‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatique (volume 2)Chapitre 63 sur 201 · ACTE 11, SCENE II. iiîv · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCENE II. iiîv

J'en veux toute la gloire, et vous me la devez. Vous régnerez par moi , si par moi vous vivez, laissez entre mes mains mûrir vos destinées, Et ne hasardez point le fruit de vingt années.

ECDOXE.

Seigneur, si votre amour peut écouter mes pleurs > Ne vous exposez point au dernier des malheurs. La mort de ce tyran, quoique trop légitime. Aura dedans vos mains l'image d'un grand crime : Le peuple poui* miracle osera maintenir Que le ciel par son fils l'aura voulu punir ; Et sa haine obstinée après cette chimère Vous croira parricide en vengeant votre père ; La vérité n'aura ni le nom ni l'effet Que d'un adroit mensonge à couvrir ce forfait; Et d'une telle erreur l'ombre sera trop noire Pour ne pas obscurcir l'éclat de votre gloire. Je sais bien que l'ardeur de venger vos parents. . .

UÉRACLIUS.

Vous en êtes aussi, madame, et je me rends; Je n'examine rien , et n'ai pas la puissance De combattre l'amour et la reconnaissance. Le secret est à vous, et je serais ingrat Si sans votre congé j'osais en faire éclat ' , Puisque, sans votre aveu, toute mon aventure Passerait pour un songe oupom^ une imposture. Je dirai plus : l'empire est plus à vous qu'à moi, Puisqu'à Léonce mort tout entier je le doi ; C'est le prix de son sang, c'est pour y satisfaire Une je rends à la sœur ce que je tiens du frère : Non que pour m'acquitter de cette élection Mon devoir ait forcé mon inclination;

' Vai\. Si sans volrc congé jeu osais faire celai.

120 HÉRACLIUS

Il présenta mon cœur aux yeux qui le charmèrent;

Jl prépara mon âme aux feux qu'ils allumèrent;

Et ces yeux tout divins, par un soudain pouvoir,

Achevèrent sur moi l'effet de ce devoir.

Oui, mon cœur, chère Eudoxe , à ce trône n'aspire

Que pour vous voir bientôt maîtresse de l'empire.

Je ne me suis voulu jeter dans le hcisard

Que par la seule soif de vous en faire part;

C'était là tout mon but. Pour éviter l'inceste

Je n'ai qu'à m'éloigner de ce climat funeste;

Mais si je me dérobe au rang' qui vous est dû ,

Ce sera pour moi seul que vous l'aurez perdu' ;

Seul je vous ôteraice queje vous dois rendre.

Disposez des moyens et du temps de le prendre.

Quand vous voudrez régner, faites-m'en possesseur :

Mais, comme enfin j'ai lieu de craindre pour ma sœur,

Tirez-la dans ce jour de ce péril extrême.

Ou demain je ne prends conseil que de moi-même.

LÉONTINE

Reposez-vous sur moi , seigneur , de tout son sort , Et n'en appréhendez ni l'hymen ni la mort.

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