‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatique (volume 2)Chapitre 55 sur 201 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

Mon cœur, ([ui résistait, fut contraint de céder; iMais pour remettre un jour l'empire cji sa famille Je lis ce que je pus, je conservai sa fille , Et, sans avoir besoin de titres ni d'appui, Je te fais part d'un bien qui n'était plus à lui.

PULCUÉRIE.

Un chétif centenier des troupes de Mysie,

Qu'un gros de mutinés élut par fantaisie ,

Oser arrog-amment se vanter à mes yeux

D'être juste seigneur du bien de mes aïeux 1

Lui qui n'a pour l'empire autre droit que ses crimes,

Lui qui de tous les miens fit autant de victimes ,

Croire s'être lavé d'un si noir attentat

En imputant leur perte au salut de l'État !

Il fait plus, il me croit digne de cette excuse!

Souffre, souffre à ton tour que je te désabuse :

Apprends que si jadis quelques séditions

Usurpèrent le droit de ces élections ,

L'empire était chez nous un bien héréditaire;

Maurice ne l'obtint qu'en gendre de Tibère;

Et l'on voit depuis lui remonter mon destin

Jusqu'au grand Théodose et jusqu'à Constantin '.

Et je pourrais avoir l'àme assez abattue...

PHOCAS

Eh bien ! si tu le veux , je te le restitue Cet empire , et consens encor que ta fierté Impute à mes remords l'effet de ma bonté. Dis que je te le rends et te fais des caresses Poui' apaiser des tiens les ombres vengeresses , Et tout ce qui pourra sous quelque autre couleur Autoriser ta haine et flatter ta douleur; Tour un dernier effort je veux souffrir la rage

\ AK. Jus^iucs A Thcoclosc ct jusiii à Coiislanliu.

tG8 HERACLIUS.

Qu'allume dans ton cœur cette sanglante image. Mais que t'a fait mon fils? était-il , au berceau , Des tiens que je perdis le juge ou le bourreau? Tant de vertus qu'en lui le monde entier admire Ne Font-elles pas fait trop digne de l'empire ' ? En ai-je eu quelque espoir qu'il n'ait assez rempli? Et voit-on sous le ciel prince plus accompli? Un cœur comme le tien, si grand, si magnanime...

PULCUÉRIE.

Va , je ne confonds point ses vertus et ton crime : Comme ma haine est juste et ne m'aveugle pas. J'en vois assez en lui pour les plus grands États; J'admire chaque jour les preuves qu'il en donne ; J'honore sa valeur, j'estime sa personne. Et penche d'autant plus à lui vouloir du bien* Que s'en voyant indigne il ne demande rien , Que ses longues froideurs témoignent qu'il s'irrite De ce qu'on veut de moi par delà son mérite ^ , Et que de tes projets son cœur triste et confus Pour m'en faire justice approuve mes refus. Ce fils si vertueux d'un père si coupable. S'il ne devait régner, me pourrait être aimable; Et cette grandeur même où. tu veux le porter * Est l'unique motif qui m'y fait résister. Après l'assassinat de ma famille entière. Quand tu ne m'as laissé père , mère , ni frère , Que j'en fasse ton fils légitime héritier ! Que j'assure par là leur trône au meurtrier! Non, non; si tu me crois le cœur si magnanime Qu'il ose séparer ses vertus de ton crime ,

' Var. L'ont-elles pas rendu trop digne de l'empire ?

' Vah. Je penche d'autant plus à lui vouloir du bien.

' VAH. Qu'on exige de moi par dtlà son mérite.

* Vah. Kt cette grandeur même où tu le veii\ poi 1er.

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