‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 174 sur 355 · ACTE V, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE I

Et qu'ont mise si haut mon (imout- et mes soins ^ Qu'en te couronnant roi je t'aurais donné moins. Tu t'en souviens, Cinna, tant d'heur et tant de gloire Ne peuvent pas sitôt sortir de ta mémoire; Mais ce qu'on ne pourrait jamais s'imaginer, Cinna, tu t'en souviens, et veux m'assassiner.

CINNA

Moi, seigneur ! moi , que j'eusse une âme si traîtresse Qu'un si lâche dessein . . .

AUGUSTE

Tu tiens mal ta promesse :

Sieds-toi, je n'ai pas dit encor ce que je veux ; Tu te justifieras après, si tu le peux. Écoute cependant, et tiens mieux ta parole.

Tu veux m'assassiner demain , au Capitole , Pendant le sacrifice , et ta main pour signal Me doit, au lieu d'encens, donner le coup fatal ; La moitié de tes gens doit occuper la porte , L'autre moitié te suivre et te prêter main-forte, Ai-je de bons avis ou de mauvais soupçons ' ? De tous ces meurtriers te dirai-je les noms ? Procule, Glabrion, Yirginian, Rutile, Marcel, Plante, Lénas, Pompone, Albin, Icile, Maxime, qu'après toi j'avais le plus aimé : Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé ; Un tas d'hommes perdus de dettes et de crimes , Que pressent de mes lois les ordres légitimes Et qui , désespérant de les plus éviter. Si tout n'est renversé, ne sauraient subsister.

Tu te tais maintenant, et gardes le silence. Plus par confusion que par obéissance.

Quel était ton dessein , et que prétendais-tu

• Vah. Assurée au besoin du secours des premiers , Te dirai-je les noms de tous ces meurtriers?

286 CI?sNA.

Après m'avoir au temple à tes pieds abattu ? Affranchir ton pays d'un pouvoir monarchique ? Si j'ai bien entendu tantôt ta politique Son salut désormais dépend d'un souverain. Qui pour tout conserver tienne tout en sa main ; Et si sa liberté te faisait entreprendre , Tu ne m'eusses jamais empêché de la rendre ; Tu l'aurais acceptée au nom de tout l'État, Sans vouloir l'acquérir par un assassinat. Quel était donc ton but ? d'y régner en ma place ? D'un étrange malheur son destin le menace. Si pour monter au trône et lui donner la loi Tu ne trouves dans Rome autre obstacle que moi , Si jusques à ce point son sort est déplorable, Que tu SOLS après moi le plus considérable , Et que ce grand fardeau de l'empire romain Ne puisse après ma mort tomber mieux qu'en ta main. Apprends à te connaître , et descends en toi-même : On t'honore dans Rome , on te courtise , on t'aime , Chacun tremble sous toi, chacun t'offre des vœux , Ta fortune est bien haut , tu peux ce que tu veu\ : Mais tu ferais pitié même à ceux qu'elle irrite ' , Si je t'abandonnais à ton peu de mérite. Ose me démentir, dis-moi ce que tu vaux. Conte-moi tes vertus, tes glorieux travaux. Les rares qualités par où tu m'as dû plaire. Et tout ce qui t' élève au-dessus du vulgaire. Ma faveur fuit ta gloire, et ton pouvoir en vient ; Elle seule f élève, et seule te soutient; C'est elle qu'on adore, et non pas ta personne; '\\\ n'as crt'dit ni rang qu'autant qu'elle t'en donnt' : Et pour te faire choir je n'aurais aujourd'hui

V vn. ^I.ii> en un Iri.slc dat on la verrait rëduilc*

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