‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 16 sur 355 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Ne t'étonne donc plus si mon âme gênée Avec impatience attend leur hyménée ; Tu vois que mon repos en dépend aujourd'hui. Si Famour vit d'espoir, il périt avec lui ^ ; C'est un feu qui s'éteint, faute de nourriture; Et , malgré la rigueur de ma triste aventure , Si Chimène a jamais Rodrigue pour mari. Mon espérance est morte, et mon esprit guéri.

Je souffre cependant un tourment incroyable, Jusques à cet hymen Rodrigue m'est aimable : Je travaille à le perdre , et le perds à regret ; Et de là prend son cours mon déplaisir secret. Je vois avec chagrin que l'amour me contraigne '*- A pousser des soupirs pour ce que je dédaigne; Je sens en deux partis mon esprit divisé. Si mon courage est haut, mon cœur est embrasé. Cet hymen nrest fatal, je le crains, et souhaite : Je n'ose en espérer qu'une joie imparfaite ^ Ma gloire et mon amour ont pour moi tant d'appas , Que je meurs s'il s'achève, ou ne s'achève pas.

LÉOXOR.

Madame, après cela je n'ai rien à vous dire. Sinon que de vos maux avec vous je soupire : Je vous blâmais tantôt, je vous plains à présent : Mais, puisque dans un mal si doux et si cuisant Votre vertu combat et son charme et sa force , En repousse l'assaut, en rejette l'amorce. Elle rendra le calme à vos esprits flottants. Espérez donc tout d'elle , et du secours du temps :

' Var. Si l'amour vit d'espoir, il meurt avccque lui. - Var. Je suis au désespoir que l'amour me contraigne. 3 Var. Je ne m'en promets rien qu'une joie imparfaite.

Ma gloire tl mon amour ont tous deux tant d'appas ,

Que je mejirs s'il s'achève , et ne sacliève pas.

Espérez tout du ciel; il a trop de justice

Pour laisser la vertu dans un si long supplice *.

l'infante.

Ma plus douce espérance est de perdre Tespoir.

LE PAGE

Par vos commandements Chimène vous vient voir.

l'infante, k Léonor.

Allez Fentretenir en cette galerie.

LÉONOR

Voulez-vous demeurer dedans la rêverie ?

l'infante.

Non, je veiLX seulement, malgré mon déplaisir, Remettre mon visage un peu plus à loisir, .le vous suis. Juste ciel, d'où j'attends mon remède, Mets enfin quelque borne au mal qui me possède Assure mon repos, assure mon honneur.

Dans le bonheur d'autrui je cherche mon bonheur. Cet hyménée à trois également importe; Uends son effet plus prompt, ou mon âme plus forte. D'un lien conjugal joindre ces deux amants. C'est briser tous mes fers, et finir mes tourments. Mais je tarde un peu trop: allons trouver Chimène, Et par son entretien soulager notre peine.

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