‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 141 sur 355 · ACTE l, SCENE II. 22îr · texte numérisé non relu

ACTE l, SCENE II. 22îr

Si quelqu'un Timmolait à d'autres qu'à mon père; Et tu verrais mes pleurs couler pour son trépas , Qui , le faisant périr, ne me vengerait pas. C'est une lâcheté que de remettre à d'autres Les intérêts publics qui s'attachent aux nôtres. Joignons à la douceur de venger nos parents La gloire qu'on remporte à punir les tyrans , Et faisons publier par toute Fltalie :

(( La liberté de Rome est l'œuvre d'Emilie ; « On a touché son ame , et son cœur s'est épris ; « Mais elle n'a donné son amour qu'à ce prix. »

FULVIE

Votre amour à ce prix n'est qu'un présent funeste Qui porte à votre amant sa perte manifeste . Pensez mieux, Emilie, à quoi vous l'exposez ; Combien à cet écueil se sont déjà brisés ; Ne vous aveuglez point quand sa mort est visible.

É^flLIE.

Ah ! tu sais me frapper par où je suis sensible. Quand je songe aux dangers que je lui fais courir, La crainte de sa mort me fait déjà mourir ; Mon esprit en désordre à soi-même s'oppose; Je veux et ne veux pas, je m'emporte et je n'ose; Et mon devoir confus, languissant, étonné. Cède aux rébellions de mon cœur mutiné.

Tout beaU;, ma passion, deviens un peu moins forte; Tu vois bien des hasards, ils sont grands, mais n'im- Cinna n'est pas perdu pour être hasardé. [porte !

De quelques légions qu'Auguste soit gardé, Quelque soin qu'il se donne et quelque ordre qu'il tienne, Qui méprise la vie est maître de la sienne. Plus le péril est grand , plus doux en est le fruit ; La vertu nous y jette, et la gloire le suit : Quoi qu'il en soit, qu'Auguste ou cp^ie Cinna périsse..

230 CIxMNA.

Aux mânes paternels je dois ce sacrifice ;

Cinna me l'a promis en recevant ma foi :

Et ce coup seul aussi le rend digne de moi.

Il est tard, après tout, de m'en vouloir dédire.

Aujourd'hui l'on s'assemble, aujourd'hui l'on coiispire;

L'heure, le lieu, le bras se choisit aujourd'hui;

Et c'est à faire enfin à mourir après lui.

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