‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatique (volume 2)Chapitre 54 sur 201 · ACTE I, SCÈNE II. (o · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II. (o

.le vous les offre encore après tant de refus;

Mais apprenez c\ussi que je n'en souffre plus,

Que de force ou de gré je veux me satisfaire ,

Qu'il me faut craindre en maître^ ou me chérir en pèi'e,

Et que, si votre orgueil s'obstine à me haïr.

Qui ne peut être aimé se peut faire obéir.

PULCUÉRIE.

J'ai rendu jusqu'ici cette reconnaissance

A ces soins tant vantés d'élever mon enfance ;

Que , tant qu'on m'a laissée en quelque liberté ,

J'ai voulu me défendre avec civilité ;

Mais, puisqu'on use enfin d'un pouvoir t^Tannique,

Je vois bien qu'à mon tour il faut que je m'explique.

Que je me montre entière à l'injuste fureur.

Et parle à mon tyran en fille d'empereur.

Il fallait me cacher avec quelque artifice Que j'étais Pulchérie , et fille de Maurice , Si tu faisais dessein de m'éblouir les yeux Jusqu'à prendre tes dons pour des dons précieux. Vois quels sont ces présents dont le refus t'étonne : Tu me donnes, dis-tu, ton fils et ta couronne; Mais que me donnes-tu, puisque l'une est à moi, Et l'autre en est indigne, étant sorti de toi?

Ta libéralité me fait peine à comprendre : Tu parles de donner quand tu ne fais que rendre ; Et puisque avecque moi tu veux le couronner', Tu ne me rends mon bien que pour te le donner. Tu veux que cet hymen que tu m'oses prescrire Porte dans ta maison les titres de l'empire , Et de cruel tyran , d'infâme ravisseur. Te fasse vrai monarque , et juste possesseur. Ne reproche donc plus à mon ame indignée Qu'en perdant tous les miens tu m'as seule épargnée :

' V\r,. Et |iuisinic a\L'c ijuc imn tu le veux comouaci.

106 HÉRACLIUS

Cette feinte douceur, cette ombre d'amitié ,

Vint de ta politique, et non de ta pitié.

Ton intérêt dès lors fit seul cette réserve :

Tu m'as laissé la vie afin qu'elle te serve ;

Et , mal sûr dans un trône où tu crains l'avenir,

Tu ne m'y veux placer que pour t'y maintenir;

Tu ne m'y fais monter que de peur d'en descendre :

Mais connais Pulchérie, et cesse de prétendre.

Je sais qu'il m'appartient ce trône où tu te sieds , Que c'est à moi d'y voir tout le monde à mes pieds : Mais comme il est encor teint du sang de mon père, S'il n'est lavé du tien , il ne saurait me plaire ; Et ta mort, que mes vœux s'efforcent de hâter. Est l'unique degré par où j'y veux monter : Voilà quelle je suis, et quelle je veux être. Uu'un autre t'aime en père , ou te redoute en maître , Le cœur de Pulchérie est trop haut et trop franc Four craindre ou pour flatter le bourreau de son sang.

PHOCAS

J'ai forcé ma colère à te prêter silence, Pour voir à quel excès irait ton insolence : J'ai vu ce qui t'abuse et me fait mépriser. Et t'aime encore assez pour te désabuser.

N'estime plus mon sceptre usurpé sur ton père , Ni que pour l'appuyer ta maiji soit nécessaire. Depuis vingt ans je règne, et je règne sans toi ; Et j'en eus tout le droit du choix qu'on fit de moi. be trône où je me sieds n'est pas un bien de race : L'armée a ses raisons pour remplir cette place ; Son choix en est le titre ; et tel est notre sort , Uu'une autre élection nous condamne à la mort. Celle qu'on fit de moi fut l'arrêt de Maurice ; J'en vis avec regret le triste sacrifice : Au repos de l'État il fulkil l'accorder :

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