AUGUSTE, CINNA
AUGUSTE
Prends un siège , Cinna, prends, et sur toute chose
Observe exactement la loi que je t'impose :
Prête , sans me troubler, l'oreille à mes discours;
D'aucun mot, d'aucun cri, n'en interromps le cours;
Tiens ta langue captive; et si ce grand silence
A ton émotion fait quelque violence.
Tu pourras me répondre après tout à loisir :
Sur ce point seulement contente mon désir.
CINNA
Je vous obéirai, seigneur.
AUGUSTE
Qu'il te souvienne De garder ta parole , et je tiendrai la mienne.
Tu vois le jour, Cinna; mais ceux dont tu le tiens Furent les ennemis de mon père, et les miens : Au milieu de leur camp tu reçus la naissance * ; Et lorsque après leur mort tu vins en ma puissance , Leur haine enracinée au milieu de ton sein T'avait mis contre moi les armes à la main ; Tu fus mon ennemi même avant que de naître,
On lit dans les éditions de 1643-48 :
Ce fut dedans leur camp que tu pris la naissance ; Et quand après leur mort tu vins en ma puissance , Leur haine héréditair , ayant passe daits loi , T'avait mis à la main les armes contre moi.
284 CINNA
Et tu le fus encor quand tu me pus connaître^
Et l'inclination jamais n'a démenti *
Ce sang qui t'avait fait du contraire parti :
Autant que tu l'as pu les effets l'ont suivie;
Je ne m'en suis vengé qu'en te donnant la vie ;
Je te fis prisonnier pour ie combler de biens;
Ma cour fut ta prison ; mes faveurs , tes liens;
Je te restituai d'abord ton patrimoine ;
Je t'enrichis après des dépouilles d'Antoine ,
Et tu sais que depuis ^ à cliaque occasion,
Je suis tombé pour loi dans la profusion.
Toutes les dignités que tu m'as demandées,
Je te les ai sur l'heure et sans peine accordées ;
Je t'ai préféré môme à ceux dont les parents
Ont jadis dans mon camp tenu les premiers rangs ,
A ceux qui de leur sang m'ont acheté l'empire %
Et qui m'ont conservé le jour que je respire;
De la façon enfin qu'avec toi j'ai vécu.
Les vainqueurs sont jaloux du bonheur du vaincu.
Quand le ciel me voulut, en rappelant Mécène,
Après tant de faveur montrer un peu de haine',
Je te donnai sa place en ce triste accident,
Et te fis , après lui, mon plus cher confident;
Aujourd'hui même encor, mon âme irrésolue
Me pressant de quitter ma puissance absolue,
De Maxime et de toi j'ai pris les seuls avis.
Et ce sont, malgré lui, les tiens que j'ai suivis;
Dien plus, ce même jour je te donne Emilie
Le digne objet des vœux de toute l'Italie,
' \\u. Et le sang l'ayant fait d'un contraire parti,
Ton inclination ne la |»oint démenti ;
Comnjc clic la suivi , les effets l'ont suivie. V \R. M'ont conservé le jour (|u'à présent je respire ,
Kl mont de tout leur sang acheté cet empire. \ AK Apr<'s tant dr travaux inontirr un pou de haine.