‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 131 sur 355 · ACTE V, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE II

Siic , c'est ce qu'il faut que votre arrêt décide. En ce lieu Rome a vu le premier parricide^ La suite en est à craindre, et la haine des cieux. Sauvez-nous de sa main , et redoutez les dieux.

TULLE

Défendez-vous, Horace.

A quoi bon me défendre?

Vous savez l'action , vous la venez d'entendre ^ ; Ce que vous en croyez me doit être une loi. Sire, on se défend mal contre l'avis d'un roi ; Et le plus innocent devient soudain coupable-, Quand aux yeux de son prince il parait condamnable. C'est crime qu'envers lui S€ vouloir excuser : Notre sang est son bien , il en peut disposer; Et c'est à nous de croire, alors qu'il en dispose. Qu'il ne s'en prive point sans uno juste cause. Sire, prononcez donc, je suis prêt d'obéir; D'autres aiment la vie, et je la dois haïr. Je ne reproche point à l'ardeur de Valère Qu'en amant de la sœur il accuse le frère ; Mes vœux avec les siens conspirent aujourd'hui ; Il demande ma mort , je la veux comme lui. Un seul point entre nous met cette différence , Que mon amour par là cherche son assurance , Et qu'à ce même but nous voulons arriver. Lui pour flétrir ma gloire , et moi pour la sauver.

Sire , c'est rarement qu'il s'offre une matière A montrer d'un grand cœur la vertu tout entière ; Suivant l'occasion elle agit plus ou moins , Et parait forte ou faible aux yeux de ses témoins.

' Vah. Vuus savez l'action, vous le venez d'entendre.

' Vak. Et le plus innocent que le ciel ait fait naître ,

Quand il le croit coupable, il commence de 1 cire.

204 HORACK.

Le peuple, qui voit tout seulement par Técorce,

S'attache à son effet pour juger de sa force ^;

Il veut que ses dehors gardent un même cours,

Qu'ayant fait un miracle , elle en fasse toujours :

Après une action pleine, haute, éclatante,

Tout ce qui brille moins remplit mal son attente :

Il veut qu'on soit égal en tout temps , en tous JiciLx;

11 n'examine point si lors on pouvait nùcux,

Ni que, s'il ne voit pas sans cesse une merveille ,

L'occasion est moindre, et la vertu pareille :

Son injustice accable et détruit les grands noms;

L'Jionneur des premiers faits se perd par les seconds;

Et quand la renommée a passé l'ordinaire ,

Si l'on n'en veut déchoir, il ne faut plus rien faire -.

Je ne vanterai point les exploits de mon bras; Votre majesté, sire, a vu mes trois combats : Il est bien malaisé qu'un pareil les seconde. Qu'une autre occasion à celle-ci réponde. Et que tout mon courage, après de si grands coups , Parvienne à des succès qui n'aillent au-dessous; Si bien que, pour laisser une illustre mémoire, La mort seule aujourd'hui peut conserver ma gloire : Encor la fallait-il sitôt que j'eus vaincu. Puisque pour mon honneur j'ai déjà trop vécu. Un homme tel que moi voit sa gloire ternie , Quand il tombe en péril de quelque ignominie ; Et ma main aurait su déjà m'en garantir : Mais sans votre congé mon sang n'ose sortir ; Ojmme il vous appartient, votre aveu doit se [m «ikIic ; C'est vous le dérober qu'autrement le répandre.

' Vab. l'icnd (Iroif par ses effets de juger de sa force ,

Et sose imaginer, par tiii mauvais discours ,

<.)uc qui fait un miracle en doit faire loujoui s. ■ VAn. Si Ion m'en veut déchoir, il ne faut [«lus rien faire.

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