance de ses fils,

Me les fit chez son frère enlever à Memphis.

Là , nous n'avons rien su que de la renommée.

Qui , par un bruit confus diversement semée ,

N'a porté jusqu'à nous ces grands renversements ^

Que sous l'obscurité de cent déguisements.

^ AB. Quand . poursuivant le Parthe , et ravageant sa terre , U fat de son vainqueur son prisonnier de guerre.

V\R. La reine , succombant sous de si prompts orages , En voulut à l'abri mettre ses plus chers gages Ses fils encore enfants , qui , par un sage avis , Passèrent en Egypte , où je les ai suivis.

Vab. Cliangeant de bouche en bouche , au lieu de vérités, N'a porté jusqu'à nous que des obscurités.

LAOMCE.

Sachez donc qu'en trois ans gagnant quatre bataille-^ Tryphon nous réduisit à ces seules murailles . Les assiège , les bat : et, pour dernier effroi . Il s'v coule un faux bruit tourbant la mort du roi.

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