‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatique (volume 2)Chapitre 70 sur 201 · MARTIAN, LÉONTINE, EUDOXE · texte numérisé non relu

MARTIAN, LÉONTINE, EUDOXE

»L\RTIAN.

Madame , pour laisser toute sa dignité

A ce dernier effort de générosité ,

Je crois que les raisons que vous m'avez données

M'en ont seules caché le secret tant d'années.

D'autres soupçonneraient qu'un peu d'ambition ,

Du prince Martian voyant la passion,

Pour lui voir sur le trône élever votre fille ,

Aurait voulu laisser l'empire en sa famille ,

Et me faire trouver un tel destin bien doux

Dans l'éternelle erreur d'être sorti de vous :

Mais je tiendrais à crime une telle pensée.

Je me plains seulement d'une ardeur insensée.

D'un détestable amour que pour ma propre sœur

Vous-même vous avez allumé dans mon cœur.

ACTK II, SCEINE VI. m

Uiit'l (lossein faisiez-voiis sur cet aveugle inceste?

LÉONTINE

Je vous aurais tout dit avant ce nœud funeste ; Et je le craignais peu, trop sûre qu(; IMiocas, Ayant d'autres desseins, ne le souffrirait pas.

Je voulais donc, seigneur, qu'une flamme si belle f'ortàt votre courage aux vertus dignes d'elle , l^t que , votre valeur l'ayant su m(''ritcr, Le refus du tyran vous pût mieux irriter. Vous n'avez pas rendu mon espérance vaine; J'ai vu dans votre amour une source de haine ', Et j'ose dire encor qu'un bras si renommé Peut-être aurait moins fait si le cœur n'eût aime'. Achevez donc, seigneur; et puisque Pulchérie ' Doit craindre l'attentat d'une aveugle furie...

MARTI AN

Peut-être, il vaudrait mieux moi-même la porter A ce que le tyran témoigne en souhaiter; Son amour, qui pour moi résiste à la colère , N'y résistera plus quand je serai son frère. Pourrais-je lui trouver un plus illustre époux?

LÉONTINE

Seigneur, qu'allez-vous faire? et que me dites-vous''

MARTIAN

Que peut-être , pour rompre un si digne hyménée , J'expose à tort sa tête avec ma destinée , Et fais d'Héraclius un chef de conjurés Dont je vois les complots encor mal assurés. Aucun d'eux du tyran n'approche la personne : Et quand même l'issue en pourrait être bonne, Peut-être il m'est honteux de reprendre rÉtat l*ar Tinfàme succès d'un lâche assassinat;

' Vab. Aclievoï (Jonc , seigneur, darradier PulclK^rie. Au tTiicl attentat d'une indi^^ne furie.

128 IIÉRACLIUS.

Peut-ôtre il vaudrait mieux en tête d'une armée Faire parler pour moi toute ma renommée , Et trouver à l'empire un chemin glorieux Pour venger mes parents d'un bras victorieux. C'est dont je vais résoudre avec cette princesse , Pour qui non plus l'amour, mais le sang m'intéresse. Vous , avec votre Eudoxe. . .

LÉONTIXE.

Ah , seigneur ! écoutez.

MARTIAN

J'ai besoin de conseils dans ces difficultés ; Mais, à parler sans fard, pour écouter les vôtres, Outre mes intérêts vous en avez trop d'autres. Je ne soupçonne point vos vœux ni votre foi ; Mais je ne veux d'avis que d'un cœur tout à moi . Adieu.

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