ACTE V, SCENE II. 20f
Que vous plaignez beaucoup ce qu'il vous faut punir. Souffrez...
LE VIEiL HORACE.
Quoi?qu'on envoie un vainqueurausupplice?
TULLE
Permettez qu'il achève, et je ferai justice;
J'aime à la rendre à tous, à toute heure, en tout lieu ;
C'est par elle qu'un roi se fait un demi-dieu ;
Et c'est dont je vous plains qu'après un tel service ,
On puisse contre lui me demander justice.
VALÈRE
Souffrez donc, ô grand roi, le plus juste des rois, Que tous les gens de bien vous parlent par ma voix : Non que nos cœurs jaloux de ses honneurs s'irritent ; S'il en reçoit beaucoup , ses hauts faits les méritent; Ajoutez-y plutôt que d'en diminuer; Nous sommes tous encor prêts d'y contribuer : ^lais, puisque d'un tel crime il s'est montré capable , Qu'il triomphe en vainqueur, et périsse en coupable. Arrêtez sa fureur, et sauvez de ses mains. Si vous voulez régner, le reste des Romains Il y va de la perte ou du salut du reste.
La guerre avait un cours si sanglant, si funeste ^ , Et les nœuds de l'hymen , durant nos bons destins , Ont tant de fois uni des j3euples si voisins , Qu'il est peu de Romains que le parti contraire N'intéresse en la mort d'un gendre ou d'un beau-frère , Et qui ne soient forcés de donner quelques pleurs , Dans le bonheur pubhc, à leurs propres malheiu's.
' ViU. Vu le sang (pj'a versé cette guerre funeste ,
Et tant de nœuds d'hvTiien dont nos heureux destins
Ont uni si souvent des peuples si voisins ,
Peu de nous ont joui d'un destin si prospère ,
«iu'ils n'aient perdu dans All)e on cousin, un beau-fié ic ,
Vn oncle , un gontUe même, et no donnent dcspleurs.
Si c'est offenser Koiue, et que Flieiir de ses armes
L'autorise à punir ce crime de nos larmes.
Quel sang épargnera ce barbare vainqueur,
Uui ne pardonne pas à celui de sa sœur.
Et ne peut excuser cette douleur pressante'
Que la mort d'un amant jette au cœur d'une amante,
Quand, près d'être éclairés du nuptial flambeau,
Elle voit avec lui son espoir au tombeau?
Faisajit triompher Rome, il se Test asservie;
11 a sur nous un droit et de mort et de vie ,
Et nos jours criminels ne pourront plus durer
Qu'autant qu'à sa clémence il plaira Fendu rer.
Je pourrais ajouter aux intérêts de Rome Combien un pareil coup est indigne d'un homme; Je pourrais demander qu'on mit devant vos yeux Ce grand et rare exploit d'un bras victorieux : Vous verriez un beau sang , pour accuser sa rage , D'un frère si cruel rejaillir au visage ; Vous verriez des horreurs qu'on ne peut concevoir ; Son âge et sa Ijeauté vous pourraient émouvoir : Mais je hais ces moyens qui sentent rartitice. Vous avez à demain remis le sacrifice; Pensez-vous que les dieux, vengeurs des innocents , D'une main parricide acceptent de l'encens? Sur vous ce sacrilège attirerait sa peine; Ne le considérez qu'en objet de leur haine. Et croyez avec nous qu'en tous ses trois combats l^e bon destin de Rome a plus fait que son l)ras, Puisque ces mêmes dieux, auteurs de sa victoire, Ont permis qu'aussitôt il en souillât la gloire , Et qu'un si grand courage , après ce doul)le elToil , Fût digne on même jour de triomphe et de mort.
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