ACTE II, SCENE II. i>>i
MAXIME
Pour sortir de ses fers jamais on ne rougit.
CINNA
On en sort lâchement , si la vertu n'agit.
MAXIME
Jamais la liberté ne cesse d'être aimable ;
Et c'est toujours pour Rome un bien inestimable.
Ce ne peut être un bien qu'elle daigne estimer^
Quand il vient d'une main lasse de l'opprimer :
Elle a le cœur trop bon pour se voir avec joie
Le rebut du tyran dont elle fut la proie ;
Et tout ce que la gloire a de vrais partisans
Le hait trop puissamment pour aimer ses présents.
MAXIME
Donc pour vous Emilie est un objet de haine ^ ?
CINNA
La recevoir de lui me serait une gêne :
Mais quand j'aurai vengé Rome des maux soufferts^
Je saurai le braver jusque dans les enfers.
Oui , quand par son trépas je l'aurai méritée ,
Je veux joindre à sa main ma main ensanglantée ,
L'épouser sur sa cendre , et qu'après notre effort
Les présents du tyran soient le prix de sa mort.
MAXIME
Mais l'apparence, ami, que vous puissiez lui plaire Teint du sang de celui qu'elle aime comme un p('Te'^ Car vous n'êtes pas homme à la violenter.
' Var. Donc pour vous Emilie est un objet de haine, Et cette récompense est pour vous une peine?
Oui ,- mais , pour le braver jusque dans les enfers Quand nous aurons vengé Rome des maux soufferts , Kt que par son tréi)as nous l'aurons méritée.