ACTE IV, SCENE I. i ir
Elle «-M doutait, soigneur; et, par révénemeiil , Vous voyez que son zèle en doutait justement. Sûre en soi des moyens de vous rendre l'empire , Qu'à vous-même jamais elle n'a voulu dire, Elle a sur Martian tourné le coup fatal De l'épreuve d'un cœur qu'elle connaissait mal. Seigneur, où seriez-vous sans ce nouveau service?
HÉRACLIUS
Qu'importe qui des deux on destine au supplice? Q'importe, Martian, vu ce que je te doi, Qui trahisse mon sort, d'Exupère ou de moi! Si l'on ne me découvre, il faut que je m'expose ; Et l'un et l'autre enlin ne sont que même chose ' , Sinon qu'étant trahi je mourrais malheureux, Et que, m'offrant pour toi, je mourrai généreux.
EUDOXE
Quoi ! pour désabuser une aveugle furie , Rompre votre destin , et donner votre vie !
UÉRACLIUS.
Vous êtes plus aveugle encore en votre amour. Périra-t-il pour moi quand je lui dois le jour? Et lorsque sous mon nom il se livre à sa perte , Tiendrai-je sous le sien ma fortune couverte? S'il s'agissait ici de le faire empereur -, Je pourrais lui laisser mon nom et son erreur : Mais conniver en lâche à ce nom qu'on me vole , Quand son père à mes yeux au lieu de moi l'immole ! Souffrir qu'il se trahisse aux rigueurs de mon sort ! Vivre par son supplice , et régner par sa mort !
EUDOXE
Ah ! ce n'est pas, seigneur, ce que je vous demande ; De cette lâcheté l'infamie est trop grande.
' Var. Kt l'un et l'autre enfin n'est (jue la mênK^ chose. - Vab. Eneore si c'était pour le faire empereur.
COn>EILLK. — T. II. 1'
HG HKRACTJUS,
Montrez-vous pour sauver ce liérof; du li'épas; Mais montrez-vous en maitre, et ne vous pertlez pas : Rallumez cette ardeur où s'opposait ma mère , Garantissez le fils par la perte du père ; Et^ prenant à Fempire un chemin éclatant, Montrez Héraclius au peuple qui l'attend .
UÉRACLICS.
Il n'est plus temps, madame; un autre a pris ma place.
Sa prison a rendu le peuple tout de glace :
Déjà préoccupé d'un autre Héraclius,
Dans l'effroi qui le trouble il ne me croira plus ;
Et, ne me regardant que comme un fils perfide,
Il aura de l'horreur de suivre un parricide.
Mais quand même il voudrait seconder mes desseins,
Le tyran tient déjà Martian en ses mains.
S'il voit qu'en sa faveur je marche à force ouverte ,
Piqué de ma révolte , il hâtera sa perte ,
Et croira qu'en m'ôtant l'espoir de le sauver
Il m'ôtera l'ardeur qui me fait soulever.
N'en parlons plus : en vain votre amour me retarde .
Le sort d'Héraclius tout entier me regarde.
Soit qu'il faille régner, soit qu'il faille périr.
Au tombeau comme au trône on me verra courir.
Mais voici le tyran , et son traître Exupère.