A MONSEIGNEUR SÉGUIER
riUNCEUEn DE PRANCE.
Monseigneur,
Je sais que cette tragédie n'est pas d'un genre assez relevé pour espérer légitimement que vous y daigniez jeter les yeux, et que, pour offrir quelque chose ;\ Votre Grandeur qui n'en fût pas entièrement indigne, j'aurais eu besoin d'une parfaite peinture de toute la vertu d'un Caton ou d'un Sénèque ; mais comme je tâchais d'amasser des forces pour ce grand dessein, les nouvelles faveurs que j'ai reçues de vous m'ont donné une juste impatience de les publier; et les applaudissements qui ont suivi les représentations de ce poëme m'ont fait présumer que sa bonne fortune pourrait suppléer à sou peu de mérite. La curiosité que son récit a laissée dans les esprits pour sa lecture m'a flatté aisément , jusques à me persuader que je ne pouvais prendre une plus heureuse occasion de leur faire savoir combien je vous suis redevable; et j'ai précipité ma reconnaissance, quand j'ai considéré qu'autant que je la différerais pour m'en acquitter plus dignement, autant je demeurerais dans les apparences d'une ingratitude inexcusable envers vous. Mais quand même les dernières obligations que je vous ai ne m'auraient pas fait cette glorieuse violence , il faut que je vous avoue ingénument que les intérêts de ma propre réputation m'en imposaient une très-pressante nécessité. Le bonheur de mes ouvrages ne la porte en aucun lieu où elle ne demeure fort douteuse, et où l'on ne se défie, avec raison, de ce qu'en dit la voix pubhque, parce que aucun d'eux n'y fait connaître riionneur que j'ai d'être connu de vous. Cependant on
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suit par loute l'Europe racciu'il favorable que Votir Grandeur fait aux gens de lettres; que l'accès auprès de vous est ouvert et libre à tous ceux que les sciences ou b-talents de l'esprit élèvent au-dessus du commun; que les caresses dont vous les honorez sont les marques les plus indubitables et les plus solides de ce qu'ils valent ; et qu'enfin nos plus belles muses, que feu monseigneur le cardinal de Richelieu avait choisies de sa main pour en composer un corps tout d'esprits, seraient encore inconsolables de sa perte , si elles n'avaient trouvé chez Votre Grandeur la même protection qu'elles rencontraientchez SonÉminence. Quelle apparence donc qu'en (|uelque climat où notre langue puisse avoir entrée, on puisse croire qu'un honmie mérite quelque véritable estime , si ses travaux n'y portent les assurances de l'état que vous en faites dans les hommages qu'il vous en doit? Trouvez bon, Monseigneur, que celui-ci , plus heureux que le reste des miens, affranchisse mon nom de ne vous en avoir point encore rendu, et que, pour affermir ce peu de réputation qu'ils m'ont acquis, il tire mes lectem's d'un doute si légitime, en leur apprenant non-seulement que je ne vous suis pas tout à fait inconnu, mais aussi même que votre bonté ne dédaigne pas de répandre sur moi votre bienveillance et vos grâces : de sorte que , quand votre vertu ne me donnerait pas toutes les passions imaginables pour votre service, je serais le plus ingrat de tous les hommes, si jt3 n'étais toute ma vie très-véritablement .
Monseigneur.
Votre très-liumbic , très-obéissani , et très-li<lèle serviteur,