ÉVANDRE
Polyclète est encor chez vous à vous attendre , Et fût venu Im-même avec moi vous chercher, Si ma dextérité n'eût su l'en empêcher; Je vous en donne avis , de peur d'une surprise. 11 presse fort.
EMILIE
Mander les chefs de l'entreprise !
Tous deux ! en môme temps! Vous êtes découverts.
CINNA
Espérons mieux, de grâce.
EMILIE
Ah, Cinna! je te perds!
Et les dieux, obstinés à nous donner un maître , Parmi tes vrais amis ont mêlé quelque traître. Il n'en faut point douter, Auguste a tout appris. Quoi, tous deux ! et sitôt que le conseil est pris !
CINNA
Je ne vous puis celer que son ordre m'étonne ; Mais souvent il m'appelle auprès de sa persdhne; Maxime est comme moi de ses plus confidents. Et nous nous alarmons peut-être en imprudents.
■ VàH. Et que... Mais tiuel sujet mène Évandre vers nous?
236 CIJNNA.
KMILIE.
Sois moins ingénieux à te tromper toi-même , Cinna^ ne porte point mes maux jusqu'à Textrême; Et , puisque désormais tu ne peux me venger \ Dérobe au moins ta tête à ce mortel danger ; Fuis d'Auguste irrité l'implacal^le colère. Je verse assez de pleurs pour la mort de mon père ; N'aigris point ma douleur par un nouveau tourment; Et ne me réduis point à pleurer mon amant ^
CINNA
Quoi ! sur l'illusion d'une terreur panique , Trahir vos intérêts et la cause puljlique ! Par cette lâcheté moi-même m' accuser, Et tout abandonner quand il faut tout oser ! Que feront nos amis si vous êtes déçue?
EMILIE
Mais que deviendras-tu si l'entrepi^ise est sue?
CINNA
S'il est pour me trahir des esprits assez bas , Ma vertu' pour le moins ne me trahira pas ; Vous la verrez, brillante au bord des précipices , Se couronner de gloire en bravant les supplices, Rendre Auguste jaloux du sang qu'il répandra, Et le faire trembler alors qu'il me perdra.
Je deviendrais suspect à tarder davantage. Adieu. Raffermissez ce généreux courage.
S'il faut subir le coup d'un destin rigoureux , Je mourrai tout ensemble heureux et malhcui*eii\ : Hr'ureux pour vous servir de perdre ainsi la vi«' *, Malheureux de mourir sans vous avoir servie.
• Vah. Et puisque désormais tu ne me peux venger. ' Vah. Et ne lui permets point île môter mon amanl. ^ ^AR. Hfurcnx pour m»us servir (i"abaiulonn<'r l;t vie.