‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatique (volume 2)Chapitre 76 sur 201 · ACTE m, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE II

Et mon dernier exploit contre tes ennemis Fut d'arrêter son bras qui tombait sur ton fils.

PUOCAS.

Tu prends pour me toucher un mauvais artifice :

Iléraclius n'eut point de part à ce service :

J'en ai payé Léonce , à qui seul était dû

L'inestimable honneur de me l'avoir rendu :

Mais , sous des noms divers à soi-même contraire * ,

Qui conserva le fils attente sur le père ;

Et, se désavouant d'un aveugle secours ;,

Sitôt qu'd se connaît il en veut à mes jours.

Je te devais sa vie, et je me dois justice.

Léonce est effacé par le fils de Maurice ,

Contre un tel attentat rien n'est à balancer ,

Et je saurai punir comme récompenser.

MARTIAN

Je sais trop qu'un tyran est sans reconnaissance

Pour en avoir conçu la honteuse espérance ,

Et suis trop au-dessus de cette indignité

Pour te vouloir piquer de générosité.

Que ferais-tu pour moi de me laisser la vie,

Si pour moi sans le trône elle n'est qu'infamie?

Héraclius vivrait pour te faire la cour !

Rends-lui, rends-lui son sceptre, ou prive-le du jour.

Pour ton propre intérêt sois juge incorruptible :

Ta vie avec la mienne est trop incompatible;

Un si grand ennemi ne peut être gagné,

Et je te punirais de m'avoir épargné.

Si de ton fils sauvé j'ai rappelé l'image ,

J'ai voulu de Léonce étaler le courage ,

Afin qu'en le voyant tu ne doutasses plus

' Vau. Mais, sil sauve le fils, par un effet contraire Le traitre Héraclius attente sur le père ; Et le désavouant d'un aveusie secours.

138 HÉRACLIUS

Jiisqiies où doit aller celui d'Héraclius. Je me tiens plus heureux de périr en monarque , Que de vivre en éclat sans en porter la marque ; Et puisque pour jouir d'un si glorieux sort Je n'ai que ce moment qu'on destine à ma mort, Je la rendrai si belle et si digne d'envie , Que ce moment vaudra la plus illustre vie. M'y faisant donc conduire, assm^e ton pouvoir^ Et délivre mes yeux de l'horreur de te voir.

PHOCAS

Nous verrons la vertu de cette âme hautaine ' . Faites-le retirer en la chambre prochaine , Crispe ; et qu'on me l'y garde , attendant que mon choix Pour punir son forfait vous donne d'autres lois.

MARTIAN , à Pulchérie.

Adieu j madoime^ adieu; je n'ai pu davantage.

Ma mort va vous laisser encor dans l'esclavage :

Le ciel par d'autres mains vous en daigne affranchir!

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