ACTE U, SCÈNE 1. 2i
Tiennent pompeusement leurs maîtres à leurs gaj^es.
Qui , par des fers dorés se laissant encliainer.
Reçoivent d'eux les lois qu'ils pensent leur donner.
Envieux l'un de l'autre, ils mènent tout par brigues
Que leur ambition tourne en sanglantes ligues.
Ainsi de Marins Sylla devint jaloux;
César, de mon aïeul; Marc-Antoine, de vous :
Ainsi la liberté ne peut plus être utile
Qu'à former les fureurs d'une guerre civile ,
Lorsque, par un désordre à l'univers fatal.
L'un ne veut point de maître, et l'autre point d'égal.
Seigneur, pour sauver Rome, il faut qu'elle s'unisse En la main d'un bon chef à qui tout obéisse. Si vous aimez encore à la favoriser \ Otez-lui les moyens de se plus diviser. Sylla, quittant la place enfin bien usurpée, N'a fait qu'ouvrir le champ à César et Pompée , Que le malheur des temps ne nous eût pas fait voir. S'il eût dans sa famille assuré son pouvoir. Qu'a fait du grand César le cruel parricide , Qu'élever contre vous Antoine avec Lépide, Qui n'eussent pas détruit Rome par les Romains, Si César eût laissé l'empire entre vos mains ? Vous la replongerez, en quittant cet empire. Dans les maux dont à peine encore elle respire, Et de ce peu, seigneur, qui lui reste de sang, Une guerre nouvelle épuisera son flanc.
Que l'amour du pays, que la pitié vous touche; Votre Rome à genoux vous parle par ma bouche. Considérez le prix que vous avez coûté : Non pas qu'elle vous croie avoir trop acheté, Des maux qu'elle a soufferts elle est trop bien payée;
' \K\\. V.\ <<i \..i,c liMiiU' U veut favoriser.
2^8 CINjNA.
Mais une juste peur tient son àme effrayée : Si, jaloux de son heur, et las de commander Vous lui rendez un bien qu'elle ne peut garder^ S'il lui faut à ce prix en acheter un autre Si vous ne préférez son intérêt au vôtre, Si ce funeste don la met au désespoir .îe n'ose dire ici ce que j'ose prévoir, i^onservcz-vous, seig-neur^ en lui laissant un maître ^ Sous qui son vrai bonheur commence de renaître ; Et , pour mieux assurer le bien commun de tous , Donnez un successeur qui soit digne de vous.
AUGUSTE
N'en délibérons plus, cette pitié l'emporte .
Mon repos m'est bien cher, mais Rome est la plus forte;
Et, quelque grand malheur qui m'en puisse arriver,
Je consens à me perdre afin de la sauver.
Pour ma tranquillité mon cœur en vain soupire :
Cinna, par vos conseils je retiendrai l'empire;
Mais je le retiendrai pour vous en faire part.
Je vois trop que vos cœurs n'out point pour moi de fard,
Et que chacun de vous, dans l'avis qu'il me donne,
Regarde seulement l'État et ma j)ersoiine :
Votre amour en tous deux fait ce combat d'esprits \,
Et vous allez tous deux en recevoir le prix.
Maxime, je vous fais gouverneur de Sicile ;
Allez donner mes lois à ce pays fertile :
Songez que c'est pour moi que vous gouvernerez.
Et que je répondrai de ce que vous ferez.
Pour épouse , Cinna, je vous donne Emilie ;
' Vah. <:oiist.TV«'/-vou>, seigneur, lui coiisrrvaiit un iiiaitrc
Et daignez assurer le bien comtiiiin de toii^^ l.aissarjt un successeur (|ui soir dimic de vous. ' \ kH. Voire, .nnour pour tous deux fail ce coud)al de^pnb F ( .)(■ vriix que cliacun on n» oi\e le prix.