‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 15 sur 355 · ACTE I, SCE.NE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCE.NE

Et dans son entretien je vous vois cliaque jour Demander en quel point se trouve son amour ^

l'infante.

Ce n'est pas sans sujet; je l'ai presque forcée A recevoir les traits dont son âme est blessée : Elle aime don Rodrigue^ et le tient de ma main , Et par moi don Rodrigue a vaincu son dédain ; Ainsi de ces amants ayant formé les chaînes. Je dois prendre intérêt à voir finir leurs peines ^

LÉONOR

Madame, toutefois parmi leurs bons succès Vous montrez un chagrin qui va jusqu'à l'excès ^ Cet amour, qui tous deux les comble d'allégresse , Fait-il de ce grand cœur la profonde tristesse? Et ce grand intérêt que vous prenez pour eux Vous rend-il malheureuse alors qu'ils sont heureux? Mais je vais trop avant, et deviens indiscrète.

l'infante.

Ma tristesse redouble à la tenir secrète. Écoute, écoute enfin comme j'ai combattu. Écoute quels assauts brave encor ma vertu * .

L'amour est un tyran qui n'épargne personne. Ce jeune cavalier, cet amant que je donne % Je Fainie.

LKONOR.

Vous l'aimez !

' VvK. Et je vous vois, pensive et triste chaque .jour, L'informer avec soin comme va son amour

L'INFANTR.

.l'en dois bien avoir soin : je l'ai presque forc«;e A recevoir les coups dont son ànie est blessée.

' Var. Je dois prendre intérêt à la fin de leurs peines.

' Vais. On vous voit un cliagrin qui va jusqu'à l'excès.

* V\iî. Et plaignant ma faiblesse , admire ma vertu.

* Var, Ce jeune chevalier, cet amant que je doime.

COI5>tlLLE. — T. I.

l'infante.

Mets la main sur mon coem", Et vois comme il se trouble au nom de son vainqueur, Comme il le reconnaît.

LÉONOR

Pardonnez-moi , madame , Si je sors du respect pour blâmer cette flamme. Une grande princesse à ce point s'oublier Que d'admettre en son cœur un simple cavalier * ! Et que dirait le roi , que dirait la Castille ? Vous souvient-il encor de qui vous êtes fille?

l'infante.

11 m'en souvient si bien, que j'épandrai mon sang Avant que je m'abaisse à démentir mon rang. Je te répondrais bien que dans les belles âmes Le seul mérite a droit de produire des flammes; Et, si ma passion cherchait à s'excuser, Mille exemples fameux pourroient l'autoriser . Mais je n'en veux point suivre où ma gloire s'engage; La surprise des sens n'abat point mon courage ^ ; Et je me dis toujours qu'étant fille de roi , Tout autre qu'un monarque est indigne de moi. Quand je vis que mon cœur ne se pouvait défendre, Moi-même je donnai ce que je n'osais prendre. Je mis, au lieu de moi, Chimène en ses liens. Et j'allumai leurs feux pour éteindre les miens.

' V\R. Choisir pour son amant un simple chevalier* ! l'ne prandc princesse à ce point soubHer ! Et que dira le roi , que dira la Castille? Vous souvenez-vous bien de qui vous Ctcs fille ?

LINFXNTK.

Oui , oui , je m en souviens , et ji'pandrai mon sang Plutôt que de rien faire indigne de mon rang. ■ V\R. si j'ai beaucoup d"aniour, j'ai bien plus de courage : In noble orgueil m apprend (ju étant fille de roi.

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