ACTE I, SCÈNE III. 23t
Cette troupe entreprend une action si belle!
Au seul nom de César, d'Auguste, et d'empereur,
Vous eussiez vu leurs yeux s'enflammer de fureur *,
Et dans un même instant, par un effet contraire.
Leur front pâlir d'horreur et rougir de colère.
(( Amis, leur ai-je dit, voici le jour heureux
« Qui doit conclure enfin nos desseins généreux :
(( Le ciel entre nos mains a mis le sort de Rome ,
a Et son salut dépend de la perte d'un homme ,
« Si l'on doit le nom d'homme à qui n'a rien d'humain,
(( A ce tigre altéré de tout le sang romain.
a Combien pour le répandre a-t-il formé de brigues!
a Com]jien de fois changé de partis et de ligues ,
a Tantôt ami d'Antoine , et tantôt ennemi ,
« Et jamais insolent ni cruel à demi! »
Là, par un long récit de toutes les misères
Que durant notre enfance ont enduré nos pères.
Renouvelant leur haine avec leur souvenir.
Je redouble en leurs cœurs l'ardeur de le punir.
Je leur fais des tableaux de ces tristes batailles
Où Rome par ses mains déchirait ses entrailles ^
Où l'aigle abattait l'aigle , et de chaque côté
Nos légions s'armaient contre leur liberté ;
Où les meilleurs soldats et les chefs les plus braves'
Mettaient toute leur gloire à devenir esclaves ;
Où, pour mieux assurer la honte de leurs fers,
Tous voulaient à leur chaîne attacher l'univers ;
Et l'exécrable honneur de lui donner^ un maître
Faisant aimer à tous l'infâme nom de traître ^ ,
' Vab. Vous eussiez vu leurs yeux sallunier de fureur. 2 VaR. Où le but des soldats et des chefs les plus braves
C'était d'être vainqueurs pour devenir esclaves ;
Où chacun trahissait , aux yeux de l'univers ,
Soi-même et son pays, pour assurer ses fers. ^ Yar. Et tâchant daccjuérir, avec le nom de traître ,
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Romains contre Romains^ parents contre parents, Combattaient seulement pour le choix des tj^i'ans.
J'ajoute à ces tableaux la peinture effroyable De leui' concorde impie, affreuse, inexorable* ; Funeste aux gens de bien, aux riches, au sénat. Et, pour tout dire enfin, de leur triumvirat; Mais je ne trouve point de couleurs ^sez noires Pour en représenter les tragiques histoires. Je les peins dans le meurtre à Fenvi triomphants, Rome entière noyée au sang de ses enfants : Les uns assassinés dans les places publiques , Les autres dans le sein de leurs dieux domestiques; Le méchant par le prix au crime encouragé, Le mari par sa femme en son lit égorgé; Le fils tout dégouttant du meurtre de son père, Et, sa tète à la main, demandant son salaire. Sans pouvoir exprimer par tant d'horribles traits"' Qu'un crayon imparfait de leur sanglante paix.
Vous dirai-je les noms de ces grands personnages Dont j'ai dépeint las morts pour aigrir les courages, De ces fameux proscrits , ces demi-dieiLx mortels^, Qu'on a sacrifiés jusque sur les autels? iMais pourrai-je vous dire à quelle impatience, A quels frémissements , à quelle violence , Ces indignes trépas, quoique mal figurés. Ont porté les esprits de tous nos conjurés? Je n'ai point perdu temps ; et voyant leur colère Au point de ne rien craindre, en état de tout faire . J'ajoute en peu de mots : « Toutes ces cruautés, « La perte de nos biens et de nos libertés.
Laboimiiablc honneur dr lui (loiinci un maître. ' V\n. 1)0 leur concorde affreuse, horrible, inipitoyahlr. Var. Sans exprimer encore avecquc tous CCS Irail'. \KH. (X's illustres proscrits, ces dcnii-<lieu!i niorlcls.