‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 149 sur 355 · ACTE H, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE H, SCÈNE I

Avec le premier lait sucent tous ses enfants, Pour TaiTaclier des cœurs est trop enracinée.

MAXIME

Oui, seigneur, dans son mal Rome est trop obstinée ;

Son peuple, qui s'y plaît, en fuit la guérison :

Sa coutume l'emporte, et non pas la raison ;

Et cette vieille erreur que Cinna veut abattre

Est une heureuse erreur dont il est idolâtre ^ ,

Par qui le monde entier, asservi sous ses lois%

L'a vu cent fois marcher sur la tête des rois ,

Son épargne s'enfler du sac de leurs provinces :

Que lui pouvaient de plus donner les meilleurs princes '

J'ose dire, seigneur, que par tous les climats Ne sont pas bien reçus toutes sortes d'États ; Chaque peuple a le sien conforme à sa nature, Qu'on ne saurait changer sans lui faire une injure : Telle est la loi du ciel, dont la sage équité Sème dans l'univers cette diversité.

Les Macédoniens aiment le monarchique.

Et le reste des Grecs la liberté publique ; Les Parthes, les Persans veulent des souverains; Et le seul consulat est bon pour les Romains.

ClNNA.

Il est vrai que du ciel la prudence iniinie* Départ à chaque peuple un différent génie ; iMais il n'est pas moins vrai que cet ordre des cicux Change selon les temps comme selon les lieux. Rome a reçu des rois ses murs et sa naissance ; Elle tient des consuls sa gloire et sa puissance,

' Vah Dont elle est idolàtic.

• Vah. Par qui le monde entier, rangé dessous ses lois. N AR. S'il est vrai que du ciel la puissance infinie

Il est certain aussi fpie cet ordre des cicus.

246 CINiNA.

Et reçoit maintenant de vos rares bontés

Le comble souverain de ses prospérités.

Sous vouSj rÉtat n'est plus en pillage aux armées;

Les portes de Janus par vos mains sont fermées ,

Ce que sous ses consuls on n'a vu qu'une fois%

Et qu'a fait voir comme eux le second de ses rois.

MAXIME

Les changements d'État que fait l'ordre céleste

Ne coûtent point de sang, n'ont rien qui soit funeste.

CINNA

C'est un ordre des dieux qui jamais ne se rompt, [font-. De nous vendre un peu cher les grands biens qu'ils nous L'exil des Tarquins même ensanglanta nos terres. Et nos premiers consuls nous ont coûté des guerres.

MAXIME

-Donc votre aïeul Pompée au ciel a résisté Qhand il a combattu pour notre liberté ?

ClNNA.

Si le ciel n'eût voulu que Rome l'eût perdue ^ Par les mains de Pompée il l'aurait défendue : Il a choisi sa mort pour servir dignement D'une marque éternelle à ce grand changement. Et devait cette gloire aux mânes d'un tel homme. D'emporter avec eux la liberté de Rome.

Ce nom depuis longtemps ne sert qu'à l'éblouir. Et sa propre grandeur Tempéche d'en jouir. Depuis qu'elle se voit la maîtresse du monde , Depuis que la richesse entre ses mui^ abonde , Et que son sein, fécond en glorieux exploits, l*roduit des citoyens plus puissants que des rois. Les grands, pour s'affermir achetant des suffrages,

' Vab, Ce qw tous <^» consuls n'ont pu faire tlriix foi*.

Et (|ua fait a\ .inl nix le mtoihI «le ses roL'i. ■ V «.fi. IK' iicii» vciiiliT l»:rii (lier )<•>. Kraii<l>- liirn-^ «n» il"^ iion^ font.

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