ACTE ni, SCK[NI<: I. lui
Cot ordre en sa faveur ni(; sut si bien touclicir, Qu'au lieu de la haïr d'avoir livre mon frère. J'en tins le bruit pour faux , elle me devint chère ; Et, confondant ces mots de trésor et d'époQX, Je crus les bien entendre, expliquant tout de vous.
J'opposais de la sorte à ma fière naissance Los favorables lois de mon obéissance ; Et je m'imputais même à trop de vanité De trouver entre nous quelque inégalité. La race de Léonce étant patricienne , L'éclat de vos vertus l'égalait à la mienne , Et je me laissais dire en mes douces erreurs : « C'est de pareils héros qu'on fait les empereurs; « Tu peux bien sans rougir aimer un grand courage c( A qui le monde entier peut rendre un juste hommage. » J'écoutais sans dédain ce qui m'autorisait : L'amour pensait le dire , et le sang le disait; Et de ma passion la flatteuse imposture S'emparait dans mon cœur des droits de la nature.
MARTIAN
Ah, ma soeur ! puisque enfin mon destin éclairci Veut que je m'accoutume à vous nommer ainsi , Qu'aisément l'amitié jusqu'à l'amour nous mène! C'est un penchant si doux qu'on y tombe sans peine ; Mais quand il faut changer l'amour en amitié, Que l'âme qui s'y force est digne de pitié ! Etqu'ondoitplaindreuncœur qui, n'osant s'en défendre Se laisse déchirer avant que de se rendre ! Ainsi donc la nature à l'espoir le plus doux Fait succéder l'horreur, et l'horreur d'être à vous ! Ce que je suis m'arrache à ce que j'aimais d'être ! Ah! s'il m'était permis de ne me pas connaître. Qu'un si charmant abus serait à préférer A l'Apre vérité qui vient de m'éclaircr!
182 HÉRACLIUS
PCLCHÉRIE.
J'eus pour vous trop d'amour pour ignorer ses forces.
Je sais quelle amertume aigrit de tels divorces;
Et la haine à mon gré les fait plus doucement
Que quand il faut aimer, mais aimer autrement.
J'ai senti comme vous une douleur bien vive
En brisant les beaux fers qui me tenaient captive;
Mais j'en condamnerais le plus doux souvenir
S'il avait à mon cœur coûté plus d'un soupir.
Ce grand coup m'a surprise , et ne m'a point troublée ;
Mon àme l'a reçu sans en être accablée ;
Et comme tous mes feux n'avaient rien que de saint,
L'honneur les alluma, le devoir les éteint.
Je ne vois plus d'amant où je rencontre un frère :
L'un ne peut me toucher, ni l'autre me déplaire ' ;
Et je tiendrai toujours mon bonheur infini ,
Si les miens sont vengés , et le tyran puni .
Vous, que va sur le trône élever la naissance, Régnez sur votre cœur avant que sur Byzance ; Et, domptant comme moi ce dangereux mutin , Commencez à répondre à ce noble destin,
MARTIAN
Ah! vous fûtes toujours l'illustre Pulchérie^, En fille d'empereur dès le berceau nourrie; Et ce giMud nom sans peine a pu vous enseigner Comment dessus vous-même il vous fallait régner : Mais pour moi , qui , caché sous une autre aventure. D'une àme plus commune ai pris quelque teinture. Il n'est pas merveilleux si ce que je me crus Mêle un peu de Léonce au cœur d'Héraclius.
' Var. L'un ne me peut toucher, ni l'autre me déplaire. ' VàR. Vous, qui fûtes toujours l'illustre Pulcliérie ,
Ce grand nom sans merveille a \m vous enseigner Comme dessus vous-même il vous fallait rt'gner.
ACTK III, SCENK I. i:}3
A mes confus regrets soyez donc moins sévère ; C'est Léonce qui parle , et non pas votre frère ; Mais si l'un parle mal, l'autre va bien agir, Et l'un ni l'autre enfin ne vous fera rougir. Je vais des conjurés embrasser l'entreprise , Puisqu'une àme si haute à frapper m'autorise, Et tient que, pour répandre un si coupable sang. L'assassinat est noble et digne de mon rang. Pourrai-je cependant vous faire une prière?
PULCHÉRIE
Prenez sur Pulchérie une puissance entière.
MARTI AN
Puisqu'un amant si cher ne peut plus être à vous, Ni vous, mettr-e l'empire en la main d'un époux. Épousez Martian comme un autre moi-même ; Ne pouvant être à moi, soyez à ce que j'aime.
PULCHÉRIE
Ne pouvant être à vous, je pourrais justement Vouloir n'être à personne, et fuir tout autre amant; Mais on pourrait nommer cette fermeté d'àm.e Un reste mal éteint d'incestueuse flamme. Afin donc qu'à ce choix j'ose tout accorder. Soyez mon empereur pour me le commander. Martian vaut beaucoup, sa personne m'est chère ; Mais purgez sa vertu des crimes de son père, Et donnez à mes feux pour légitime objet Dans le fils du. tyran votre premier sujet,
MARTIAN
Vous le voyez , j'y cours;, mais enfin s'il arrive Que l'issue en devienne ou funeste ou tardive *, Votre perte est jurée; et d'ailleurs nos amis Au tjTan immolé voudront joindre ce fils.
' Var. Que , pour mieux rassurer, Tissuc en soit tardive , Voire perte est jurée ; et inêriie nos amis.
134 HE[\ACLIUS.
Sauvez d'un tel péril et sa vie et la vôtre; l*ar cet heureux hymen conservez l'un et l'autre ; (jarantissez ma sœur des fureurs de Phocas , Et mon ami de suivre un tel père au trépas. Faites qu'en ce grand jour la troupe d'Exupère * Dans un sang odieux respecte mon beau-frère ; Et donnez au tyran , qui n'en pourra jouir, Quelques moments de joie afin de l'éblouir.
PULCHÉRIE
Mais durant ces moments , unie à sa famille ,
11 deviendra mon père , et je serai sa fille;
Je lui devrai respect , amour, fidélité ;
3Ia haine n'aura plus d'impétuosité ;
Et tous mes vœux pour vous seront mois et timides
Quand mes vœux contre lui seront des parricides.
Outre que le succès est encore à douter.
Que l'on peut vous trahir, qu'il peut vous résister ;
Si vous y succombez, pourrai-je me dédire
D'avoir porté chez lui les titres de l'empire?
Ah ! combien ces moments de quoi vous me flattez -
Alors pour mon supplice auraient d'éternités
Votre haine voit peu l'erreur de sa tendresse;
Comme elle vient de naitre , elle n'est que faiblesse :
La mienne a plus de force , et les yeux mieux ouverts
Et, se dût avec moi perdre tout l'univers ,
Jamais un seul moment, quoi que l'on puisse faire.
Le tyran n'aura droit de me traiter de père.
' Vau. Faites quen rinimolaut la trouiR' d'Exapèrc
Dans le fils d'un tyran respecte mon beau- frère , Donnez-lui celte joie , alin de l'éblouir , Sûre qu'il n'en aura qu'un moment à jouir.
IM LCIIÉBIE.
Mais , durant ce moment , unie à la famille. - Vak. Ah '. combien ce moment de quoi vous me llallct Wuii pour mon supplice aurait d'éternités'