ACTE 11, SCÈNE II
Hond ma crainte trop juste , et le péril trop grand. Non que de ma naissance il fasse conjecture ; Au contraire, il prend tout pour grossière imposture > Et me connaît si peu , que , pour la renverser, A Fhymen qu'il souliaite il prétend me forcer. 11 m'oppose à mon nom qui le vient de surprendre : - Je suis fds de Maurice; il m'en veut faire gendre, Et s'acquérir tes droits d'un prince si chéri En me donnant moi-même à ma sœur pour mari. En vain nous résistons à son impatience, Elle par haine aveugle, et moi par connaissance : Lui , qui ne conçoit rien de l'obstacle éternel Qu'oppose la nature à ce nœud criminel , Menace Pulchérie , au refus obstinée , Lui propose à demain la mort ou l'hyménée. J'ai fait pour le fléchir un inutile effort; Pour éviter l'inceste, elle n'a que la mort. Jugez s'il n'est pas temps de montrer qui nous sommes^ De cesser d'être fils du plus méchant des hommes, D'immoler mon tyran au péril de ma sœur, Et de rendre à mon père un juste successeur.
LÉONTINE
Puisque vous ne craignez que sa mort , ou l'inceste , Je rends grâce , seigneur, à la bonté céleste De ce qu'en ce grand bruit le sort nous est si doux Que nous n'avons encor rien à craindre pour vous, Votre courage seul nous donne lieu de craindre : Modérez-en l'ardeur, daignez vous y contraindre; Et , puisque aucun soupçon ne dit rien à Phocas , Soyez encor son fils, et ne vous montrez pas. De quoi que ce tyran menace Pulchérie , J'aurai trop de moyens d'arrêter sa furie, De rompre cet hymen , ou de le retarder, Pourvu que vous veuillez ne vous point hasardci'
118 HERACLIUS-
Ucpondez-inoi de vous, et je vous réponds d'ellev
HÉKACLIUS.
Jamais rbccasion ue souffrira si belle.
Vous voyez un grand peuple à demi révolté,
Sans qa'on sache l'auteur de cette nouveauté.
Il sentie que de Dieu la main appesantie ;,
Se faisant du tyran Teffroyahle partie ,
Veuille avancer par là son juste châtiment ;
Que , par un si grand bruit semé confusément *,
11 dispose les cœurs à prendre un nouveau maître ,
Et presse Héractius de se faire connaître .
C'est à nous de répondre à ce qu'il en prétend - :
Montrons Héraclius au peuple qui l'attend ;
Évitons le hasard qu'un imposteur l'abuse.
Et qu'après s'être armé d'un nom que je refuse ,.
De mon trône, à Phocas sous ce titre arraché ,
Il puisse me jHinir de m'être trop caché.
Il ne sera pas temps , madame , de lui dire
Qu'il me rende mon nom, ma naissance et l'empire ,
Quand il se prévaudra de ce nom déjà pris
Pour me joindre au tyran dont je passe pour fils.
LÉONTINE
Sans vous donner pour chef à cette populace. Je romprai bien cncor ce coup , s'il vous menace ; Mais gardons jusqu'au Ijout ce secret important; Fiez-vous plus à moi qu'à ce peuple inconstant. Ce que j'ai fait pour vous depuis votre naissance Semble digne, seigneur, de cette confiance : Je ne laisserai point mon ouvrage imparfait; Et bientôt mes desseins auront leur plein effet. Je punirai Phocas , je vengerai Maurice : Mais aucun n'aura part à ce grand sacrifice ;
' \Aii. Et i|uc , par ce jçraiid liiuit bciiié coiifuaéiiienl. V,4iu C'est à nous d ré))omiie a ce i|u il eu piéteud.