‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatique (volume 2)Chapitre 52 sur 201 · PHOCAS, CRISPE · texte numérisé non relu

PHOCAS, CRISPE

PHOCAS

Crispe, il n'est que trop vrai , la plus belle couronne N'a que de faux brillants dont l'éclat l'environne ; Et celui dont le ciel pour un sceptre fait choix , Jusqu'à ce qu'il le porte , en ignore le poids. Mille et mille douceurs y semblent attachées. Qui ne sont qu'un amas d'amertumes cachées : Qui croit les posséder les sent s'évanouir. Et la peur de les perdre empêche d'en jouir' : Surtout qui, comme moi, d'une obscure naissance Monte par la révolte à la toute-puissance , Qui de simple soldat à l'empire élevé Ne l'a que par le crime acquis et conservé ; Autant que sa fureur s'est immolé de tètes, Autant dessus la sienne il croit voir de tempêtes; Et comme il n'a semé qu'épouvante et qu'horreur, Il n'en recueille enfin que trouble et que terreur. J'en ai semé beaucoup ; et depuis quatre lustres Mon trône n'est fondé que sur des morts illustres; Et j'ai mis au tombeau , pour régner sans effroi , Tout ce que j'en ai vu de plus digne que moi.

I Les vai janlns soiil liié<;s de l'édition de «647.

: Vab. K< la peur (!«■ les perdre Ole Tlieur d'en jouir.

• 02 HÉRACLIUS

Mais le sang répandu de l'empereur Maurice ,

Ses cinq fils à ses yeux envoyés au supplice ,

En vain en ont été les premiers fondements ,

Si pour m'ôter ce trône ils servent d'instruments \

On en fait revivre un au bout de vingt années :

Byzance ouvre, dis-tu, l'oreille à ces menées;

Et le peuple , amoureux de tout ce qui me nuit ,

D'une croyance avide embrasse ce faux bruit,

Impatient déjà de se laisser séduire

Au premier imposteur armé pour me détruire ,

Qui , s'osant revêtir de ce fantôme aimé ,

Voudi^a servir d'idole à son zèle charmé.

Mais sais-tu sous quel nom ce fâcheux bruit s'excite?

CRISPE

11 nomme Héraclius celui qu'il ressuscite.

Quiconque en est l'auteur devait mieux l'inventer. Le nom d'Héraclius doit peu m'épouvanter; Sa mort est trop certaine, et fut trop remarquable , Pour craindre un grand effet d'une si vaine fable. Il n'avait que six mois ; et , lui perçant le flanc , On en fit dégoutter plus de lait que de sang ; Et ce prodige affreux, dont je tremblai dans Fàme^ Fut aussitôt suivi de la mort de ma femme. Il me souvient encor qu'il fut deux jours caché. Et que sans Léontine on l'eût longtemps cherché : Il fut hvré par elle , à qui , pom^ récompense , Je donnai de mon fils à gouverner l'enfance. Du jeune Martian, qui, d'âge presque égal. Était resté sans mère en ce moment fatal ^. Juge par là combien ce conte est ridicule.

N Ai;. Si |wui les ébranler ils servent d'instvunionls. \ AH, Était reste sans mère à ce nioin.;nt fatal.

ACTK I, SCKNE 11. loi

CRISPIi.

luiil iidicule il plaît, et le peuple est crédule ; Mais avant qu'à ce conte il se laisse emporter, H vous est trop aisé do le faire avorter.

Quand vous fitcs périr Maurice et sa famille , Il vous en plut, seigneur, réserver une fille. Et résoudre dès lors qu'elle aurait poiu* ««pouv Ce prince destiné pour régner après vous. Le peuple en sa personne aime encore et révère Et son père Maurice et son aïeul Tibère , Et vous verra sans trouble en occuper le rang S'il voit tomber leur sceptre au reste de leur sang. Non , il ne courra plus après l'ombre du frère , S'il voit monter la sœur dans le trône du père. Mais pressez cet hymen : le prince aux champs de Mars, (:ha(iue jour, chaque instant, s'offre a mille hasards; Et n'eût été Léonce , en la dernière guerre , Ce dessein avec lui serait tombé par terre, Puisque, sans la valeur de ce jeune guerrier, Marlian demeurait ou mort ou prisonnier. Avant que d'y périr, s'il faut (ju'il y périsse. Qu'il vous laisse un neveu qui le soit de Maurice , Et qui, réunissant l'une et l'autre maison , Tire chez vous l'amour qu'on garde pour son nom.

PUOCAS.

Hélas ! de quoi me sert ce dessein salutaire , Si pour en voir l'effet tout me devient contraiie? Pulchérie et mon fils ne se montrent d'accord '. Qu'à fuir cet hy menée à l'égal de la mort ; Et les aversions entre eux deux mutuelles Les font d'intelligence à se montrer rebelles. L;i princesse surtout frémit à mon aspect;

V bi., rtili.hciii' cl mon lils no se Uouvciil da- 1 o.il.

\04 HERACLIUS

Et, quoiqu'elle étudie uii peu de faux respect. Le souvenir des siens, Torgueil de sa naissance, L'emporte à tout moment à braver ma puissance. Sa mère, que longtemps je voulus épargner. Et qu'en vain par douceur j'espérai de gagner. L'a de la sorte instruite ; et ce que je vois suivre Me punit bien du trop que je la laissai vivre.

CRISPE

11 faut agir de force avec de tels esprits , Seigneur, et qui les flatte endurcit leurs mépris. La violence est juste où la douceur est vaine.

PHOCAS

C'est par là qu'aujourd'hui je veux dompter sa haine. Je l'ai mandée exprès, non plus pour la flatter. Mais pom' prendre mon ordre et pour l'exécuter.

CRISPE

Elle entre.

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