SCÈNE V
iMAiniAN, LÉONTINE, EXUPÈRE, EUDOXE.
BLVRTIAN.
MacUuiic, dois-jc croire un billet de Maïuicc? Voyez si c'est sa main , ou s'il est contrefait ; l)i(es s'il me détrompe, ou m'abuse en effet. Si je suis votre fils , ou s'il était mon père : Vous en devez connaître cncor le caractère.
LKONTINE lit le billet.
UILLET DE MAURICE.
« Léontine a trompé Phocas , « Et, livrant pom* mon fils un des siens au trépas^ « Dérobe à sa fureur l'héritier de l'empire, « 0 vous qui me restez de fidèles sujets, « Honorez son grand zèle, appuyez ses projets ! « Sous le nom de Léonce Héraclius respire.
« Maurice. »
( Elle rend le billet à lixupère , qui le lui a douné , et continue. ^
Seigneur, il vous dit vrai ; vous étiez en mes maiiii- Quand on ouvrit Byzance au pire des humains. Mamùce m'honora de cette confiance :
Mon zèle y répondit par delà sa croyance : Le voyant prisonnier et ses quatre autres fils, Je cachai quelques jours ce qu'il m'avait commis; Mais enfin , toute prête à me voir découverte , Ce zèle sur mon sang détourna votre perte. J'allai pour vous sauver vous offrir à Phocas; Mais j'offris votre nom , et ne vous donnai pa La généreuse ardeur de sujette lidèle Me rendit pour mon [)riiKe à moi-même cruelle :.
124 HERACLIUS
Mon fils lut^ pour moui'ir, le fils de l'empereur. J'éblouis le tyran , je trompai sa fureur : Léonce, au lieu de vous, lui servit de victime.
(Elle fait un soupir. )
Ah! pardonnez, de grâce; il m'échappe sans crime, .l'ai pris pour vous sa vie, et lui rends un soupir; Ce n'est pas trop , seigneur, pour un tel souvenir : A cet illustre effort par mon devoir réduite. J'ai dompté la nature, et ne l'ai pas détruite.
Phocas, ravi de joie à cette illusion, Me combla de faveurs avec profusion , Et nous fit de sa main cette haute fortune Dont il n'est pas besoin que je vous importune.
Voilà ce que mes soins vous laissaient ignorer ; Et j'attendais, seigneur, à vous le déclarer. Que, par vos grands exploits, votre rare vaillance Pût faire à l'univers croire votre naissance , Et qu'une occasion pareille à ce grand bruit Nous pût de son aveu promettre quelque fruit : Car, comme j'ignorais que notre grand monarque * En eût pu rien savoir, ou laisser quelque marque , Je doutais qu'un secret, n'étant su que de moi. Sous un tyran si craint pût trouver quelque foi.
EXUPÈRE
Comme sa cruauté, pour mieux gêner Maurice,
Le forçait de ses fils à voir le sacrifice ,
Ce prince vit l'échange, et Fallait empêcher ;
Mais l'acier des bourreaux fut plus prompt à trancher :
La mort de votre fils arrêta cette envie ,
Et prévint d'un moment le refus de sa vie.
Maurice, à quelque espoir se laissant lors flatter. S'en ouvrit à Félix , qui vint le visiter. Et trouva les moyens de lui donner ce gage
' Vau. Car, comme j'ignorais ([ue notre grand monar(|uc.