‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatique (volume 2)Chapitre 78 sur 201 · ACTE III, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE III

Si quelques lâchetés Favaient déshonoré , S'il n'eût pas emporté sa gloire tout entière , S'il m'avait fait rougir par la moindre prière, Si quelque infâme espoir qu'on lui dût pardonner Eût mérité la mort que tu lui vas donner. Sa vertu jusqu'au bout ne s'est point démentie. 41 n'a point pris le ciel ni le sort à partie , Point querellé le bras qui fait ces lâches coups, Point daigné contre lui perdre un juste courroux. Sans te nommer ingrat, sans trop le nommer traître, De tous deux, de soi-même il s'est montré le maître; Et dans cette surprise il a bien su courir A la nécessité qu'il voyait de mourir.

Je goûtais cette joie en un sort si contraire. Je l'aimai comme amant, je l'aime comme frère ; Et dans ce grand revers je l'ai vu hautement Digne d'être mon frère, et d'être mon amant.

PIIOCAS.

Explique, explique mieux le fond de ta pensée; Et, sans plus te parer d'une vertu forcée. Pour apaiser le père , offre le cœur au fils , Et tâche à racheter ce cher frère à ce prix.

PULCHÉRIE

Crois-tu que sur la foi de tes fausses promesses Mon âme ose descendre à de telles bassesses? Prendsmon sang pour le sien ; mais, s'il v fautmon cœur, Périsse Hérachus avec sa triste sœur !

PUGGAS.

Eh bien ! il va périr ; ta haine en est complice.

PULCHÉRIE

Et je verrai du ciel bientôt choir ton supplice. Dieu, pour le réserver à ses puissantes mains. Fait avorter exprès tous les moyens humains : li veut frapper le coup sans notre ministère.

140 IIÉRACLIUS.

Si l'on t'a bien donné Léonce pour mon frère ,

Les quatre autres, peut-être à tes yeux abusés ,

Ont été comme lui des Césars supposés.

L'État, qui dans leur mort voyait trop sa ruine ,

Avait des généreux autres que Léontine ;

Ils trompaient d'un barbare aisément la fureur.

Qui n'avait jamais vu la cour ni l'empereur.

Crains , tyran, crains encor tous les quatre peut-être :

L'un après l'autre enfin se vont faire paraître ;

Et, malgré tous tes soins , malgré tout ton effort ,

Tu ne les connaîtras qu'en recevant la mort.

Moi-même, à leur défaut, je serai la conquête

De quiconque à mes pieds apportera ta tète :

L'esclave le plus vil qu'on puisse imaginer

Sera digne de moi, s'il peut t'assassiner.

Va perdre Héraclius , et quitte la pensée

Que je me pare ici d'une vertu forcée;

Et, sans m'importuner de répondre à tes vœux ,

Si tu prétends régner , défais-toi de tous deux *.

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